Le lupin, l’alternative au « déca »

Des tartinades aux cosmétiques, sans oublier le café, LupiFood veut démocratiser la culture de cette légumineuse pour l’alimentation humaine.  | LupiFood

Blonay-Saint-Légier
Alors que le prix du café ne cesse d’augmenter, l’entreprise LupiFood mise sur le café de lupin pour offrir une alternative locale. Une filière qui en est à ses balbutiements.

Le lupin, ça vous dit quelque chose? On ne parle pas ici du célèbre gentleman cambrioleur, mais plutôt d’une légumineuse oubliée. Une culture qui a progressivement perdu du terrain à partir du XIXe siècle, au profit de plantations plus productives et modernes.

Le lupin n’a jamais occupé une place centrale en Suisse, sa culture s’est développée au début du XXe siècle. Il est toutefois bien implanté dans l’héritage culinaire de nos voisins méditerranéens, que ce soit sous la forme de graines en saumure à l’apéritif, dans des soupes, des ragoûts ou même comme substitut de café.

Si sa torréfaction existe depuis des siècles – au XVIIIe siècle dans le Sud-Tyrol, comme alternative au café trop cher – elle est restée marginale. Une méconnaissance que la cofondatrice de l’entreprise LupiFood compte bien attaquer.
Depuis quelques mois, Ludivine Nicod s’est lancée dans la commercialisation de ce substitut au café. «Par rapport au café vert bio, son coût revient presque à moitié prix en ce moment», relève-t-elle. Fondée en 2023, l’entreprise blonaysanne veut démocratiser les produits à base de lupin suisse.

Marché en développement
Profitant de l’envol des prix actuels du café (voir encadré), Ludivine Nicod souhaite développer et étendre la commercialisation du café de lupin. «Je sais qu’il y a un marché, même de niche. Le potentiel et la demande sont bien là.»

Aujourd’hui, une poignée d’agriculteurs suisses cultivent cette légumineuse, car elle est adaptée à notre climat et a un intérêt agronomique.

«Lupikofi», l’alternative au café de LupiFood, est ainsi le fruit de la collaboration entre cette ingénieure agro-alimentaire et l’agriculteur bio Bruno Graf, établi dans la Broye vaudoise. «Nous travaillons sur de petites surfaces, avec des variétés sélectionnées pour leur qualité, et le producteur a lui-même fixé le prix de vente, ce qui est très rare en agriculture», tient à préciser la quadragénaire.

Riche en protéines
Outre ses qualités gustatives une fois torréfié, le lupin suscite aujourd’hui un regain d’intérêt, notamment comme un ingrédient dans les substituts de la viande, grâce à son taux riche en protéines (30-40%). «Le lupin est aussi une alternative locale aux protéines végétales, d’où son surnom de soja du nord», souligne Ludivine Nicod.

Autre qualité, agricole cette fois: le lupin tolère le froid et l’humidité, tout comme des variations extrêmes de températures. Des atouts intéressants pour une culture sous nos latitudes. Actuellement utilisé comme fourrage pour le bétail, la filière du lupin pour la consommation humaine est encore balbutiante en Suisse.

Ludivine Nicod souhaiterait que cette culture se développe au niveau national, afin de limiter les émissions liées au transport et les impacts environnementaux. La Fondation Biovision, engagée en faveur des systèmes alimentaires durables, l’a par ailleurs élu «superaliment» de l’année 2026.

Boisson décaféinée

On vous le dit d’emblée: le lupin torréfié et le café, cela n’a rien à voir. «C’est un peu comme comparer le monde du vin avec celui du vin nature, relève Ludivine Nicod. Ce sont deux univers différents, mais complémentaires.»

De l’or noir

Selon l’Association professionnelle CafetierSuisse, avec un prix moyen de 4,65 francs, le café n’a jamais été aussi cher qu’en 2025. Malgré la hausse des prix, la Suisse reste l’un des pays où il est le plus consommé. Avec 1’237 tasses par habitants en 2024, notre pays se classe juste derrière la Suède (1’250) et la Finlande (1’528), loin devant l’Italie (805).