Les écoliers de la Riviera en classe artistique

Un écolier s’amuse avec les tableaux modulables de Pierre Hæfelfinger.  | Julie Collet

Montreux
Lors du 21e Montreux Art Gallery au Casino Barrière, de nombreux élèves ont pu échanger avec des plasticiens et participer à des ateliers créatifs. Reportage.

«Combien de temps vous avez mis pour faire ce tableau?» «Qu’est-ce qui vous a inspiré cette sculpture?» Au Montreux Art Gallery (MAG), vendredi passé, un flot continu de questions enfantines a déferlé sur les artistes présents. Sérieux, curieux ou carrément taquins, les écoliers ont parcouru les stands avec une énergie débordante, ravis de troquer la salle de classe contre les allées du salon. «Vous avez bu toutes les bouteilles?», ose un garçon malicieux devant une sculpture en bouchons de liège.

De 10h à 15h, plus de 400 élèves des écoles publiques et privées de la Riviera ont visité le salon consacré à l’art contemporain. Peinture, sculpture en bronze, en bois ou en verre, photographie, design: il y a de quoi éveiller tous les regards et toucher toutes les sensibilités. Parmi les œuvres qui retiennent l’attention, la table Sunae, conceptualisée par le Fribourgeois Vincent Braillard, se démarque. Sous son plateau de verre, une bille trace des motifs dans du sable blanc. «Pour les enfants, c’est une vraie découverte!, commente le président du MAG Jean-François Gailloud. Cet objet, on ne le voit nulle part ailleurs.»

L’art à portée de mains

Contrairement à un musée, où il est interdit de toucher les œuvres, ici les enfants sont encouragés à manipuler certaines créations. Cette liberté stimule leur curiosité et leur permet de découvrir des oeuvres de manière ludique. Les installations interactives sont sans conteste celles qui fascinent le plus les écoliers, à l’image des tableaux aux motifs géométriques et colorés, découpés en tranches amovibles, du Glaronnais Pierre Hæfelfinger. À 95 ans, le plasticien guide avec plaisir les jeunes visiteurs et les encourage à toucher, déplacer et recomposer ses œuvres. À chaque déplacement des tranches, les enfants créent leur propre image et s’interrogent sur le motif, intrigués par les combinaisons qu’ils peuvent inventer. «C’est aussi un moment privilégié où se rencontrent les générations», souligne la directrice du MAG Marie-Hélène Heusghem.

L’art luminescent d’Alfred Python a également fait forte impression. Dans une salle soudainement plongée dans le noir, ses toiles se métamorphosent et des portraits cachés apparaissent. «C’est trop beau», s’exclame, surprise, une élève de 4P de l’EPS de Montreux-Est.

«Même les enfants les plus timides, je sens leur intérêt, car leurs yeux pétillent. Et si la réaction émotionnelle n’est pas toujours immédiate, elle demeure en eux», observe Stéphanie Strappazzon, coordinatrice de la journée des écoles depuis cinq ans.

Explorer par le geste

En plus de la visite, chaque classe a choisi un atelier. «Coupe pas, arrache, c’est plus stylé!», lance un jeune à sa camarade lors de l’atelier collage, animé par l’illustratrice suisse Florence Schenk. Organisés par groupes de quatre, ces élèves de 11 à 12 ans se sont rapidement répartis les tâches pour remplir le motif d’une citrouille ou d’un renard. L’un sélectionne des morceaux de couleur dans les magazines mis à disposition, un autre découpe les petits détails et les deux derniers s’occupent du collage. «Je n’ai pas le temps de donner les consignes qu’ils sont déjà à l’ouvrage», sourit-elle.

Non loin de là, une classe s’emploie à dessiner des motifs sur une feuille destinée à être découpée et assemblée en 3D pour créer un petit bus VMCV en papier. Pour la première fois, l’entreprise de transports publics tient un stand au MAG. Les VMCV y ont d’ailleurs remis un prix pour promouvoir l’art dans l’espace public à Tanya Tuluzakova, aquarelliste botanique et professeure d’art à l’école Artiloft. La Montreusienne bénéficiera d’un soutien financier, ainsi que d’une carte blanche pour imaginer l’habillage d’un bus en 2026. En attendant, les enfants repartent du salon avec leurs bus miniatures colorés, fiers de leurs créations et un peu tristes que la sortie scolaire touche déjà à sa fin.

Certains reviendront le week-end avec leurs parents et, avec leur enthousiasme, leur feront découvrir le salon. «La meilleure récompense, c’est de voir que ceux qui ont découvert le MAG enfants y reviennent adultes et continuent de s’intéresser à l’art», conclut Marie-Hélène Heusghem.

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