
Claude Feole (à dr.), ici sur scène avec François Gippa, se retire de la Revue du Chablais après en avoir été l’auteur et le metteur en scène durant 20 éditions. | S. Mazzanisi – DR
Est-ce le cap symbolique des 60 ans? Ou la crainte de voir son style d’humour s’émousser? À moins que ce ne soit parce qu’il est gentiment le dernier de la première volée de 1987? Quoi qu’il en soit, Claude Feole a dit stop après 20 éditions de la Revue du Chablais en tant qu’auteur et metteur en scène, à raison d’une tous les deux ans. «Après 40 ans, il y a forcément un phénomène d’usure, explique-t-il. Je souhaite sincèrement longue vie à la Revue, mais je ne veux pas jouer aux vieux entraîneurs qui s’attardent.»
Ainsi, la 21e, qui fera résonner la Salle de l’Aiglon d’éclats de rire du 26 février au 21 mars, sera le fruit de Jean-Luc Barbezat, humoriste bien connu et habitant des Diablerets (lire ci-contre).
Une boum pour commencer
Pour évoquer la genèse d’un rendez-vous devenu incontournable à Aigle, Claude Feole remonte à l’année 1982, celle de ses 17 ans. «L’idée a germé au sein d’un groupe de jeunes de souche italienne dont je faisais partie, à une époque où il y avait peu de divertissements à Aigle, même pas de pub! Notre première initiative avait été la Boum des Marronniers qui attirait jusqu’à 500 gamins à la Salle de l’Aiglon.»
C’est en 1987 que la joyeuse équipe se rapproche de la Jeunesse de la Fontaine et met sur pied la première Revue «Aigle s’éclate», du nom de l’association et organisatrice historique. Claude Feole y endosse rapidement le rôle du meneur. «Peut-être parce que j’étais la grande gueule. Au début, on écrivait pour les amis et les familles, avec une représentation unique, puis deux, puis quatre… Aujourd’hui, on en est à douze.»
Au fil des ans, le style s’affirme. «On s’est formés sur le tas, en apprenant de nos couacs, je pense notamment à la Revue de 1992, la pire! On a dû la réécrire après deux représentations ratées… Je dirais qu’on n’était pas très bons les dix premières et mieux les dix dernières.»
De purement aiglonne, les sketches s’attaquent à une actualité plus large, se font un nom au-delà des frontières chablaisiennes, d’où la venue de personnalités vaudoises, de conseillers d’État, et même de Guy Parmelin lors de sa première présidence de la Confédération.
Pas rancuniers pour le coup! Car en 40 ans, Claude Feole en aura épinglé des politiciens, mais pas moins que des commerçants, sportifs, patrons, notables et autres citoyens lambdas. «Le sketch des mafias italiennes qui jouaient au Monopoly pour singer ceux qui accaparaient Aigle a été le plus mythique. On nous en parle encore.»
Toujours le virus
Avec le recul, le gestionnaire de patrimoine de profession admet toutefois des «écarts» d’écriture qu’il ne se permettrait plus aujourd’hui. «On a eu 2-3 débuts de plaintes sur le dos et on s’est même parfois excusés. Il faut dire que certains acteurs aimaient bien improviser et en rajouter sans prévenir!» Et notamment un certain François Gippa. «Notre acteur phare. Des gens ne venaient que pour lui! Il a décidé d’arrêter en même temps que moi.»
Une page qui se tourne, en somme, même si le virus est toujours là. «Je continue d’écrire des textes, je fais du stock, sans savoir précisément dans quel but. Je suis comme un train qui continue sur les rails avec l’inertie.»
Une affiche qui suggère de l’autodérision, sans thème prédéfini, et des sketches qui feront la part belle aux élections, Carnaval ou au prolongement du train à Leysin! La Revue du Chablais 2026 affûte ses sketches sous la supervision de son nouveau mentor, Jean-Luc Barbezat, aguerri à l’exercice (Revues vaudoise et neuchâteloise), mais qui découvre le monde de la revue amateure. «J’ai vite compris qu’ils n’attendaient pas seulement de moi que je mette en scène, mais aussi que j’écrive. Je leur ai donc proposé de mettre la main à la pâte et ils en ont été ravis. Il s’agira d’un exercice collectif. Mon objectif, c’est de les accompagner.» Le Neuchâtelois d’origine et habitant des Diablerets depuis 12 ans a accepté de relever ce défi dans ce Chablais qu’il connaît de mieux en mieux. «J’ai toujours voulu venir voir la Revue du Chablais, mais je n’ai jamais pu puisqu’aux dates des représentations, j’étais engagé sur la Revue vaudoise.» Et comme l’humoriste est toujours engagé pour la version cantonale, la Revue du Chablais a dû revoir ses dates: de novembre à février-mars. Le concept reste par contre le même à la Salle de l’Aiglon: muscler ses zygomatiques en étant attablé pour un bon repas.
Plus d’infos:
www.aigleseclate.ch
«Aigle s’éclate», du 26 février au 21 mars, Salle de l’Aiglon, avenue de Loës 6, Aigle, 80 frs (40 sans le repas).
