
Gérante de l’épicerie en vrac Bokoloko, Maëlle Bays tire la sonnette d’alarme pour pouvoir sauver son commerce, fragilisé économiquement. | L. Menétrey
«Bokoloko traverse une tempête.» Ces quelques mots, la gérante Maëlle Bays les a répandus autour d’elle, sur des flyers comme sur les réseaux sociaux. «C’est difficile d’assumer publiquement quand ça ne va pas. Mais on ne veut pas finir comme l’orchestre du Titanic, en vous jouant du pipeau alors que l’on coule», confie la commerçante. «Faire comme si de rien n’était et fermer d’un coup, ce n’est pas juste, car ça n’implique pas que moi, ce sont cinq employés, un bon noyau de clients fidèles et plus de cent fournisseurs.»
Installé depuis huit ans à la rue d’Italie, Bokoloko (ndlr: à entendre «Bocaux locaux») entendait combler le manque d’options combinant bio, local et vrac dans la commune. Après des débuts encourageants, l’équilibre s’est fragilisé. Depuis la pandémie, la Vouvryenne essaie tant bien que mal de rester à flot. «Depuis trois ans, le chiffre d’affaires baisse petit à petit», déplore-t-elle. Elle évoque des raisons comme l’inflation, le panier d’achat moyen qui diminue, et des changements de consommation. «L’engouement autour du vrac et l’effet de mode se sont malheureusement estompés.»
L’arrivée vers la gare de la chaîne de supermarché bio «Kiss the Ground» il y a quelques années n’a pas aidé. «Pour nous, c’est une concurrence assez déloyale. Ils ont les moyens de proposer des tarifs préférentiels et d’être au centre-ville.»
Manne solidaire
Pour les commerces indépendants, les marges sont très faibles. «On travaille en direct avec des produits rémunérés à leur juste valeur», indique-t-elle.
Depuis, un élan de solidarité s’est créé. Des coups de main bénévoles, des dons, voire même des commandes offertes par certains fournisseurs. Le bar-scène Le Bout du monde organise d’ailleurs un concert de soutien avec la chorale veveysanne féminine Tadââm le 28 janvier au Théâtre de l’Oriental.
«Je reste convaincue que ce concept a sa place dans le tissu économique local. Si Bokoloko ferme, ça aura une influence directe sur l’économie et les agriculteurs du coin», assure-t-elle.
Un déclin du vrac à 44%
À quelques pas de là, le magasin Côté Potager a définitivement baissé le rideau au printemps dernier. Ouvert en 2008 par Emmanuelle Forney, le commerce a été repris en 2021 par Christine Rougeron. «À l’époque, c’était de la folie, ça tournait à fond», soupire l’ancienne gérante. Sa successeuse pointe la suppression des places de parking en vieille ville. «Les consommateurs avec un certain pouvoir d’achat, venant en voiture de Blonay par exemple, ne viennent plus.»
Un constat partagé par Sabine Kaiser, coprésidente de l’Association des commerçants de Vevey (SIC). «Les habitants des hauts ne viennent plus en vieille ville. Tous me disent qu’ils ne veulent pas tourner en rond pour finalement ne pas trouver de place. Pour les personnes à mobilité réduite, se parquer plus loin et marcher n’est pas une option.» Elle déplore en outre un certain manque d’intérêt pour cette rue commerçante.
Or, le phénomène dépasse Vevey. L’Association Artisans de la transition a publié un rapport en 2024 sur l’évolution des épiceries alternatives romandes entre 2010 et 2023. Si les autres types d’épiceries comme les participatives et les bios tiennent plutôt bien le coup, le vrac connaît une chute libre depuis 2023 après un «essor spectaculaire», précise Jacques Mirenowicz, codirecteur de l’Association et réalisateur du documentaire «Irremplaçables épiceries!» .
Selon le rapport, 30 épiceries en vrac sur 68 ont fermé en Suisse romande entre 2019 et 2023, soit près de 44%. Depuis 2023, les chiffres manquent pour dresser un état des lieux actuel.
