La seconde garde du ski de fond au bout de l’effort

Ce samedi, quelque 150 athlètes se sont disputé les titres des distances courtes. | R. Monnet.

Les Diablerets
La station chablaisienne accueille les championnats nationaux sur deux week-ends en ce début d’année. Ce samedi était réservé aux disciplines courtes. Reportage entre deux respirations.

En ouverture des championnats suisses aux Diablerets, les concurrentes des 5 km, en catégorie U18, s’écroulent les unes après les autres, une fois la ligne franchie. Elles ont tout donné car l’exercice demande un effort intense. En quasi apnée, elles restent allongées de longues minutes dans la neige pour récupérer, sans un mot, sans un regard. Des images fortes comme en voit qu’en ski de fond ou peut-être après un marathon particulièrement redoutable.
Camille Bonzon (16 ans) tente de soulager sa coéquipière d’entraînement la Genevoise Telma Lambert, inerte. Elle lui chuchote des mots dans l’oreille et lui retire ses skis. «Outre le plaisir de la glisse, on se fait souvent très mal en ski de fond, mais ce sont aussi ces sensations-là qu’on cherche», relève la jeune Vaudoise membre du Ski-Club de Bex.

Des médaillés olympiques aux Diablerets?
Samedi, lors du premier des deux week-ends de ces championnats, quelque 150 athlètes se sont disputé les titres des distances courtes. Le parcours se déploie dans un cadre bucolique, une clairière au milieu des sapins sur les hauts de la station, au pied du massif des Diablerets. Une petite buvette a été aménagée dans un chalet, les servicemen préparent les skis sous des tentes en plein air, comme celles de l’Engadin Nordic. Au micro, Jovian Hediger, trois JO à son actif, passe avec dextérité du français au schwyzerdütsch. Il est aussi le président du Ski-Club de Bex qui organise ces championnats suisses pour la troisième fois, après les Mosses en 2011 et Leysin en 2014. «Nous avons hérité de ce beau cadeau de la part de l’ancien comité qui nous a passé la main au printemps dernier», sourit Jovian.
Si les stars de l’équipe de Suisse, prises par la Coupe du monde, sont absentes de ce premier week-end, elles devraient être toutes là lors du deuxième (27 au 29 mars), réservé aux sprints individuels, aux distances longues et aux relais. Un rendez-vous d’autant plus attendu que le ski de fond suisse, malgré la retraite du mythique Dario Cologna en 2022, se porte à merveille comme en témoignent les trois médailles remportées aux derniers Mondiaux de Trondheim (Norvège): deux en bronze grâce à la Lucernoise Nadine Fähndrich en sprint et au relais féminin et une en argent en relais hommes, emmené par le Grison Valerio Grond, plusieurs fois sur le podium en Coupe du monde.
«Fin mars, nous aurons peut-être ici des médaillés olympiques, ce serait génial, on croise les doigts!», relève Jovian Hediger. Il a fallu trois bonnes semaines aux membres du ski-club et aux employés communaux pour rendre la piste aux normes très précises requises par la FIS. «Une montée de 25 mètres de dénivelé minimum est notamment exigée», souligne le municipal ormonan Dario Pernet, responsable des travaux, qui ajoute, tout sourire: «Les Diablerets sont une des rares stations du pays où le ski de fond est gratuit.»

Forts potentiels en Suisse
Longtemps dans le top 5 national de sa catégorie d’âge, Camille Bonzon, victime d’une mononucléose, a un peu reculé récemment dans la hiérarchie. Chez elle, comme pour beaucoup d’autres, le ski de fond est une affaire de famille. «Mon arrière-grand-père en faisait déjà, Fabienne ma maman a suivi, moi à 2 ans j’étais déjà sur les skis!» Aujourd’hui, la Bellerine conjugue ski de fond et études à l’école de sports du collège de Brigue avec une dizaine d’autres filles. «Je fais chambre commune avec Marion Ballay, du Ski-Club Bex aussi. Nous sommes copines depuis qu’on a 10 ans.» Le groupe s’entraîne tous les matins sur les pistes de la Vallée de Conches, sans compter les séances en salle de force après l’école.
À l’arrivée des 10 km hommes, Ludovic Rey (17 ans) d’Ovronnaz, étudiant lui aussi à Brigue, tombe à genoux, vidé. «Les deux montées sont vraiment très dures», soupire le jeune Valaisan après avoir repris ses esprits. Il a longtemps fait parallèlement du ski alpin, avant de se concentrer sur cette discipline si exigeante. «Au moins, on ne perd pas des heures dans les remontées mécaniques», s’amuse-t-il.
De Riaz en Gruyères, les frères Antoine (20 ans) et Paul (16) Scaiola ont eux choisi le gymnase sportif de Davos, Mecque du ski de fond suisse, pour mener de front sport et études de commerce. «Se surpasser», leur réponse commune fuse quand on leur demande ce qui leur plaît tant dans ce sport.

Des concurrents venus d’ailleurs
Parmi les compétiteurs, plusieurs invités de pays «exotiques» étaient présents dans l’espoir de décrocher un billet pour les prochains JO en Italie. C’est le cas du Marocain Abdrerrahim Kemmissa (31 ans) qui connaît bien la Suisse, pour avoir participé à plusieurs trails l’été, 4e notamment au Montreux Trail Festival, en 2019.
«Diego Pazos, l’organisateur, est un bon copain», nous glisse-t-il pas si fatigué que ça. Le ski de fond, il s’y est mis à Oukaïmeden où il est né, une station du Haut Atlas située à 2’600 mètres d’altitude. «Les pistes sont d’autant mieux préparées que l’armée s’y entraîne», rigole-t-il. Au Maroc, ils sont cinq skieurs de fond pour trois tickets olympiques. «Y participer, c’est mon rêve de toujours!», conclut Abdrerrahim Kemmissa.

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