
Depuis deux décennies, Astrochablais met l’astronomie à la portée de tous, entre conférences et observations publiques. | M. Richard
«Il manquait des conférences sur la science dans le Chablais. J’ai étudié à Lausanne puis Genève, et en revenant à Monthey je voulais retrouver ce contenu scientifique.» C’est pour combler ce vide que Stéphane Davet crée l’Association Astrochablais en 2005, avec un ami passionné. 20 ans plus tard, le président se réjouit de la mission accomplie: vulgariser la science et la rendre accessible à un large public dans le Chablais. En deux décennies, l’association a organisé une centaine de conférences, accueillant des intervenants de renom, dont l’Aiglon Michel Mayor, prix Nobel de physique en 2019 (voir encadré). «Il était là pour la toute première, pour nos 10 ans, et il revient pour les 20. C’est un peu notre parrain, il nous aide à drainer du monde pour ces années jubilaires», se réjouit Stéphane Davet.
Astrochablais, c’est aujourd’hui un noyau de neuf bénévoles qui réunit environ 140 membres. Pour la relève, le Montheysan ne s’en fait pas trop: enseignant de mathématiques et de physique à Saint-Maurice, il la voit émerger au sein même de ses classes.
Baptiser son propre astéroïde
Pour soutenir ses activités, en particulier son festival du 20 septembre, l’association a lancé un financement participatif, avec un objectif de 8’000 francs. Parmi les contreparties proposées, l’offre intitulée «Univers» ne passe pas inaperçue. Pour un don de 5’000 francs, il est possible de nommer un astéroïde découvert par l’astronome Michel Ory. Sans grande surprise, aucun donateur ne s’est encore manifesté. «On a tenté, on verra bien. Il suffit d’un passionné fortuné, qui sait!», plaisante Stéphane Davet.
Le programme de cette journée anniversaire promet une immersion cosmique au Théâtre du Crochetan: planétarium gonflable, exposition d’images issues du télescope James Webb, atelier fusée pour enfants, conférence sur «d’autres mondes» de Michel Mayor et, si la météo le permet, observation nocturne du ciel. «La salle du Crochetan peut accueillir 600 personnes. La remplir pour un événement scientifique, ce serait génial», espère le Chablaisien.
Et pour les 20 prochaines années? Le rêve de Stéphane Davet est de transformer l’événement en festival régulier. Mais pour l’heure, ce ne sont encore que des plans sur la comète.

En 1995, Michel Mayor et Didier Queloz détectent la première exoplanète autour de l’étoile 51 Pegasi, une découverte historique qui leur vaudra le prix Nobel de physique en 2019. Entretien avec l’astrophysicien d’Aigle, invité d’honneur des 20 ans d’Astrochablais.
Michel Mayor, en octobre 1995, vous annoncez la découverte de la première exoplanète. Trente ans plus tard, quel regard portez-vous sur cette avancée?
Beaucoup d’étonnement de l’ampleur que ce domaine a pris depuis: plus de 6’000 exoplanètes découvertes en trois décennies, c’est fabuleux! À l’époque, on se doutait que c’était important — la revue Nature l’avait publié — mais on craignait que l’intérêt ne retombe. Aujourd’hui, les exoplanètes sont devenues l’une des priorités des grands observatoires.
En plus de ce jubilé, vous participez aux 20 ans d’Astrochablais. Quel est votre lien avec l’association et, selon vous, quel rôle joue ce type de société aujourd’hui?
J’entretiens des liens amicaux, et je suis tout à fait content de participer à ce jubilé! Ces associations d’amateurs sont fondamentales, parce qu’elles satisfont le besoin de curiosité du grand public par rapport aux grandes questions de l’univers.
En quelques mots, sur quoi portera votre conférence du 20 septembre: «D’autres mondes dans le cosmos?»?
Je retracerai l’histoire et l’évolution de ces grandes questions: l’idée d’autres mondes remonte à l’Antiquité grecque, mais nous commençons seulement à entrevoir des réponses. Nous n’avons pas encore de certitudes, juste des indices. D’ailleurs, à la fin de mes conférences, je pose souvent cette question au public: 99% lèvent la main. Ce n’était pas le cas il y a une vingtaine d’années.
