Marcher pour se retrouver

Le Veveysan Fabien Favre a traversé les Balkans à pied, en parfaite déconnexion.  | DR

Aventure
En 2022, le Veveysan Fabien Favre a parcouru à pied plus de 800 kilomètres sur la Via Dinarica. Dans «Une parenthèse balkanique», il raconte son périple de six semaines ponctué de péripéties et de rencontres — le tout sans smartphone ni GPS.

Plus qu’un simple voyage, c’est une véritable épopée «à l’ancienne» qu’a entrepris Fabien Favre à la fin de l’été 2022. Une traversée des Balkans par la Via Dinarica – de la Slovénie au Monténégro en passant par la Croatie et la Bosnie-Herzégovine.

Dans son sac de 40 litres, Fabien Favre n’emporte que le strict nécessaire. «Je n’avais qu’un matelas, une couverture, des cartes imprimées avec les points d’eau, mon carnet de voyage et un téléphone à clapet», liste-t-il. Ce minimalisme n’est pas un jeu d’ascète, mais bien une manière d’éprouver la lenteur, la vulnérabilité et la liberté.

D’où vient son choix de s’affranchir de tout support numérique? Le Veveysan avait une envie de se retrouver, de se déconnecter — au sens propre comme au figuré. Un peu comme en 2019, lorsqu’il avait traversé l’Europe à vélo. Un voyage qui avait accouché du documentaire «Un monde sous vide», consacré à notre surconsommation de plastique. De la pollution à la déconnexion, ce trentenaire poursuit, à sa manière, un même fil rouge: celui de questionner nos modes de vie modernes.

Sensation de liberté

L’idée d’en faire un livre s’est imposée après coup. Chaque soir, Fabien Favre notait quelques lignes: un village perché, un orage soudain, une rencontre hasardeuse, etc. Le texte garde ainsi cette spontanéité propre aux notes de terrain. Au fil des pages, on ressent le souffle, la fatigue, la solitude et les doutes du Veveysan.

Dès ses premiers pas en Slovénie, la sensation de liberté s’empare de lui — un sentiment rare à l’heure où nos écrans capturent chaque minute. L’étude JAMES (Jeunes, activités, médias – enquête suisse) menée en 2024 montre que les jeunes passent en moyenne 3h par jour en semaine, et 4h30 le week-end, sur Internet dans notre pays. Bien loin de l’expérience de Fabien Favre. Ses journées en terres balkaniques s’étirent sans notifications, rythmées uniquement par la marche et les imprévus.

Dans cet ouvrage paru aux Éditions Slatkine, on suit l’auteur dans les vallées karstiques, les forêts de Bosnie, les villages oubliés. Le livre ne cherche pas la performance, mais la présence. Il raconte les gestes simples comme filtrer l’eau, partager un repas ou déchiffrer un mot dans une langue inconnue. Et sous cette apparente modestie, on devine une quête plus profonde: celle de renouer avec le réel, avec le monde tangible.

En refermant «Une parenthèse balkanique», on a surtout envie de couper le réseau, d’enfiler ses chaussures, d’empoigner son sac à dos et de disparaître quelques semaines, loin du vacarme numérique.

Plus d’infos: slatkine.com/fr/editions-slatkine/76597-book-07211387-9782832113875.html

«Une parenthèse balkanique – À pied, sans mon smartphone», (2025), 120 p., 24 frs., Fabien Favre, Éditions Slatkine.

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