
Même 25 ans après son accident, Sébastien Maillard impressionne par sa résilience et sa capacité à accepter sa nouvelle image. L’aide de son entourage et de son épouse Karine a été déterminante, avoue-t-il. L’habitant d’Ollon n’a jamais refusé de rencontrer des accidentés graves pour les aider à positiver une situation très compliquée. | K. Di Matteo
Sébastien Maillard en est persuadé: un jour ou l’autre, il sera amené à échanger avec l’une des victimes du tragique incendie du bar Le Constellation. Depuis une vingtaine d’années, l’habitant d’Ollon, 48 ans, grand brûlé, est régulièrement sollicité pour rencontrer des personnes ayant vécu de graves accidents, ainsi que des ambulanciers et pompiers en formation. Via l’association de soutien aux grands brûlés FLAVIE, il dit se tenir «à disposition».
Cette future discussion qu’il entrevoit n’est toutefois pas pour tout de suite, il le sait. Lui-même a passé une année et demie entre le CHUV et le Centre des grands brûlés de Lausanne, après ce fameux jour de mai 2000 où sa vie a basculé dans l’explosion d’un réservoir de camion. Le mécanicien de 23 ans se retrouve alors brûlé au troisième degré sur 92% de la surface du corps et amputé des doigts des mains.
«Si je peux aider, j’en serais heureux»
Dès lors, l’incendie de Crans-Montana a-t-il fait remonter de vieux démons? «Non, je suis totalement au clair avec tout ça aujourd’hui, lance-t-il calmement. Mais forcément, j’ai été très touché par ce qui s’est passé. Je connais le long cheminement qui attend les victimes, alors si je peux amener quelque chose, j’en serais heureux.»
Sébastien se souvient en premier lieu de la lourdeur du suivi hospitalier et de «l’énormité» de l’équipe qui s’est occupée de lui, et pour laquelle il exprime, aujourd’hui encore, une grande reconnaissance.
Tout commence par le coma artificiel, dans lequel la plupart des victimes sont maintenues, comme Sébastien l’a été durant trois semaines. Puis surviennent le choc du réveil, le début du travail de reconstruction physique et psychologique, les incessants déplacements d’un service à l’autre. Sans oublier l’incertitude pour l’entourage, doublée de son sentiment d’impuissance à aider. «Mais après, cela change», assure Sébastien. Comment peut-il en être si sûr? «Pour moi, cela a bien tourné et je veux délivrer un message positif. Un entourage qui sait garder un esprit positif, autant que possible, est le plus important.»
Sa chance, il en attribue d’ailleurs une grande partie à sa fiancée Karine, dont le soutien s’est avéré essentiel. «On lui disait qu’au-delà de l’apparence physique, j’allais peut-être changer intérieurement, explique-t-il, mais elle a bien vu que j’étais toujours le même. Et après deux ans à avoir mis nos vies entre parenthèses, nous avons réalisé tout ce que nous avions planifié: nous marier et devenir parents (ndlr: le couple a deux filles adultes). J’ai par ailleurs réussi à me réinsérer professionnellement, je suis informaticien au CHUV.»
Accro au sport
C’est donc peu dire que Sébastien Maillard est un exemple de résilience, lui qui, en accro au sport, vient de boucler un «Ironman» avec sa fille dans l’Oberland bernois. 25 ans plus tard, il est même capable de plaisanter sur son physique: «Ma fille est bien meilleure que moi en natation, mais bon, vous avez vu les appuis que j’ai?», se marre-t-il en montrant ses mains privées d’une partie de leurs doigts.
«Je suis clairement un privilégié, reprend-il, à tel point que je suis parfois un peu gêné de le dire… Un médecin universitaire, qui me sollicite pour des interventions, m’a dit qu’en moyenne, il fallait compter cinq ans, alors que j’ai presque immédiatement accepté que plus rien ne serait comme avant. Bien sûr, je me souviens de ma longue et difficile déglutition la première fois qu’on m’a tendu un miroir… mais j’étais prêt. Pour certains, cela sera pareil, pour d’autres plus long.»
Une minute de silence est prévue à 14h à l’occasion d’une cérémonie d’hommage au CERM de Martigny. Le président français Emmanuel Macron et le président italien Sergio Mattarella sont annoncés.

L’Hôpital Riviera-Chablais a apporté sa contribution le 1er janvier dernier. «Quatre victimes de l’incendie ont été accueillies à Rennaz, nous écrit le service communication de l’établissement hospitalier. Par ailleurs, quelques autres urgences en provenance de l’Hôpital de Sion ont également été prises en charge.» L’hôpital n’a toutefois pas eu à gérer des cas de grands brûlés. «L’hôpital a pris en charge des patients intoxiqués au monoxyde de carbone. Le premier patient a été gardé toute la journée à Rennaz. Les autres ont été transférés au cours de la journée. Un patient intubé a été transféré vers le CHU de Lyon pour une prise en charge spécialisée.» Tous les quatre ont désormais quitté l’établissement. Si l’hôpital n’a pas eu à rappeler du personnel supplémentaire, celui-ci «était pleinement prêt à en mobiliser si l’évolution de la situation l’avait exigé». L’établissement souligne par ailleurs que «de nombreux collaborateurs se sont spontanément mis à disposition pour apporter leur aide en cas de besoin». Il précise encore l’existence d’un plan CATA et le fait que la crise du Covid-19 a «permis aux équipes de développer une bonne expertise de la gestion de crise». Dernière note positive, «la population a largement entendu les messages des autorités politiques invitant à laisser la priorité aux patients de Crans-Montana. Dès lors, il n’a pas été nécessaire de prioriser les activités, et l’hôpital a pu fonctionner de manière habituelle».
L’Hôpital de Rennaz a accueilli quatre blessés de Crans-Montana, intoxiqués au monoxyde de carbone. Tous ont quitté l’établissement depuis. | LDD
Moins d’une semaine après l’incendie tragique du 1er janvier dans Le Constellation, les quarante victimes de 14 à 39 ans, issues de 12 nationalités, dont 21 Suisses, ont été identifiées. Sur les 116 blessés, tous identifiés, 71 sont suisses. 80 sont arrivés à l’hôpital dans un état critique. Une instruction pénale a été ouverte à l’encontre des deux exploitants pour homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence. Les deux Français, dont l’identité a été révélée dans la presse française, gèrent un autre bar dans la station valaisanne, mais le permis d’exploiter leur a été retiré. La justice rappelle que le couple jouit de la présomption d’innocence et n’a pas considéré une détention nécessaire. La suite de l’enquête portera «sur la conformité des travaux réalisés par les gérants, les matériaux utilisés, les voies de secours, les moyens d’extinction, ainsi que le respect des normes en matière d’incendie». Lors d’une conférence de presse tendue hier, il est ressorti qu’aucun contrôle n’avait été effectué au Constellation depuis 2020, ce que le président de Crans-Montana, Nicolas Féraud, a dit «regretter amèrement» sans l’expliquer. Il a dénoncé une «culture du risque inconsidérée» des gérants. À la question maintes fois posée d’une éventuelle démission de sa part, il a répondu par la négative. Il a également annoncé l’interdiction de l’usage d’engins pyrotechniques dans les lieux fermés. Aux nombreux messages de solidarité exprimés depuis le 1er janvier se sont ajoutées des marches silencieuses, par exemple à Monthey dimanche. Des cagnottes ont été organisées, notamment pour une Veveysanne de 18 ans transférée de l’Hôpital de Sion à un autre en Belgique. Le Canton du Valais octroiera en outre une aide financière aux victimes et à leurs familles.
