Un cèdre sur le banc des accusés

Réunissant une trentaine de personnes au pied du résineux, la séance a parfois été très émotionnelle.  | Rémy Brousoz

Corsier-sur-Vevey
Le Tribunal cantonal s’est réuni la semaine dernière autour d’un conifère. L’arbre doit être abattu pour laisser la place à une construction.

C’est une audience particulière qui a été tenue mercredi dernier par la Cour vaudoise de droit administratif et public à Corsier. Réuni en matinée dans le quartier Sous-les-Terreaux, le tribunal se penchait sur le cas d’un cèdre de l’Himalaya.
Un résineux âgé de plus de 60 ans, dont l’abattage programmé a suscité quelque 240 oppositions l’an dernier (voir édition 163, 17 juillet 2024). Bordant une vieille villa inhabitée, le conifère doit être rasé avec cette dernière pour laisser la place à un petit immeuble d’habitation. Son sort est actuellement entre les mains de la justice.
Présidée par le juge Alain Thévenaz, cette séance d’inspection locale a réuni une trentaine de personnes. Parmi lesquelles, la constructrice et son architecte, le groupe de citoyens et citoyennes opposés à l’abattage, la Municipalité, ainsi que les avocats des différentes parties. Présents également, des représentants de la Direction générale de l’environnement (DGE).
Haut d’une vingtaine de mètres, ce cedrus deodara constitue-t-il un biotope? Telle a été la première question examinée par la Cour. Si les défenseurs de ce ligneux exotique assurent avoir observé des milans royaux et des passereaux y nicher, la DGE a répondu par la négative. «Rien n’indique que ce cèdre constitue un arbre-habitat», a conclu le collaborateur technique de l’État après un rapide examen effectué sur le moment.

Un arbre remarquable?
C’est ensuite son caractère d’arbre «remarquable» – un statut désormais protégé par le Canton – qui a été débattu. Après plusieurs passes d’armes juridiques entre avocats à ce sujet, les opposants ont souligné que «pour le voisinage, c’est un arbre remarquable».
«C’est le poumon du quartier, a plaidé une habitante. Il est possible de construire sans l’abattre.» Une affirmation que réfutent la Municipalité et la constructrice. «Les alternatives proposées par les opposants ne sont pas conformes au règlement.»
Enfin, la question de la sécurité a été soulevée, une branche latérale ayant cassé l’an dernier. Pour l’arboriste présent à la séance, le cèdre est dans un «bon état physiologique». Le risque de chute de branches est jugé «moyen». «Mais il peut être réduit avec de l’entretien régulier.» Reste à savoir de quel côté penchera la justice.