Remettre le lézard vert au milieu des vignes

Aigle
Pro Natura ensemence aujourd’hui 1’000 m² de prairies fleuries à la place de vieilles vignes. Objectif: favoriser l’habitat de celui qui est l’emblème du Chasselas «Aigle les Murailles».

Tous ceux qui entament l’ascension de la route des Ormonts depuis Aigle n’ont qu’à lever le nez pour voir ses écailles vertes en format géant sur les murs de vignes du domaine des Murailles. Les amateurs du réputé «Aigle les Murailles» retrouvent aussi l’emblématique lézard sur l’étiquette de chaque bouteille, dans sa version immortalisée par le peintre chablaisien Frédéric Rouge, il y a plus d’un siècle. 

Mais le vrai, celui qui est sur la liste suisse des reptiles dits «vulnérables», se plaît-il encore à slalomer entre les ceps de ces pentes, là où une forte densité du vignoble et le recours aux herbicides l’ont privé de ce manteau herbeux dont il est friand?

La question a taraudé Daniel Dufaux pendant des années. Le membre de la direction de la maison Schenk, propriétaire du domaine des Murailles, se la posait déjà à l’époque où il travaillait comme œnologue à la maison Badoux, à Aigle. Le Montreusien avait même confié la mission d’y répondre à un élève de Changins. Sa conclusion: des individus étaient bien présents en lisière de vignes. 

«Nous avons déjà tenté des couloirs herbeux pour le ramener dans les vignes, mais ils ne se sont pas avérés concluants, explique Daniel Dufaux. Au fil des ans, le soufflé est retombé, sans que la question ne soit oubliée. Je suis content que Pro Natura reprenne la chose en main.»

Prairies fleuries

Au début de l’année, Schenk a en effet pris contact avec l’association écologiste et plus précisément Olivier Vonlanthen. «À Aigle, trois zones ont été définies pour y semer des prairies fleuries qui permettent de relier les différents bosquets et favoriser les déplacements du lézard vert, explique le chef de projet. Ces couloirs équivalent à près de 1’000 m² sur lesquels l’entreprise Schenk a récemment arraché les ceps pour que nous puissions ensemencer.» Une action qu’il a effectuée aujourd’hui même.

En attendant de savoir si la mesure s’avèrera efficace, Olivier Vonlanthen se réjouit déjà de pouvoir essayer. «Il est difficile de trouver des viticulteurs qui acceptent. L’avantage d’enlever de grosses surfaces est non seulement que de tels couloirs puissent jouer un rôle de jonction, mais aussi d’habitat.» 

Et Daniel Dufaux de conclure: «Cela peut paraître étrange d’arracher de la vigne dans le contexte très difficile que traverse le secteur viticole, mais nous voulions aller au bout. Ces vignes étaient âgées et nous avons préféré les mettre à disposition de la recherche et de la biodiversité.»