
«L’ombre m’a toujours suivie, où que j’aille. C’est sans doute pourquoi j’ai moi aussi tant besoin de lumière. Ici, elle est partout, même dans les murs.»
Ce clair-obscur sculpte la chronique insulaire de la Chardonnerette Sonia Zoran. Lumière et ombre, la mer est aussi source d’espérance et d’appel au départ. «Je voulais raconter le bleu et noir propres à la Méditerranée, explique cette ancienne journaliste. Cette beauté côtoyant l’obscurité.» Adressé pudiquement à son père mourant, ce récit l’habite depuis toujours.
Née à Vevey d’une mère vaudoise et d’un père immigré, elle a trouvé un sanctuaire dans l’Adriatique: «Otok, c’est mon seul héritage. Je veux nager tout autour pour la connaître et l’enlacer comme le fait la mer. Contempler l’île, et me sentir chez moi. Même si ça ne l’est pas.» Un lieu pour oser décrire les goélands et les sardines, loin du rythme effréné de l’actualité. Où la houle berce et réveille les souvenirs.
Un refuge intime
Ce récit, l’autrice Sonia Zoran le porte en elle depuis une quinzaine d’années. Une histoire tissée de rencontres, qui révèle tout en finesse une tapisserie balkanique dépourvue d’étiquette ethnique.
Au cours de ses pérégrinations, elle effectue un travail de collecte auprès des insulaires. «Je ne suis pas allée à la chasse aux informations, c’était une démarche bien plus contemplative. J’ai appris à recevoir les informations et à les faire infuser. Comme ancienne journaliste, c’était un apprentissage, une échappée salutaire.»
«Otok» est une invitation au voyage et à la découverte de soi. Loin de l’autobiographie ou du guide touristique, ce livre est à l’écoute de l’ailleurs. En l’occurrence de ce petit bout de terre salée dans l’Adriatique, aux prises de vents contraires, marquées par les conflits et les non-dits.
Apprivoiser le silence
Plus à l’aise dans l’eau que sur la terre ferme, la narratrice aime prendre le large. Récit au long cours, «La Fille de sel» est traversé par les vagues de la mémoire. Lors de ses escapades en mer, des bulles surgissent et s’imposent à son esprit. La narration s’en trouve entrelacée d’instantanés et de souvenirs intimes. Une manière d’évoquer et d’éclairer le présent par les éclats du passé.
Dans cet ouvrage, on retrouve un ralentissement salutaire, où le silence permet de laisser les gestes et les regards exprimer l’indicible. Sur l’île d’Otok, où les exils et les histoires se croisent, les peines affleurent. Si les blessures de l’Histoire sont enfouies, la littérature permet de mettre des mots et de révéler les faiblesses humaines avec délicatesse.
