
Le projet en cours prévoit l’implantation de la nouvelle ferme de Julien Mottier à cet endroit, à quelques mètres en amont de l’ancienne. | L. Menétrey
Le 21 juillet dernier, la vie du jeune paysan boyard a basculé. Ce jour-là, Julien Mottier a vu sa ferme s’embraser sous ses yeux
en l’espace de quelques minutes. «C’est parti comme une feuille de papier», se remémore-t-il. Située à l’intersection de la route de Collombey et du chemin des Grandes Îles d’Amont, juste après la sortie autoroutière Monthey-Sud, l’incendie de la Moutonnerie a nécessité l’intervention de plus de 60 pompiers.
Si les bâtiments agricoles n’ont pas résisté, aucun blessé n’a été à déplorer. Les vaches l’ont échappé belle, seules deux oies ont péri. Mais la douleur est grande. Le Domaine de la Moutonnerie – propriété de la Commune – abritait trois générations d’histoire familiale. «Nous avons perdu des choses qui n’ont pas de prix financier, mais émotionnel», soupire l’agriculteur.
Depuis, l’activité agricole est à l’arrêt. En attendant de pouvoir rebâtir, Julien Mottier a dû se reconvertir et travaille actuellement au secteur agricole du magasin Landi. «C’était un changement de vie forcé, mais on s’adapte à tout», confie-t-il avec un optimisme intact. Sa mère, elle, a pris un emploi au bistrot du coin.
Nouvelle exploitation
Sept mois après le drame, une nouvelle étape vient marquer un tournant. Vendredi dernier à Villars-sur-Ollon, le Conseil communal boyard a validé à l’unanimité un droit distinct et permanent de superficie (DDP) de 37 ans en faveur de Monsieur Mottier sur la parcelle communale «Grandes Îles d’Amont». «Le remboursement des dommages est garanti par l’ECA, quelle que soit la cause de l’incendie», informe la Commission des finances. En tant que propriétaire, la commune percevra l’indemnité en lien au bâti. Les dommages sont estimés à 2,28 millions de francs et les frais de démolition des ruines restantes à 170’000 francs. Reste l’inconnue de la cause du départ de feu. La procédure pénale est toujours en cours. «On aimerait avoir une explication, mais on attend toujours. La patience est devenue notre fidèle alliée», glisse Julien Mottier.
La nouvelle exploitation ne sera pas reconstruite exactement au même endroit. Le projet prévoit une implantation légèrement en amont, de l’autre côté de la route menant au stand de tir. En cause, notamment: la troisième correction du Rhône. «Ici, il y aura un nouveau pont, donc la route et les voies ferrées grignoteront l’ancien emplacement», explique le Boyard en désignant le fleuve et les ruines. Le dossier attend encore le feu vert cantonal.
Un troupeau dispersé
Si aucune vache n’a péri dans le brasier, vingt des 120 bêtes ont dû être abattues dans les semaines suivantes. Fragilisées par le stress du sinistre, leur système immunitaire a cédé. Quinze autres ont dû être vendues. Le reste du troupeau est aujourd’hui en pension, dispersé dans huit exploitations agricoles réparties sur trois cantons. Le paysan boyard leur rend parfois visite pour combler le manque. «Ça fait bizarre de ne plus les avoir ici. On est très attachés.»
Julien Mottier en compte aujourd’hui environ 80, sans certitude précise. «On ne sait pas vraiment qui a vêlé ou pas, donc on ne connaît pas le chiffre exact», souffle-t-il. Ce printemps, il retrouvera ses génisses pour la montée à l’alpage au Col de la Croix. Une bouffée d’air après des mois d’attente.
Dans l’épreuve, il retient surtout l’élan de solidarité: des amis venus l’aider à charger les vaches le soir de l’incendie ou encore une cagnotte de plus de 30’000 francs. «Je suis très reconnaissant, confie Julien Mottier. Aujourd’hui, il faut aller de l’avant!»
