
Figurant parmi les valeurs montantes de la scène blues, la guitariste et chanteuse Nina Attal promet de faire des étincelles au Chablues. | G. Gauthier
Tout vient de là. D’un champ de coton d’Arkansas, du zinc poisseux d’un bar du Mississippi, du diable rencontré à un carrefour par Robert Johnson, qui sait exactement? Mais tout vient de là: du blues, de ces «blue notes», ces notes bleues qui chantent les bleus à l’âme, au cœur, au corps.
À Monthey, depuis 2016, c’est le chat qui s’est fait bleu, imposant tranquillement mais sûrement le Chablues comme un événement incontournable dont la taille humaine – 1’200 à 1’300 spectateurs par soir, moins de 50’000 francs de budget – n’a d’égale que la pertinence de la programmation.
En guise d’adoubement, les légendaires Canned Heat ont même lâché que le Parc du Crochetan, c’était «comme Woodstock». «On avait moins de 30 ans quand on a lancé ça, soit apparemment pas du tout l’âge de mecs qui montent un festival de blues, sourit Guillaume Abbey, co-programmateur. Mais le blues ne serait plus en vie s’il ne faisait pas vibrer toutes les générations et le nombre de jeunes et de familles parmi nos spectateurs en atteste. Le genre est inépuisable, il se renouvelle constamment.»
«Que rien ne soit aseptisé»
De fait, deux pointures particulièrement en vue de la nouvelle scène blues française seront notamment présentes cette année à Monthey. Très attendue, la blueswoman soul Nina Attal promet déjà de marquer les esprits. «Elle a joué sur des scènes prestigieuses et a vraiment des références de dingue», s’enthousiasme Guillaume Abbey, qui se réjouit également d’accueillir Circle of Mud, combo de modern blues dont le leader Flo Bauer, déjà passé par le Chablues, possède «une présence scénique incroyable».
Cette faculté de brûler les planches, c’est aussi celle de Jakstaff & The Two Old Boys (bluegrass) et des Yellow Dogs (Delta blues), locaux de l’étape. «Avec ces groupes, à chaque fois ça rentre en fusion, relève le programmateur. Ils savent prendre le public, et c’est ça qui est important dans le blues: que rien ne soit aseptisé, que la scène et les festivaliers ne fassent qu’un. C’est ce que l’on recherche au moment de faire notre programmation.»
Complétée par le blues rock des Suisses Noir & Gerber et des Français de LeanWolf, l’affiche propose donc une nouvelle fois un bel équilibre entre artistes du cru et étrangers. Et avec des noms qui, s’ils ne sont pas forcément connus du grand public, n’en sont pas moins pointus. «On connaît tous les grands du blues, mais peu la scène actuelle, qui est pourtant très vivante, avec beaucoup de jeunes et de plus en plus de femmes, note Guillaume Abbey. Il y a des festivals dédiés, une communauté très active, mais c’est un peu hors des radars classiques, avec des artistes qui ne sont pas dans les tops Spotify.» «Raison de plus…», aurait-on envie de dire.
