Les petits Aiglons sur les pas des hérissons

Les élèves ont déposé dix tunnels à traces dans les quartiers aiglons pour recenser la présence des hérissons en zone urbaine.  | L. Menétrey

Faune
Munis de pâte à sel et de tunnels à empreintes, les écoliers participent à un recensement du petit mammifère, aussi discret que menacé. On les a suivis le temps d’une matinée.

Cahiers fermés, mains dans la pâte à sel. Ce lundi, au collège de la Grande-Eau, c’est mission hérisson. Dans la cour, une vingtaine d’élèves s’affairent à modeler le mammifère piquant en pâte à sel. «Combien de pattes? Et de pics?», interroge Nadège Vernier, bénévole de l’Association Alpes vivantes (organisation dédiée à la gestion et valorisation des projets environnementaux dans les Alpes vaudoises).
Autour d’elle, les enfants pétrissent la pâte pendant qu’elle expose ses caractéristiques principales. 8’000 pics ornent le dos de la bestiole adulte. «Vous voyez son museau? Il est allongé. À vous de le reproduire avec votre pâte à sel», encourage Nadège. Depuis quatre semaines, les écoliers aiglons suivent la piste du hérisson, installant des tunnels à traces dans un périmètre d’un kilomètre carré. Cette action «Hérisson, y es-tu?» s’inscrit dans un recensement national lancé en 2018 par l’Association VilleNature pour son projet «Nos voisins sauvages», qui vise à évaluer la distribution et les milieux favorables au petit mammifère.
Il faut dire que Nadège Vernier connaît cet animal sur le bout des doigts, elle en a soigné des dizaines au centre aiglon «SOS Hérissons», qui a fermé ses portes récemment. «C’est l’animal qui nous indique le mieux l’état de la biodiversité dans un secteur. Sa présence révèle un environnement sain: insectes, plantes, points d’eau… Avoir un hérisson dans son jardin, c’est une bénédiction!», avance-t-elle.
«Quel est son plus grand prédateur? Un indice: un mammifère blanc, gris et noir, quelqu’un sait ?», questionne la bénévole. «Le panda», «le zèbre», répondent les uns et les autres. «Non, c’est le blaireau!», corrige Nadège. Mais l’animal nocturne est en danger. L’an dernier, le hérisson commun est passé de «préoccupation mineure» à «quasi-menacé» d’extinction dans la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). L’humain étant sa pire menace. Les routes, les pesticides, les tondeuses automatiques sont en cause… et les «jardins trop proprets», déplore Nadège.

Petites pattes, grands indices
Place maintenant au terrain. Les écoliers marchent à la même allure que la petite bête, soit 4,7 km/h, indique Jean-Christophe Fallet, secrétaire d’Alpes vivantes. Premier arrêt sur la carte pour déposer un tunnel dans un coin d’herbe. À l’intérieur de l’installation triangulaire, ils déposent un carton avec deux feuilles blanches, un pot contenant des vers de farine secs et des croquettes en guise d’appâts et quelques coups de pinceau de peinture naturelle, à base de graphite et d’huile de tournesol. Si un hérisson passe, ses pattes enduites laisseront des traces.
Le lendemain, les écoliers reviendront relever les dix tunnels déposés et découvrir les différentes visites nocturnes. La bénévole Laurence Golaz nous montre les résultats des traces des semaines précédentes. «Cinq doigts, c’est un hérisson!» Mais d’autres visiteurs laissent aussi leurs marques: chats, campagnols ou encore escargots.
Une fois les relevés effectués, ces données permettront aux biologistes de «Nos voisins sauvages» de situer la présence du mammifère. Les résultats seront dans un second temps présentés aux enfants. Pour Jean-Christophe Fallet, ces chiffres sont notamment intéressants pour les Communes. «Ça leur permet de savoir où il y a une zone importante pour la faune et d’adapter leur plan d’aménagement, explique-t-il. Et puis, les élèves rentrent à la maison et partagent leur expérience avec leurs parents, ça sensibilise tout le monde et ça a un impact.»

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