« À chaque combat, c’est un peu comme s’il était avec moi »

En juillet dernier, Stevan Maitin (ici au centre) a remporté le bronze (-73 kg) à la Coupe d’Europe junior, à Prague.  | DR

Sport aquatique
Ancien champion de trottinette freestyle, le Blonaysan de 35 ans a troqué les skateparks pour le lac. Aujourd’hui, il a revisité le foil en y ajoutant un guidon. Découverte de cet engin «volant» sur le Léman.

Stevan Maitin est un surdoué du judo. À 19 ans, il figure parmi les plus grands espoirs suisses. En octobre dernier, il était d’ailleurs le seul représentant du pays qualifié pour les Mondiaux juniors à Lima au Pérou. Déterminé, sacrifiant tout à son sport, son objectif clairement affiché est de se qualifier pour les prochains JO de Los Angeles en 2028. 

Chez les Maitin, le judo est omniprésent. Éducateur et ex-judoka de bon niveau en Suisse, Stéphane suit son fils partout, même à l’étranger. «J’ai la chance de l’avoir à mes côtés», assure Stevan. «Au départ, j’étais plutôt réticent à ce qu’il fasse du judo tant cela exige des sacrifices, puis je me suis pris au jeu», ajoute le papa. Simon (22 ans), l’aîné, a aussi pratiqué ce sport. Un tatami installé dans le salon permettait aux deux frangins de combattre à la maison. 

Et puis il y avait aussi Bernard, le grand-père. L’aïeul est décédé en mai 2024, à 86 ans. Un grand-papa que Stevan n’oubliera jamais. Il a été dès ses débuts son fan le plus irréductible. «Je lui apportais mes médailles et il était très fier», raconte Stevan. Aujourd’hui, il emporte toujours dans ses bagages lors des tournois le bonnet qu’il avait l’habitude de porter, comme un inséparable porte-bonheur. «C’est un peu comme s’il était avec moi, cela me donne de la force et me rassure lorsque je suis confronté à passablement de stress.»

En fin de vie, le grand-père avait convaincu Stevan et son papa de se rendre, un peu contre leur gré, à un tournoi prévu à Malaga, en Andalousie. De son lit d’hôpital, il leur avait encore téléphoné le jour du départ pour être sûr qu’ils avaient respecté son voeu. «Les derniers mots qu’il m’a dits ont été: <Vous êtes où? Vous êtes déjà dans l’avion?>», confie Stéphane Maitin. «Je sais qu’il parlait souvent de moi aux infirmières, j’étais très touché», se remémore encore Stevan. 

Une année prolifique

Depuis, à chaque compétition, il a une pensée pour son grand-papa. Le week-end dernier aux Championnats suisses de Berne, il n’a pas fait exception. Malheureusement, le Chablaisien s’est blessé au genou dès le premier combat, alors qu’il espérait faire coup double chez les juniors et les élites. Mais les résultats enregistrés tout au long de la saison témoignent du grand potentiel que lui prêtent tous les experts du milieu. 

En 2025, le Gingolais a récolté des médailles de bronze dans trois Coupes d’Europe: à Lignano, Zagreb et Zurich. Et il en a remporté une autre du même métal en septembre dans l’épreuve mixte par équipes des Européens de Bratislava, la première dans cette catégorie dans l’histoire du judo suisse. Un souvenir à part. «En individuel, on est concentré sur soi-même. Là, nous étions trois garçons et trois filles partenaires d’entraînement du Centre national de judo, à Yverdon, souligne Stevan. C’était complètement différent que d’habitude. Il y avait une joie collective et beaucoup plus d’émotions!» 

La pression des grands rendez-vous

Même si le judo est un sport de combat, l’intelligence tactique et la technique priment sur la seule force, et c’est ce qui plaît tant au jeune champion. «Avec mon père, on analyse toujours mes futurs adversaires à la vidéo, leurs points forts, leurs faiblesses.» Selon son papa, c’est au sol que Stevan est le plus redoutable. «Dans un bon jour, il est capable de battre n’importe qui. Il a d’ailleurs dominé le champion du monde en titre cette année en Slovénie. Mais il se loupe encore trop souvent lors des grands événements.» Ce fut le cas par exemple aux récents Mondiaux de Lima, où, figurant parmi les favoris, il avait été éliminé dès le premier tour. 

La déception, il l’avait un peu oubliée en passant une semaine à visiter le pays avec ses parents, du Machu Picchu à la frontière bolivienne. Très souvent en déplacement ces dernières années, il a notamment fait deux stages au Japon, berceau du judo, avec l’équipe suisse élite. «Malheureusement, ces voyages se résument le plus souvent à des allers-retours», regrette un peu Stevan. 

Cette vie intense, il la partage entre ses cours au Centre de sports étude de Martigny et ses entraînements quotidiens à Yverdon, mais aussi à Lausanne et à Morges. «Le matin, je prends le train à 6h50 à Saint-Gingolph et je suis généralement de retour vers 22h.» Par rapport aux jeunes de son âge, il n’a pratiquement pas de temps libre, un prix à payer pour réussir au plus haut niveau. «À Martigny, je ne vois mes copains qu’en classe. En revanche, j’ai un groupe d’amis proches à Saint-Gingolph avec lesquels je pars parfois en vacances. Et autrement, où que je sois, ils suivent mes résultats, me félicitent en cas de bonne performance et me soutiennent tout autant quand cela s’est mal passé.» Un soutien qui n’est pas unique. De là-haut, Bernard, le grand-papa, veille probablement sur lui.

GALERIE