
En ce début d’année, les vœux de la militante Charlotte Dechristé se résument à davantage de solidarité et de justice sociale. | C. Leboutte
«Plus je suis connue, plus on veut me faire taire. In fine, ça veut dire que je tape juste.» Assise à une table d’un bistro veveysan, cette enseignante de français est plus combative que jamais, malgré les vagues de cyberharcèlement qui la visent depuis plusieurs mois. En cause: ses diverses prises de position sur différents conflits dans le monde, du Soudan à Gaza, ou plus récemment sur la présence de Donald Trump au forum de Davos. Son slogan? «La satire comme arme». Sa plume acérée se retrouve dans ses vidéos piquantes et dénonciatrices.
Malgré les actualités sombres de ce début d’année, la trêve hivernale lui aura permis de ralentir un peu. Pour contrebalancer la morosité ambiante, celle qui aime se décrire comme une «artiviste» accepte d’évoquer les événements marquants de son année 2025. Une manière de prendre du recul pour mieux se projeter dans cette nouvelle année.
Quelle est la source d’inspiration de vos productions audiovisuelles?
Je réagis au fil de l’actualité, avec toujours la justice sociale en ligne de mire.
L’été dernier, votre vidéo sur les convois aériens d’aide humanitaire en faveur de la population de la bande de Gaza a généré plus de 2 millions de vues. Le début d’une visibilité internationale?
Dans cette vidéo, je dénonçais la manière infamante d’amener de la nourriture aux Gazaouis par les airs. Cette courte réalisation de deux minutes a fait énormément parler d’elle, et a tourné dans plusieurs médias. La chaîne de télévision qatarie Al Jazeera m’a même interrogée à son sujet. Ce qui m’a aussi amené un certain lot de problèmes.
Vous vivez en effet des pressions depuis plusieurs mois. Comment allez-vous?
Je subis beaucoup d’attaques frontales sur les réseaux sociaux, mais aussi des intimidations dans la vie «réelle». J’ai dû porter plainte pour diffamation, une première! C’est choquant de voir les réactions que suscitent mes vidéos. Je suis la première surprise de découvrir que mes propos sont clivants, alors que je défends des valeurs humanistes.
Ces attaques finiront-elles par avoir le dessus sur votre engagement?
J’ai la conviction d’effectuer un travail de contre-pouvoir. Il m’arrive d’être découragée, bien sûr. Mais je reçois aussi énormément de messages de soutien, qui me motivent à poursuivre, heureusement.
Quels sont vos ingrédients de survie?
Afin de ne pas me laisser envahir par les vagues haineuses, j’ai fait appel à une modératrice de contenus, comprenez une nettoyeuse du Net. Je lui donne la mission de me protéger des harceleurs, et je la paie de ma poche, alors que je ne monétise pas mes contenus.
Vous protéger, c’est-à-dire?
J’ai dû passer mes publications sur les réseaux sociaux au crible, afin de me protéger moi et mes proches. J’ai ainsi enlevé toutes traces de mes enfants, de mon lieu de vie, et d’autres indications précises qui pourraient me mettre en danger.
À quoi ressemble votre quotidien dans la «vraie vie»?
Je jongle entre ma vie familiale, ma vie privée et mon militantisme. Ayant repris une activité salariée, j’ai réalisé qu’il est difficile de tout concilier.
Est-ce que la période des Fêtes vous a permis de souffler un peu?
Cette année, je me suis offert un calendrier de l’Avent. Dans ma famille, nous avons eu envie de célébrer Noël un peu différemment. Nous nous sommes offert moins de cadeaux, mais ils étaient plus qualitatifs.
Vos fêtes de Noël, elles ressemblent à quoi?
Nous avons le traditionnel sapin et aussi des boules de cristal de Meisenthal. Chaque année, ma tante nous en offre une. Si j’ai l’impression qu’on déritualise ces Fêtes, certaines traditions restent.
Est-ce que cela vous a mis du baume au cœur?
Difficile à dire. Cette année, mes valeurs se sont davantage affirmées et sont devenues inaliénables. Si ces convictions sont devenues des basiques à mes yeux, je me rends compte que ce n’est de loin pas le cas de tout le monde.
De quoi devenir amère?
Peut-être que je vieillis et que la société évolue. Et pas forcément de manière négative. Mais c’est vrai que j’aimerais parfois retrouver et me reconnecter à cette innocence de la jeunesse.
Quels sont vos souhaits pour cette année?
– Cela va sembler peut-être un peu bateau, mais j’aimerais voir la chute des fascismes, et l’essor d’un vrai mouvement contestataire uni.
L’hiver c’est:
Les collants, le bruit de la neige et le réconfort devant une comédie romantique.
Ce qui me fait passer la saison:
Tout ce qui est molletonné, sans oublier la musique de Mariah Carey! Je suis une bonne cliente des comédies de Noël, comme «Le Père Noël est une ordure» ou «The Holiday».
Ce que je déteste en hiver:
Pas grand-chose à vrai dire. J’aime toutes les saisons. L’hiver a son charme, à l’exception du verglas, des plats des Fêtes et des maladies.
Mon souhait pour 2026:
Je n’ai pas de pronostics pour cette année. Je dois surtout apprendre à ralentir.

Une bonne tasse de thé, un bouquin engagé qui me fasse réfléchir et des sucreries.
