« Nous ne pouvons pas nous permettre de dérailler ! »

Les TPC doivent retarder le gigantesque chantier «AOMC 2030» d’au moins deux ans. Trop d’incertitudes planent en termes de planification et de budget.  | C. Dervey – Archive 24heures

Mobilité
De grosses incertitudes de budget et de planning valent le renvoi d’au moins deux ans du début du chantier du tracé de l’AOMC. Une analyse est attendue pour le printemps 2026.

Le chantier géant à 210 millions sur le tracé de l’Aigle-Ollon-Monthey-Champéry (AOMC) devait démarrer en mars prochain et le premier coup de pioche symbolique avait déjà été donné en mai dernier. Le projet «AOMC 2030» doit permettre de mettre le train en voie propre, là où aujourd’hui il circule en parallèle des voitures (notamment sur le pont traversant le Rhône), et de sécuriser le tronçon d’arrivée entre Collombey et Monthey où voitures et rames cohabitent parfois dangereusement. Enfin, les deux gares actuelles (CFF et AOMC) seront réunies en une seule.

Mais patatras: des incertitudes sont survenues ces derniers mois. «Beaucoup d’incertitudes» même, selon Olivier Français, président des Transports Publics du Chablais, la compagnie qui exploite la ligne et maître d’ouvrage. Résultat: un report «d’au moins deux ans», précise-t-il, en vue d’effectuer une «réévaluation technique et financière». 

Ce décalage aussi important s’explique par la complexité d’un projet prioritaire dans la région, la coordination millimétrique avec de nombreux partenaires et de grosses contraintes techniques non prévues. «Et qui dit modification de projet ou de budget, dit aussi nouvelles procédures.»

Travaux «plus compliqués que prévu»

Mais quelle est la nature exacte de ces «incertitudes»? En premier lieu, certaines surprises dans les sols en termes de réseaux à mettre à niveau et des travaux préparatoires qui s’avèrent plus compliqués que prévu, notamment en termes de coordination des calendriers avec les différents partenaires, CFF in primis. «Un gros fournisseur a par ailleurs fait faillite, ajoute Olivier Français. Tout le planning demande un rééquilibrage. Nous avons une responsabilité vis-à-vis du commanditaire et l’obligation de fournir le coût réel du projet avant de commencer.» 

Raison pour laquelle, les Transports Publics du Chablais ont informé le 8 octobre les financeurs du projet. Essentiellement l’Office fédéral des transports, le Canton du Valais et les Communes de Monthey et Collombey-Muraz.

Sur un chantier aussi colossal, imagine-t-on un surcoût en millions ou dizaines de millions? Trop tôt pour le dire, selon l’ancien parlementaire fédéral. «Ce qui est sûr, c’est que cela chiffre vite, et nous ne pouvons pas nous permettre de dérailler. Un surcoût de 5% et on parle de 10 millions!» 

Existe-t-il un risque que le projet soit compromis? Aucunement, assure Olivier Français. «La volonté de le mener à bien a été exprimée par toutes les parties.» Autre (maigre) consolation, la suspension du chantier n’aura aucune incidence sur l’offre de transport actuelle. «La prestation reste assurée», promet le président.