
«À voir et à manger» traite de notre rapport au goût et à l’alimentation à l’Espace Graffenried, comme Aline Savioz à travers son cliché «Triclinium». | A. Savioz
L’art se plaît à mettre l’eau à la bouche et se déguste à l’Espace Graffenried. Comme une évidence pour le chef-lieu, ambassadrice de la gastronomie en tant que Ville suisse du Goût 2025. Ce goût (parfois même ce dégoût) qu’une douzaine d’artistes, dont onze ayant déjà exposé dans le musée de la place du Marché, ont été invités à interroger chacun à leur manière jusqu’au 8 mars à travers l’expérience «À voir et à manger». Un nom qui dit tout de la diversité des plaisirs à la carte.
Entrée, plat, dessert
En ouverture, le Valaisan Olivier Lovey invite littéralement à entrer dans l’exposition à travers deux images géantes, qui plus est en 3D et mouvantes grâce aux lunettes fournies. L’artiste amateur de trompe-l’œil, qui avoue que la nourriture n’est pas sa tasse de thé, a choisi de déranger, en proposant un travail où la pomme alterne entre sensualité et démangeaison.
Nicolas Pahlisch a pour sa part cherché et trouvé dans certains paysages des allusions à des aliments, à moins que ce ne soit l’inverse. Quoi qu’il en soit, ses tableaux en petit format offrent, deux par deux en effet miroir, de sonder le parallèle éphémère entre, par exemple, une botte d’asperges et une côte maritime sous les nuages, des huîtres et des cimes de montagne ou des courgettes et un champ de narcisses.
La suite du menu-dégustation propose, au choix, une nature morte contemporaine d’inspiration «cézanienne», une sculpture tout en aubergines (des vraies), un exercice de «goût-pathie» à l’acrylique de Tami Hopf, un buffet impérial de mets à la sauce «pop absurde» d’Aline Savioz ou un dessin de Barbara Cardinale revisitant l’œuvre de l’artiste chablaisienne Marie-Joseph Orgiazzi (1945-1998).
Autre figure de l’art pictural régional, Frédéric Rouge amène sa patte avec ses affiches «diaboliques» vantant le Bitter des Diablerets. Pour clore le tour, un espace olfactif tente la connexion à la nourriture et une réflexion sur son imaginaire par l’odorat.
Pour le dessert, il faudra se déplacer au Château d’Aigle où l’artiste vaudoise Leah Linh propose un triptyque tout en acidité. Son étonnante expo dans l’expo «Matières premières» met en scène des centaines de bocaux de cornichons et oignons aiglons déversés dans trois salles de la tour carrée. Bon appétit!
Plus d’infos: www.espacegraffenried.ch
«À voir et à manger», Espace Graffenried à Aigle (place du Marché 2), jusqu’au 8 mars 2026. Entrée libre.

Avant de monter au premier étage pour découvrir «À voir et à manger», un amuse-bouche est proposé au rez-de-chaussée avec «Cocagne», du Valaisan Jean Briod. L’ancien élève de l’Académie des beaux-arts de Florence et de L’École Emile Cohl de Lyon a décrypté certains contes de son enfance et exploré leur «terreur sous-jacente» en leur redonnant vie sous la forme d’une «exposition immersive et tridimensionnelle» composée d’œuvres sur papier contrecollées sur des panneaux de bois et intégrant plusieurs textes et dessins découpés réalisés aux crayons de couleur, aux feutres à alcool et à la peinture acrylique et numérique. «Il s’agit d’un récapitulatif de plusieurs choses et lieux de ma vie qui reviennent de manière obsessionnelle.» Magique et perturbant.
