
| B. Besson
Martine Gerber, en quoi les épiceries alternatives sont-elles «irremplaçables»?
–Elles le sont, car elles offrent une diversité au niveau des modes de production, de consommation et des contrats différents de ceux imposés par la grande distribution. Elles garantissent un prix juste aux paysans, et le droit à une alimentation locale et équilibrée pour les consommateurs. Enfin, elles créent du lien et donnent du sens à notre consommation, en considérant l’aliment dans toute sa chaîne de production.
Depuis 15 ans, leur nombre a presque quadruplé (actuellement 150 épiceries en Suisse romande). Cela vous surprend-il?
– Non. Cela montre que davantage de personnes ne se retrouvent plus dans la consommation de masse et cherchent à faire une différence. La situation géopolitique actuelle contribue aussi à cette prise de conscience.
Comment ces structures peuvent-elles survivre?
– Elles peinent à être respectées comme des structures complémentaires et souffrent de la concurrence déloyale du monopole, qui récupère l’argument du «local» à des fins marketing. Cela freine la pérennisation des modèles alternatifs et se traduit souvent par des difficultés financières pour les épiceries. Leur survie nécessite un engagement collectif permanent, et l’adhésion des consommateurs.
Justement, quelles sont leurs principales préoccupations?
– L’alimentation est très intime: elle touche aux habitudes, à la culture, aux souvenirs. Dans un système du «tout, tout de suite», le changement fait peur. Beaucoup évoquent le prix ou le manque de temps, mais c’est surtout tout un modèle qu’il s’agit de déconstruire. Une fois le cap franchi, le sens, les liens et le plaisir partagé fidélisent les clients. L’enjeu est donc de sensibiliser pour que chacun s’engage à sa mesure. Mais c’est un changement de paradigme qui va bien au-delà de l’alimentation.
Quel est le rôle des politiques publiques dans cette transition?
– La Suisse manque d’infrastructures pour transformer les produits localement. La main-d’œuvre est chère, ce qui pousse à externaliser et limite les possibilités pour les producteurs. Les politiques jouent donc un rôle clé pour soutenir les infrastructures artisanales et locales et protéger les filières. Si le canton de Vaud est bien pourvu en épiceries alternatives, indispensables pour la vente en circuit-court, une coopérative de producteurs manque cruellement. Des événements comme celui-ci offrent justement l’occasion de réunir ces acteurs.
Plus d’infos: artisansdelatransition.org/agir-avec-nous/irremplacables-epiceries
