« Je quitte un FIFAD grandi qui aspire à une aura nationale »

Solveig Sautier quittera le FIFAD fin octobre pour un poste au Service de la culture de Montreux. | J-B. Sieber/ARC

Les Diablerets
Après le départ d’Olivier Français au printemps, la phase de renouveau continue pour le festival des films alpins. Le dixième sera le dernier pour la directrice opérationnelle Solveig Sautier.

La 56e édition du Festival international du film alpin des Diablerets (FIFAD), qui bat son plein jusqu’à samedi, est décidément celle des changements, formalisés ou à venir. Après l’annonce en mars du départ du président Olivier Français, remplacé par Gilles Marchand, ex-directeur général de la SSR, voici qu’une autre figure du rendez-vous ormonan a décidé de changer d’air. 

Après dix éditions, Solveig Sautier, directrice opérationnelle et alter ego du directeur artistique Benoît Aymon, s’en ira œuvrer au développement de la culture de Montreux dès le 1er novembre. L’habitante de La Tour-de-Peilz dit son émotion, évoque les défis et les ambitions qui avanceront sans elle.

Solveig Sautier, votre aventure au FIFAD s’est déroulée en deux temps. Expliquez-nous.

– Je suis arrivée au FIFAD grâce à Jean-Philippe Rapp, avec qui je travaillais au Festival International Médias Nord Sud. En 2007, il m’annonce vouloir reprendre un festival aux Diablerets. J’ai fait la première édition avec lui, puis suis partie en indépendante dans l’événementiel. En 2016, Jean-Philippe m’a proposé le poste de secrétaire générale du FIFAD, devenu celui de directrice opérationnelle.

Après Olivier Français au printemps, c’est vous qui partez. Cela va faire un gros bouleversement.

– C’est sûr, mais Gilles (Marchand) connaît très bien le festival, ses partenaires historiques et va amener tout son réseau, ses connaissances. Olivier Français l’a dit avant moi: après dix ans, il faut laisser la place.

Comment a réagi l’équipe quand vous leur avez annoncé votre départ?

– Ça a été la surprise et il y a eu beaucoup d’émotion, pour moi y compris. C’est un festival qui m’a aidée à me reconstruire après une phase compliquée, une organisation dans laquelle j’ai beaucoup d’attaches.

Qu’allez-vous faire à Montreux? 

– J’ai été nommée cheffe du Service de l’économie, de la culture et du tourisme de Montreux. Un poste créé pour rassembler et diriger ce service, nécessaire à l’accompagnement de la vie culturelle et touristique de la ville et de son développement. On parle toujours des «gros» (Montreux Jazz, Saison culturelle, Septembre musical), mais il y a aussi des théâtres, des musées, des manifestations de quartier. Ça va être riche. Pour moi, c’est une belle évolution professionnelle, un aboutissement. 

Quel FIFAD vous apprêtez-vous à passer à votre successeur-e?

– Un festival qui a grandi, grâce au travail de toute une équipe, qui affiche une relative bonne assise financière, qui se trouve à un moment charnière de son histoire.

C’est-à-dire? 

– Le FIFAD a atteint une limite. Pour le développer encore, tout en conservant son ADN aux Diablerets, il faut développer de nouvelles collaborations avec d’autres lieux. C’est un moment qui finit toujours par arriver pour les festivals qui ont du succès. L’idée est de développer des antennes ailleurs.

C’est ce que vous faites déjà à Villars, où vous organisez des projections hivernales depuis deux ans.

– Exact. C’est un premier grand pas. Maintenant, il faut voir plus loin. Et pour cela, il faut trouver des nouveaux partenaires, tenter d’impliquer davantage les institutions publiques, trouver de nouvelles opportunités. L’image du festival est grandissante, il veut désormais asseoir son aura nationale.

Vous allez suggérer une antenne à Montreux?

– (Rires) Ce ne sera pas ma priorité, mais c’est envisageable. Faisable, à voir. Gilles Marchand n’a en tout cas pas manqué de plaisanter là-dessus.

Il reste quelques jours de cette édition. Un conseil?

– Le jeudi, c’est la journée des enfants depuis 3-4 ans, avec ciné-concert à 18h30, cela marche très bien. Dans les films, à ne pas manquer, je dirais «K2 mon amour», de Mathieu Rivoire, ce vendredi, et «Future of climbing», de Guillaume Broust, ce jeudi, avec Cédric Lachat, un personnage tellement plein d’humour et de présence. 

Qu’est-ce qui vous manquera le plus?

– L’équipe, évidemment. Des liens très forts. Les comités. La sélection des films, quand on est 4-5 à en visionner en série, à discuter, à refaire le monde.

En dix ans, s’il ne restait qu’un film, une personne, un moment?

– (Très longue hésitation) Je dirais un moment. L’accident de Benoît (Aymon) en 2019, trois jours avant le festival (ndlr: il a été percuté par une voiture alors qu’il faisait du vélo). On a eu très peur pour lui et on a dû faire comme d’habitude: show must go on. Le dernier jour, Benoît avait envoyé une vidéo qu’il avait faite pour les spectateurs du festival. Quand je l’ai visionnée, j’ai fondu en larmes. J’avais tenu jusque-là et tout est sorti.

Plus d’infos: www.fifad.ch

«56e édition du Festival international du film alpin des Diablerets», jusqu’à samedi. 

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