« Protéger ne signifie pas figer, mais permettre de durer »

À Cully, la conseillère d’État Isabelle Moret procède à la signature officielle du Plan de gestion de Lavaux. | L. Montbuleau

Cully
Entre lac et ciel, ces terrasses racontent une histoire sculptée par la vigne, la pierre et le travail viticole. Un nouveau plan de gestion de ce territoire vise à garantir la vitalité de ce paysage.

Un «choix politique fort». C’est par ses mots que la conseillère d’État Isabelle Moret a qualifié la signature du Plan de gestion des terrasses de vignoble. Inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2007, le site de Lavaux s’est doté ce lundi 2 février d’un document stratégique, paraphé par l’État de Vaud et les dix Communes territoriales, lors d’une cérémonie à l’Union Vinicole de Cully. 

Objectif: garantir la préservation durable de la Valeur universelle exceptionnelle (VUE) de ce bassin versant emblématique, tout en accompagnant son évolution et les activités humaines qui le font vivre. Exigé par la Convention du patrimoine mondial de l’UNESCO, le plan de gestion définit les orientations de protection, de gestion et de valorisation du site. Élaboré en 2006, le précédent document était devenu obsolète. Sa révision répond notamment aux attentes formulées par l’UNESCO lors du rapport périodique transmis en 2023.

Pour Alberto Corbella, président du Comité de pilotage, Lavaux est avant tout «un territoire vivant, un lieu de travail et de mémoire». Il rappelle que l’inscription UNESCO implique «une immense fierté, mais surtout une responsabilité collective». Trois années de travail ont été nécessaires pour aboutir à un document «utile, évolutif et partagé». 

Un cap pour la prochaine décennie

Avant de procéder à la signature, la conseillère d’État Isabelle Moret a rappelé les difficultés rencontrées par les viticulteurs. «Préserver Lavaux, c’est protéger un patrimoine fragile, mais aussi soutenir une viticulture vivante et économiquement viable.» En ce sens, la responsabilité collective dépasse les mandats politiques, les échéances électorales et les intérêts particuliers. «Le patrimoine n’est pas seulement fait de pierres, mais de mémoire. Une mémoire vivante, tournée vers l’avenir, qui nous oblige collectivement. Le plan de gestion s’inscrit pleinement dans cette logique», a souligné la cheffe du Département de l’économie.

Plus qu’un document administratif, ce nouveau plan de gestion affirme une ambition, celle de préserver Lavaux comme paysage culturel vivant, capable d’évoluer sans perdre son âme, au bénéfice des générations futures. Le directeur de Lavaux Patrimoine mondial, Vincent Bailly, insiste sur la notion centrale de la Valeur universelle exceptionnelle. «Lavaux, ce sont ses vignerons, ses bourgs historiques, ses terrasses, mais aussi ses 30’000 habitants qui s’y identifient fortement.» Le nouveau plan comprend 52 mesures concrètes, réparties entre les différents niveaux institutionnels et les acteurs du territoire.

Président de Lavaux Patrimoine mondial, Michel Chavanne a souligné la dimension collective du processus. «Protéger ne signifie pas figer, mais permettre de durer. Lavaux n’est pas un musée à ciel ouvert.» Une vision partagée qui se veut une boussole plutôt qu’un carcan. Du côté des Communes, Alain Bouquet – syndic de Chexbres et membre du Comité de pilotage de la révision du plan de gestion du site – a rappelé l’ampleur de l’engagement, «qui fixe enfin un cap clair pour les dix prochaines années».