« Les Dieux » se sont invités à Locarno

Le court-métrage noir-blanc «Les Dieux» raconte le deuil de deux frères à la disparition de leur papa.  | DR

Cinéma
Un court-métrage chablaisien a concouru au célèbre festival tessinois. Pas de prix, mais une sacrée expérience pour les protagonistes.

Il y a les vitrines dont rêve tout producteur, réalisateur ou acteur, et la quinzaine du Festival international du film de Locarno en fait assurément partie. La 78e édition, qui s’est terminée samedi, a offert une aura mondiale à un film chablaisien, «Les Dieux», produit par la société Marmotte Productions, basée à Vouvry. Projetées le 9 août, les 15 minutes en noir et blanc racontent le deuil vécu de manière très différente par deux frères à la disparition de leur père. 

Le film est reparti sans prix, mais l’essentiel n’est pas là pour Anas Sareen, de retour de Locarno. Le réalisateur de 33 ans, né à Dubaï et qui a grandi sur la Riviera, évoque une œuvre très personnelle, «un poème visuel, une allégorie», qu’il a mis trois ans à concrétiser pour retrouver les «lumières de son enfance». «Ces deux frères ont une relation privilégiée à la nature, qui est le troisième personnage du film, et qui ramène à ces moments où, adolescent, je cherchais des coins isolés sur la Riviera pour travailler mes projets artistiques», explique celui qui vit à Paris, mais revient régulièrement en Suisse.

Première réussie

Pour le Montheysan Abdeslam Jadrani, l’aventure de «Les Dieux» constitue un cadeau de la vie. «Je pensais mon rêve de devenir acteur voué à rester une illusion. C’est un ami qui m’a poussé à postuler», explique le natif de Casablanca, 21 ans. Comment a-t-il vécu ce premier tournage à travers la Suisse? «Terrifiant! J’étais tétanisé par la peur du ridicule et l’envie de bien faire. Mais l’équipe a été géniale.» 

Et que dire de ses deux déplacements à Locarno? «La première, dans une énorme salle, devant 1’000 personnes, a été le moment le plus intense. C’était super émouvant.» Anas Sareen confirme: «C’était une très grande émotion, j’ai fini par pleurer, entouré de mon équipe, sur fond d’applaudissements.»

L’expérience a clairement de quoi galvaniser un jeune acteur. «Un tel accueil donne de l’espoir, et c’est quelque chose de très important, reconnaît le Montheysan. Je suis prêt à sacrifier beaucoup de choses désormais pour atteindre mon objectif.» Pour l’heure, il lui faut choisir l’école la plus adéquate pour parfaire son jeu. Mais avant cela, il se réjouit de l’année de festivals qui l’attend pour présenter «Les Dieux». Le film est attendu en Espagne, au Moyen-Orient, en Angleterre, en Irlande et en Macédoine.

Long-métrage au programme

L’aventure pourrait bien servir aussi de tremplin à Marmotte Productions. «L’invitation de Locarno est venue valider ce qu’on imaginait, confirmer des ambitions qu’on avait», explique Gaspard Vignon, l’un des trois associés, avec Julien Bono et Charlotte Klinke. 

Après quatre courts-métrages, dont «Everything is temporary », sorti en mars, la société envisage d’autres formats. «Notre prochaine ambition est un long-métrage fiction, reprend-il. Il est quasi financé et le casting sera de premier plan. La sortie est prévue en automne 2026.»