Un « manque de communication » dénoncé autour du projet de STEP

C’est dans la zone du Pré des Fourches, à Noville, que cette STEP géante doit voir le jour à l’horizon 2034. | L. Menétrey

Eaux usées
Une dizaine de communes partenaires estiment n’avoir pas été suffisamment intégrées dans l’élaboration de ce méga projet à 500 millions de francs prévu à Noville. Des représentants évoquent une «mise devant le fait accompli».

Le projet de méga STEP régionale prévue à Noville n’avance pas dans les eaux les plus calmes. Au cours des derniers mois, le Service intercommunal de gestion (SIGE) – qui chapeaute la procédure – a essuyé les critiques d’une dizaine de communes dites «conventionnées».

Côté Lavaux, il s’agit de Chexbres, Puidoux, Rivaz et Saint-Saphorin. Côté Haut-Lac: Villeneuve, Noville, Rennaz, Roche et Chessel. À quoi s’ajoute encore celle de Châtel-Saint-Denis. Liées au SIGE pour le traitement de leurs eaux, elles prennent part à ce projet d’envergure aux côtés de celles de la Riviera.

Dans deux courriers que Riviera Chablais Hebdo a pu se procurer, ces communes estiment en substance avoir été laissées à l’écart des réflexions, et ce malgré leur statut. «Nous avons effectivement l’impression d’être considérés comme une quantité négligeable», nous dit l’un de ses représentants, le Novillois Ferdinand Barmettler, qui préside l’Association intercommunale pour l’épuration des eaux usées et la distribution d’eau du Haut-Lac.

«Comme pour des touristes»
Parmi les griefs exprimés: un manque de communication et de discussions, notamment autour du montant global que ces dix communes devront prendre à leur charge. Une facture qui s’élèverait à 62 millions de francs, sur un budget total de 500 millions. «C’est une somme qui a été articulée sans nous consulter au préalable, s’agace Ferdinand Barmettler, qui parle d’une «mise devant le fait accompli». «On nous a dévoilé ce montant en mai dernier, lors d’une présentation PowerPoint, comme on l’aurait fait pour des touristes.»

Un énervement qui est à la hauteur des sommes en jeu. Pour les cinq (petites) communes du Haut-Lac, la part devrait s’élever à 25 millions de francs. «On peut se demander si ce montant n’est pas exagéré. Et s’il est confirmé, il ne sera pas évident à assumer. Nous devrons inévitablement doubler la taxe d’épuration.» Le Chablaisien relève toutefois que l’entrée en fonction, en novembre dernier, de la nouvelle directrice du SIGE Danila Aimone est un point positif. «On a pu discuter avec elle, ça devrait avancer.»

Retrait pas impossible
«J’estime que lorsqu’on annonce de tels chiffres, on doit les justifier», déclare pour sa part le syndic de Châtel-Saint-Denis Charles Ducrot. «Hormis deux séances d’informations tenues en 2025, nous n’avons pas reçu de document clair et précis.» L’édile fribourgeois, qui quittera bientôt la syndicature, n’exclut pas l’éventualité que sa commune puisse se retirer du projet de STEP. «Est-ce que ça vaut la peine de continuer? C’est une question qui mérite d’être étudiée et que le nouvel Exécutif devra se poser.»

C’est ce jeudi soir que ce projet de STEP doit franchir une étape importante. Le Conseil intercommunal du SIGE doit se prononcer sur ce crédit d’un demi-milliard de francs nécessaire à sa réalisation. La mise en service de cette infrastructure est espérée pour 2034.

« Nous assumons le risque que certaines communes quittent le projet »


Caleb Walther, vous êtes le président du Comité de direction du SIGE, comment réagissez-vous aux critiques de ces communes partenaires?

- Nous les comprenons et avons reconnu que la communication à la suite des séances du printemps 2025 aurait pu être meilleure. Un manque de coordination interne a fait que le préavis du projet (ndlr: la demande de crédit de 500 millions) ne leur a pas été transmis directement, ce que nous regrettons. Cependant, elles ont eu les informations dès que celles-ci étaient existantes. Le montant de 62,2 millions de francs résulte des conventions signées avec elles, qui prévoient une répartition des coûts et l’alimentation d’un fonds pour les investissements. Cependant, même si l’enveloppe globale était validée ce jeudi, plusieurs étapes resteraient à franchir. Celle du financement des communes conventionnées en est une. Le SIGE est à disposition pour expliquer les montants prévus.

Ne craignez-vous pas que certaines communes insatisfaites quittent le projet?

Châtel-Saint-Denis pourrait par exemple réfléchir à cette éventualité… - C’est effectivement un risque, mais que le Comité de direction ne sous-estime pas et qu’il assume. En effet, sa priorité doit rester le bon traitement des eaux usées des communes membres du SIGE. Si d’autres communes devaient décider de ne plus nous confier l’épuration de leurs eaux usées, ce serait évidemment dommageable. Cela ne remettrait toutefois pas en cause la pertinence ni la nécessité de ce projet de nouvelle STEP régionale.