Les frères Lebrun ont fait chavirer la salle du Pierrier

Les frères Lebrun se sont affrontés en demi-finale de l’Europe Top 16. C’est finalement Alexis (à g.) qui est allé jusqu’au bout du tournoi, pour la seconde fois de suite.  | A. Capel

Tennis de table
Après avoir éliminé Félix son cadet en demi-finale, Alexis a dominé le Slovène Jorgić en finale de l’Europe Top 16, comme l’an dernier. Le public n’avait d’yeux que pour les frères de Montpellier. 

Frères doués complices et charismatiques du tennis de table, Alexis (22 ans) et Félix (19 ans) Lebrun figurent parmi les champions préférés des Français. Aux derniers JO de Paris, le cadet a enlevé le bronze en individuel et ensemble ils ont décroché une médaille du même métal par équipes.

Actuellement, Félix est classé 6e mondial, Alexis 14e. C’est pour eux, en grande majorité, que le public a rempli à ras bord la salle du Pierrier à Clarens le weekend dernier à l’occasion de l’Europe Top 16, une compétition réunissant les meilleurs joueurs du continent. Drapeaux tricolores, «Allez les Bleus» entonnés à tue-tête, les supporters n’ont pas ménagé leurs encouragements. Après avoir dominé son benjamin en demi-finale dimanche matin, Alexis a remporté le tournoi en s’imposant pour la deuxième année consécutive face au Slovène Darko Jorgić en finale. Les «Alexis, Alexis!» n’ont pas arrêté.

«Alexis n’avait pas le droit de perdre la finale»
Grâce à sa puissance dévastatrice, ses smashes venus d’ailleurs, cette foudre qu’il a dans sa raquette, Alexis a d’abord laminé le Slovène en deux sets expéditifs conclus en 11 minutes. Jorgic s’est repris en enlevant le troisième. À 7-5 pour le Français au quatrième, les supporters, sentant la victoire proche, lancèrent une ola digne d’un stade de foot.

Après cette finale, Alexis exprimait au micro sa joie d’avoir à nouveau triomphé sur la Riviera. «C’est toujours exceptionnel de jouer à Montreux devant ce public, mais aussi ma famille et mes proches. Je suis trop content! Maintenant, comme promis, je vais faire un saut dans le lac.» Battu quelques heures plus tôt par son aîné, Félix partageait son bonheur. «En quart et en demi, Alexis écarte deux Français, Simon Gauzy et moi, il n’avait pas le droit de perdre la finale.»

En demi-finale, dans leur duel fratricide et si attendu, point d’orgue du tournoi, Alexis a vite pris le large 11-9 et 11-6. Dans le troisième set, alors qu’il menait 7-5, Félix a repris espoir et bras au ciel a réclamé le soutien du public, mais cela n’a pas suffi. Le duel a donné lieu à un spectacle ébouriffant. Comment les deux frères peuvent-ils se renvoyer la balle à une vitesse pareille, placés à 3-4 mètres de la table? Comme un film à l’accéléré donnant le vertige.

Ils sont restés les mêmes
À Montpellier, Alexis et Félix s’entraînent depuis 2021 sous la houlette du même coach, Nathanaël Molin qui, lors des duels directs entre ses deux champions, comme au Pierrier, préfèrent ne pas regarder, se contentant de suivre le score en coulisses. «C’est comme ça, je n’ai pas envie. Ce sont les seuls matches où je ne suis pas à leurs côtés.» Les deux frères se sont rencontrés des dizaines de fois au plus haut niveau et Alexis, l’aîné, resté sur trois défaites, a pris sa revanche ce dimanche. «Ce sont à chaque fois des vrais matches sans cadeau, nous a-t-il confié après sa victoire. Aujourd’hui, Félix était dans un jour moyen et j’ai trouvé la solution. Dix minutes après nos duels, le temps de récupérer, on se parle à nouveau comme avant. Félix était d’ailleurs avec moi dans le vestiaire pour préparer la finale.» Et le cadet d’ajouter: «On a toujours le même plaisir à jouer l’un contre l’autre, on se connaît par coeur.»

Des centaines de supporters avaient afflué de France voisine pour les voir de près, à l’instar de François venu avec dix amis et une trentaine d’enfants d’un club d’Annecy. «On a croisé Alexis et Félix au bord du lac et les gamins ont pu faire des selfies avec eux, des étoiles dans les yeux. On était aussi allés les soutenir aux JO de Paris.»
Ex-joueur, Antoine évoluait dans le même club que les Lebrun à Montpellier, alors qu’ils étaient tout petits. «Ils bougeaient déjà bien autour d’une mini-table.

Aujourd’hui, ils sont restés les mêmes: modestes, adorables, des gens normaux tout simplement.» Selon tous ceux qui les côtoient, ils ont gardé la fraîcheur de leurs débuts. «Notre insouciance, notre plaisir du jeu, restent notre moteur», concluent les deux frères.

Une huitième édition à guichets fermés

Côté féminin, l’Allemande Sabine Winter – tête de série numéro un – a survolé le tournoi, étrillant en finale la Roumaine Bernadette Szocs (trois fois 11-4). Samedi et dimanche, les matches se sont disputés à guichets fermés devant 1’500 spectateurs, ce qui réjouit Georg Silberschmidt, le patron du tournoi. «On a dû refuser du monde, un problème de riches, sourit-il. La chaîne L’Équipe et deux TV chinoises ont retransmis les matches, et les frères Lebrun sont pour beaucoup dans ce succès. Ce sont des showmen laissant libre cours à leurs émotions avec un look si particulier de jumeaux à lunettes.» C’était la huitième édition consécutive disputée sur la Riviera et si le contrat avec la Fédération internationale est déjà signé pour 2027, rien n’est sûr pour la suite. «Avec les Lebrun, la concurrence de la France est de plus en plus vive pour l’organisation. Plusieurs villes offrent des salles beaucoup plus grandes que la nôtre.»