Ils sont les yeux et les oreilles du Léman

Les interventions de la police du lac sont variées, allant du simple contrôle de permis de conduire aux enquêtes judiciaires (homicides, noyades, suicides, etc).  | L. Menétrey

Sécurité
À l’occasion de la fête nationale, nous sommes montés à bord du bateau de la gendarmerie du lac. Entre feux d’artifice et interventions, plongée au cœur d’une unité peu connue, pourtant très active dans notre région.

L’heure est à la fête en ce 1er août. Mais pour la brigade du lac vaudoise, les réjouissances devront attendre. Comme chaque année, la gendarmerie lacustre patrouille sur les eaux pour assurer la sécurité des plaisanciers durant les feux d’artifice. 

Installée au bout du port d’Ouchy, la base de cette unité spéciale se trouve dans un bâtiment blanc, où un port intérieur donne un accès direct à l’eau. Ce vendredi soir, l’adjudant Christian Antonucci, chef de la brigade, monte à bord de la vedette de 2009, accompagné du caporal Gianni Favero et du sergent Steve Guilland. Tandis que le caporal se met à la barre, les deux brigadiers désamarrent le navire. Télécommande en main, Christian Antonucci actionne la porte coulissante qui laisse dévoiler une vue imprenable sur le coucher de soleil. Bouteilles d’oxygène, combinaisons de plongée et gilets de sauvetage jonchent le pont du véhicule à moteur. Cap le long des rives jusqu’au Lavaux.

Créé en 1962, la police du lac vaudoise se divise aujourd’hui en deux bases – Ouchy pour le Léman, Yverdon pour une partie du lac de Neuchâtel. Dix agents permanents assurent les missions sur l’ensemble des eaux du canton, notamment les lacs de montagne, rivières, etc. En cas de besoin, ils sont appuyés par des plongeurs supplétifs – des gendarmes terrestres formés à la plongée – ainsi que d’autres brigades, comme celle de Genève. 

Leur champ d’action est vaste: 4’000 km de cours d’eau et environ 3’000 km² de surface. Quant à leurs interventions, elles vont du simple contrôle de permis à la recherche d’objets liés à une affaire judiciaire, en passant par les cas de pollution, noyades, naufrages, incendies, levées de corps (voir encadré). 

«Ce que la police fait sur les routes, nous on le fait sur le lac», affirme l’adjudant. À quelques exceptions près: ici, pas d’éthylotests aléatoires. «On fait souffler uniquement s’il y a un accident ou si un comportement est suspect», précise-t-il.

Sous surveillance accrue

Positionné en face du Musée olympique, la barge de tir des feux d’artifice flotte paisiblement sur l’eau, à quelques minutes du début du spectacle. Les gendarmes sécurisent le périmètre, aucun bateau ne doit s’approcher à moins de 300 mètres. 

«Le vent commence à souffler, alors il faut qu’on reste vigilants si des bateaux venaient à dévier et trop s’en rapprocher», prévient Christian Antonucci. Le sauvetage d’Ouchy est également sur le qui-vive ce soir. Toute l’année, la brigade travaille en étroite collaboration avec les sociétés de sauvetage du lac. Dès qu’un appel est passé au 117, la centrale vaudoise dépêche le secours le plus proche parmi les 34 présents sur le Léman. En cas de pronostic vital engagé, la police du lac est immédiatement alertée, ainsi que trois sections de sauvetage situées autour de la zone et la Rega.

Retour à nos feux. «Ça va partir!», lance Gianni Favero. Quinze minutes de pyrotechnies multicolores éclatent dans le ciel. Les navigateurs respectent les distances, laissant aux brigadiers le loisir de faire quelques vidéos. L’œil toujours attentif à tribord et bâbord. 

Le bouquet final marque la fin du spectacle, applaudi par les plaisanciers depuis leurs embarcations. «Allons vérifier la barge, lance l’adjudant. Il y a quelques années elle avait pris feu, donc on ne sait jamais.» Projecteur braqué. Rien à signaler, hormis les traces de suie qui recouvrent l’eau. «On pourrait presque faire un constat de pollution des eaux», plaisantent les gendarmes.

Des tests poussés

Avant d’intégrer cette unité, les trois gendarmes ont été soumis à des tests exigeants; course à pied, natation, apnée, plongée, canyoning, premiers secours, navigation… Sans oublier un entretien pointilleux avec une psychologue. «Dans les unités spéciales, vous faites des choses qui sortent de l’ordinaire, alors il faut avoir une maîtrise de soi», affirme le chef de la brigade. À cela s’ajoutent encore des examens médicaux très précis.

Mais les compétences acquises ne suffisent pas, elles doivent être entretenues sans relâche. Ainsi, la formation occupe près de 20% du temps de chaque brigadier. «Tout ça a un prix, alors quand on les forme, on veut être sûrs d’investir dans la bonne personne», souligne Christian Antonucci. 

Chaque année, les hommes-grenouilles doivent effectuer au minimum 35 plongées. Lors de la levée de corps ou la recherche d’objets, une torpille munie d’un échosondeur scanne les fonds lacustres. Selon le cas, les gendarmes sont amenés à plonger dans les profondeurs, jusqu’à 85 mètres maximum. Mais les risques en plongée sont réels. Christian Antonucci a déjà perdu un collègue en 2003 lors d’un entraînement.

De plus, la relève n’est pas assurée. «Peu de gendarmes veulent intégrer notre unité, dû notamment à la disponibilité que ce métier exige, confie le passionné. Il m’est déjà arrivé de quitter un restaurant en plein anniversaire de ma fille pour intervenir.»

Sur le vif

Soudain, au radar, un bateau au comportement suspect attire l’attention. Il semble perdu et vient juste de couper la route aux gendarmes. «C’est typiquement l’exemple de quelqu’un qui n’est pas habitué à naviguer de nuit», commente le chef policier. 

Ni une ni deux, le caporal met la main sur l’accélérateur et le rattrape. À bord, deux jeunes hommes s’empressent de présenter leur permis de conduire et de navigation. Pour cette fois, ce sera un simple avertissement. 

Quelques minutes après, c’est au tour d’un voilier sans feux de navigation. Sirènes <Pin pon pin pon>. «On rentrait justement au port, car la batterie de la lumière est à plat», se justifie le navigateur, avant d’être escorté.

C’est désormais à notre tour d’être ramenés à quai. Pour les brigadiers, en revanche, la nuit risque d’être encore longue.

" Ce que la police fait sur les routes, nous on le fait sur le lac”

Christian Antonucci
Chef de la brigade vaudoise du lac

Les missions de la brigade en quelques chiffres (2024)

Interventions 124

Accidents de navigation7

Personnes secourues 32

Pollution des eaux 28

Levées de corps 9

Ivresses et stupéfiants 10

GALERIE