« La puissance du ski doit profiter au tourisme quatre saisons »

La deuxième mise à l’enquête des canons à neige supplémentaires à Leysin et aux Mosses serait imminente. | C. Dervey

Alpes vaudoises
À l’heure d’attaquer la saison phare de l’année, l’équation reste complexe: comment consolider l’hiver, ce pilier économique, tout en favorisant le nécessaire lissage progressif des activités sur toute l’année? Décryptage.

Comme un slogan. Mieux, un mantra. Le «tourisme quatre saisons» se retrouve dans toutes les conversations avec les acteurs touristiques des Alpes vaudoises, les conférences de presse, les communiqués. La situation l’exige au vu des quantités de neige en baisse, de la diversification des loisirs, des coûts de vacances en stations ou encore de l’évolution des sensibilités en matière d’environnement. 

Le défi est même double: un rééquilibrage des revenus sur l’entier de l’année, tout en consolidant l’hiver. Ce dernier reste de loin la saison cruciale pour des sociétés telles que Télé Villars-Gryon-Les Diablerets (TVGD) ou Télé Leysin-Les Mosses-La Lécherette (TLML), et de manière générale pour toute l’économie régionale. «L’hiver concentre 95% de notre chiffre d’affaires, confirme Martin Deburaux, directeur de TVGD. Le ski en est le cœur battant. À présent, il s’agit de transformer cette énergie en levier pour un tourisme plus harmonieux et vivant tout au long de l’année.»

Transition soutenue par l’État

D’autant que l’attrait de l’été, à en croire le baromètre Magic Pass, ne cesse de croître. «Dès la deuxième année (ndlr: 2018), notre abonnement offrait l’accès aux remontées mécaniques l’été, explique le Villardou Pierre Besson, président de la coopérative regroupant une centaine de stations dans toute la Suisse. Depuis, l’utilisation moyenne de la carte à la belle saison a passé de 1 à 4,7 passages par utilisateur en moyenne. Qui plus est, cet intérêt grandissant incite les stations à investir et à innover en matière d’offre estivale.»

Une dynamique par ailleurs soutenue par le Canton de Vaud à travers, entre autres, le Fonds pour le développement d’un tourisme régional durable. Elle est même «le cœur des aides allouées dans ce crédit-cadre de 50 millions de francs mis en œuvre il y a deux ans», selon Jean-Baptiste Leimgruber, responsable de l’Office du développement économique, au Service de la promotion de l’économie et de l’innovation (SPEI). Qui ajoute que sur les 25 millions déjà utilisés, 12 l’ont été dans les Alpes vaudoises.

Reconversion réussie à Glacier 3000

Glacier 3000 a amorcé sa mutation il y a vingt ans. Luge d’été, pont suspendu (le Peak Walk) et plusieurs restaurants (en premier lieu le Botta) attirent des groupes du monde entier. Et surtout d’Inde et d’Asie, où la société a fait un gros travail pour que les groupes des tour-opérateurs incluent Glacier 3000 dans leur itinéraire vers Interlaken ou Lucerne.

Aujourd’hui, les résultats sont là: 62% des personnes qui empruntent le téléphérique col du Pillon-Scex Rouge sont des «piétons», soit des personnes qui ne skient pas. «Sans le virage quatre saisons, Glacier 3000 n’existerait plus, lance de but en blanc son directeur Bernhard Tschannen. Le Peak Walk en 2014 a été le tournant, il nous a permis de jouer dans une autre ligue et d’être un leader quatre saisons pour toute la région.»

Sauf qu’à Leysin, Les Mosses ou Villars, on n’a pas de Peak Walk. La nature reste l’atout majeur d’un tourisme doux lié à la randonnée et au VTT, d’où un Masterplan à l’échelle des Alpes vaudoises. «Nous devons miser sur ce socle, notamment en transformant certains tracés exigeants en parcours plus roulants pour tous, tout en amenant des compléments», explique Maxime Cottet, directeur de TLML. 

Qui cite en exemple le Parc du Soleil, tout juste inauguré à la Berneuse, une zone ludique et familiale à vocation estivale au départ des pistes. «Il faut voir nos remontées mécaniques comme une extension des transports publics, afin de découvrir les joies de la montagne.»

Viser des projets «originaux» et «bien intégrés»

Toutefois, pour Martin Deburaux, «la randonnée et le VTT ne permettront pas, à eux seuls, de générer l’affluence nécessaire sur les sommets. L’enjeu est de concevoir une offre originale, cohérente et respectueuse de l’environnement, en concentrant les aménagements sur certaines zones plutôt qu’en dispersant les projets».

C’est l’objectif de la balançoire géante de 12 mètres prévue à flanc de falaise au Grand Chamossaire. TVGD pensait avoir fait tout juste dans une zone dominée par les pylônes de la télécabine et l’emblématique antenne sommitale, mais elle a tout de même dû concilier avec des oppositions lors de la mise à l’enquête d’avril 2025 et des critiques de la part des Vert.e.s locaux. «Je comprends que ces sujets puissent susciter des débats passionnés, et je respecte toutes les opinions. Toutefois, ce projet s’inscrit dans une démarche cohérente avec le Plan directeur touristique des Alpes vaudoises», lance Martin Deburaux. Si le permis de construire a été délivré, le directeur ne précise pas quand la nouvelle attraction sera opérationnelle.

Aux Mosses, dans l’attente de nouvelles sur le front de l’enneigement mécanique (lire ci-contre), le projet de baignade naturelle et son restaurant concentrent beaucoup d’espoirs en vue de relancer une station mise à mal par le réchauffement climatique. Le bassin est «terminé à 99%», selon Gretel Ginier, syndique d’Ormont-Dessous, et «son remplissage est imminent». L’ouverture au public de ce projet à 6,3 millions de francs est quant à elle prévue l’été prochain.

S’il est le plus clinquant aux Mosses, il s’inscrit dans une stratégie globale ramenée à 83 mesures (hébergement, parcours, mobilité, etc.). Le Conseil communal a validé mardi dernier 610’000 francs pour passer à la phase de mise en œuvre.

Le pipeline à idées est donc bien rempli, mais la transition quatre saisons s’annonce un parcours de longue haleine. Martin Deburaux ambitionne de ramener le ratio des revenus hiver-été de 95-5 à 65-35 en dix ans. «Il reste beaucoup à faire et les défis sont nombreux, mais nous croyons vraiment en ce projet et nous avançons dans le bon sens.»

"Nous ambitionnons de ramener le ratio des revenus hiver-été de 95-5 à 65-35 en dix ans”

Martin Deburaux Directeur de Télé Villars-Gryon-Les Diablerets

Coup d’accélérateur pour les canons à neige

«Le Conseil d’État a décidé d’accélérer la réalisation des mesures de rectification des atteintes au marais du col des Mosses. Il a ainsi décidé d’assurer la maîtrise d’ouvrage de la mesure liée à la renaturation du tennis et plus globalement de financer de manière anticipée ces mesures.» L’annonce date de jeudi et est synonyme de déblocage dans le dossier d’enneigement mécanique dans les Alpes vaudoises. Jusqu’ici, la question paraissait légitime: le projet de 177 canons et perches à neige prévus à Leysin (des machines supplémentaires) et aux Mosses (dépourvus de neige artificielle) a-t-il du plomb dans l’aile? L’annulation du précédent projet pour cause d’un tracé traversant des zones de marais date d’il y a un an, une première mouture qui s’était heurtée à des centaines d’oppositions et à l’ire d’associations écologistes. Y aurait-il donc une deuxième mise à l’enquête? Oui, «d’ici à la fin de l’année», selon Maxime Cottet, directeur de Télé Leysin-Les Mosses-La Lécherette. D’après Gretel Ginier, syndique d’Ormont-Dessous, Commune à qui incombait les frais de ces mesures jusqu’ici, ce serait même «une question de jours». «Nous nous sommes heurtés à quelques étapes foncières et administratives liées au PAC 292 (ndlr: le Plan cantonal validé par le peuple qui protège les zones des marais des Mosses), reprend Maxime Cottet. Les compensations prévues devaient être réalisées avant de pouvoir aller de l’avant, c’est désormais chose faite.»

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