La rampe de la discorde

La parcelle du SIGE relève du domaine privé.  | N. Desarzens

Vevey
Adoptée par le Conseil communal en septembre 2024, la construction d’un ascenseur pour accéder au collège provisoire sur la dalle du SIGE suscite la grogne des usagers du site.

En fin de semaine passée, une palissade en bois était en train d’être finalisée aux abords du collège provisoire, installé sur le parking du Service intercommunal de gestion des eaux (SIGE). Une mesure de la Ville pour barricader le parking privé, de manière à assurer la sécurité des écoliers.

«Le cloisonnement vise à mieux faire respecter l’interdiction à la rampe aux piétons, malgré la signalisation explicite déjà en place depuis plusieurs années», confirme le président du comité de direction du SIGE, Caleb Walther.

Une décision qui n’est pas du goût des différents clubs qui utilisent les salles de sport en fin de journée, hors des heures de bureau. Car si les employés peuvent accéder en voiture au parking privé du SIGE, ce n’est pas le cas de tous les autres usagers des lieux, qui doivent emprunter les escaliers au sud du bâtiment, sur le quai Maria-Belgia.

Outre les écoliers accueillis dans la structure temporaire en container, quelque 400 à 600 sportifs – dont des enfants devant porter des sacs lourds de matériel – empruntant les salles de sport du collège des Avirons doivent utiliser ces escaliers. 

Réhabilitation demandée

Avec son interpellation «Économisons 452’000 francs», déposée lors du dernier Conseil communal, Jean-Marc Roduit demande de réhabiliter la rampe comme passage piétons et de la réaménager en fonction des besoins.

«La situation de blocage ne convient pas. Chaque soir, plusieurs centaines de sportifs et d’accompagnants fréquentent ces lieux. Ils sont contrariés de devoir passer par l’accès de secours», relève cet élu centriste. Et d’ajouter: «Une trentaine de voitures dicte l’usage de cette parcelle, alors que des centaines de piétons y transitent chaque jour.»

Une contrariété «paradoxale», contrebalance Caleb Walther. «On parle de contourner un bâtiment. Marcher 100 mètres de plus, je ne vois pas le problème quand on vient pour pratiquer un sport.»

Accessible uniquement aux usagers disposant d’une clé ou d’un badge, le futur ascenseur sera privé, à des fins logistiques. «Les personnes à mobilité réduite souhaitant participer aux entraînements ne pourront donc pas l’utiliser, réagit une source anonyme. N’ayant plus accès au parking, leur seule solution restera de passer par la rampe, quoi qu’il arrive!» Malgré ces critiques, la mise à l’enquête publique de l’ascenseur, elle, n’a suscité aucune opposition.

De l’argent «mis à la poubelle»

Ce qui fait bondir le conseiller communal centriste – outre le montant de près de cinq millions de francs pour l’installation du collège provisoire – c’est justement la création de cet ascenseur urbain pour un montant de 452’000 francs. Une installation qui sera par ailleurs maintenue après le démontage du bâtiment scolaire.

«Nous n’avons jamais eu de problème de sécurité avec cette rampe, souligne ce maître d’éducation physique. Pourquoi dépenser près d’un demi-million de francs pour construire un nouvel ascenseur sur le quai de la Veveyse, qui va permettre de rallier la dalle, alors qu’un accès existant est déjà là? Cette dépense est insensée…» 

Après le sinistre du collège des Crosets il y a huit ans, une école temporaire est installée sur cette même dalle. La fameuse rampe était alors accessible à tout le monde. Argument aujourd’hui brandi par les détracteurs de la privatisation de cette route d’accès. En mains communales et intercommunales, la parcelle du SIGE relève pourtant du domaine privé.

«Le contexte actuel est radicalement différent de l’urgence après l’incendie aux Crosets, répond Pascal Molliat, municipal veveysan chargé des bâtiments. Le SIGE est d’accord d’accueillir un collège provisoire sur sa parcelle, mais sous certaines conditions, dont une amélioration de la sécurité.»

Un site scolaire à part entière

La séparation des flux piétons et véhicules s’était révélée «insatisfaisante» lors de la première expérience temporaire. Ce qui explique que l’accès piétons se fasse désormais par l’escalier.

«Cette parcelle est devenue un site scolaire à part entière, poursuit Pascal Molliat. Il faut donc des investissements pérennes, comme un ascenseur, afin de pouvoir répondre à l’accessibilité des personnes à mobilité réduite et de livraisons pour l’UAPE et le réfectoire par la façade sud du bâtiment.» Depuis plus de deux ans, le site se partage ainsi avec les nombreux enfants accueillis au sein de l’UAPE et du réfectoire scolaire. 

Forte d’une convention durant trois ans qui peut être prolongée, la Ville souhaite garder de bonnes relations avec l’organisme intercommunal, afin de pouvoir garantir la future réfection de ses bâtiments scolaires. 

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