Le Petit Robin, un journal qui capte le pouls des habitants de Plan-Dessus

Le rédacteur en chef Eric Bays lit la dernière édition du Petit Robin sur la place Robin.  | C. Boillat

Vevey
Le trimestriel gratuit relate la vie, l’histoire, les grands desseins actuels et à venir de ce quartier de l’ouest de la ville. Il fête cette année ses 10 ans.

Plan-Dessus est un endroit charmant et vivant qui s’étend au nord-ouest de la gare de Vevey. S’il n’est composé que d’une dizaine de rues historiques disposées en damier, ce quartier comprend des lieux d’importance comme le stade de Copet et la place Robin, où se tient chaque année la Fête multiculturelle, colorée, remuante et intégrative. Autrefois, les Ateliers mécaniques, qui bordaient le lieu et la Veveyse, ont fait la gloire de Vevey-la-Jolie. La halle Inox, restaurée, en est le dernier vestige emblématique.

Le journal Le Petit Robin relate quatre fois par an la vie de Plan-Dessus, son passé, son présent, son futur, ses joies et réussites, comme ses affres. Cette publication gratuite, de 2’000 exemplaires – Vevey comptant un peu plus de 20’000 habitants – vit cette année sa première décennie. Il est conçu et porté à bout de bras bénévolement par Eric Bays. Ce Veveysan est pour ainsi dire né sur la place Robin, et, après quelques courtes circonvolutions, ici et là, il y vit et travaille de nouveau. «Ce quartier, c’est toute ma vie.»

Investi d’une mission

«Le but de ce journal local est d’être rassembleur et de créer la cohésion entre les habitants du quartier, tout en les tenant informés de l’actualité et du passé de ce magnifique endroit articulé autour de la place Robin. Il a vocation d’être un média papier, même si, pour rester lisible par le plus grand nombre, un site Internet a été mis sur pied. On y trouve les anciens numéros. À une époque où la presse papier tend à disparaître, cela tient presque de l’exploit», résume le quinquagénaire, qui, en sa qualité de rédacteur en chef, «se sent investi d’une mission». Celle d’informer bien sûr, divertir, rendre service, dénoncer aussi si nécessaire, autour de ce quartier historiquement ouvrier.

En haut à gauche de sa Une, le journal affiche fièrement un bel oiseau sur une branche. «C’est un petit robin justement. Un joli et fragile passereau», relève Eric Bays. On se souvient en avoir vu pas mal d’ailleurs sur la place éponyme en train de boire dans l’ancienne fontaine. Le bassin a été retiré, mais une nouvelle mouture devrait être installée en 2028. 

Meurtre aux Tilleuls…

Dans son dernier exemplaire, numéro 36 de l’été, le gratuit revient longuement sur le devenir du square historique de Plan-Dessus – vendu avec Plan-Dessous par Corsier à Vevey en 1892. Une, éditorial, et deux pleines pages sur les 20 contenues dans le journal lui sont consacrés. 

Outre le rédacteur en chef, des journalistes professionnels et amateurs trempent leur plume aiguisée dans la vie du quartier. Des portraits, des brèves, l’actualité du Vevey-Sports, des jeux, des photos-devinettes anciennes, des annonces et même l’histoire vraie d’un meurtre à l’arme blanche, survenu à la rue des Tilleuls à l’été 1983, agrémentent cette édition.

Le Petit Robin, édité en Allemagne, car moins cher qu’à Vevey, «tourne» avec un budget inférieur à 10’000 francs annuels. Le patron, quand il coiffe sa casquette de publicitaire, peut compter sur les forces vives qui bossent à Plan-Dessus. À coup de 10, 30, 50 francs. Il est aussi aidé ponctuellement par la Ville. «Cette presse papier n’existerait pas sans le soutien des commerçants du quartier et des particuliers», souligne encore Eric Bays, formateur d’adultes de profession.

Plan-Dessus, c’est une ruche; du pain bénit pour son porte-voix sur papier glacé et en couleurs. Troquets, restos, garages, boutiques, artisans, commerçants et entreprises importantes participent à l’activité de ce petit bourg quadrillé comme La Chaux-de-Fonds ou New York. Ses rues se nomment Jura, Fribourg, Reller, Marronniers, Gutenberg… Il a connu des inventeurs illustres qui ont fait rayonner Vevey dans le monde entier, à l’instar de Daniel Peter et Henri Nestlé.

On y compte encore un théâtre, deux écoles, deux salles de gymnastique, et également des habitants ouverts et conviviaux. De quoi encore nourrir facilement le Petit Robin des années, alors que la presse écrite est en train de s’affaiblir inexorablement.