Le coup de pression de l’interprofession a porté

Le milieu de la viticulture est sous pression. Certains gros acheteurs ont notamment annoncé qu’ils n’acquerraient la production 2026 qu’en partie. L’interprofession vaudoise a remis la compresse auprès du Canton, qui a entendu l’appel. | K. Di Matteo – Archives

Viticulture
Face aux grosses difficultés des vignerons, un coup d’accélérateur sur certaines mesures a été obtenu, mais passablement d’inquiétude demeure. Le point avec le Montreusien Olivier Mark, président de la CIVV.

En novembre, lors de la Journée du vignoble vaudois à Villeneuve, l’heure était à l’inquiétude, mais tout de même à l’espoir, avec l’annonce par la conseillère d’État Valérie Dittli d’une stratégie et de fonds dédiés pour aider le monde de la viticulture vaudoise à sortir du marasme actuel (voir édition 229, 19.11.2025).

Récemment, Olivier Mark, président de la Communauté interprofessionnelle du vin vaudois (CIVV), exprimait pourtant l’agacement de toute une branche après certaines annonces de gros acteurs du marché du raisin et au vu du peu d’avancement sur l’une ou l’autre mesure de l’État. Les discussions qui ont suivi ont porté leurs fruits, mais le chemin est encore long.

Olivier Mark, qu’est-ce qui a motivé votre prise de position véhémente de ces dernières semaines?
– Nous nous sommes réjouis du paquet de mesures annoncé par notre conseillère d’État en novembre, mais le problème est que certaines étaient bloquées. Pour rappel, les trois piliers principaux étaient des aides pour les reprises de domaines, des efforts pour la promotion de notre production et des aides structurelles à la reconversion des vignes (pour ne pas utiliser le terme <arrachage>, qui est tabou). Or, tout s’est compliqué sur les deux derniers volets. Concernant la reconversion, des difficultés à s’entendre sont apparues. Quelles zones? Sur base volontaire ou non? Quel type de vigne prioriser? Etc. Quant aux mesures de promotion, elles se retrouvaient subitement bloquées pour des questions de base légale.

Dès lors, qu’avez-vous fait?
– Je me suis retrouvé dans le bureau de Mme Dittli pendant trois heures à discuter avec ses chefs de service pour accélérer le processus et je dois avouer que le Canton a mis le turbo! Avec un premier effet: les vignerons peuvent désormais inscrire certaines de leurs parcelles sur un site dédié pour bénéficier d’une aide cantonale à leur reconversion. Les vignerons concernés, soit ceux qui touchent des aides directes, en ont été avisés. Il semblerait que notre intervention ait touché sa cible et c’est une étape importante.

Qui doit en appeler d’autres, car une mauvaise nouvelle est tombée au sujet de l’achat des récoltes 2026…
– En effet. Dans le contexte de concurrence de vin étranger et de surplus de production indigène, un acteur majeur a adressé un courrier à 200 de ses 250 fournisseurs vaudois qu’il allait soit réduire, soit arrêter ses achats de vrac et de raisin l’automne prochain. Pour certains, ça a été un énorme coup dur! On ne veut pas stigmatiser d’entreprise en particulier, mais nous avons utilisé cette annonce dramatique comme une opportunité de réagir.

Et en profiter pour demander d’accélérer sur d’autres points aussi?
– Deux en particulier. L’aide cantonale pour la promotion doit passer par un aval politique pour que l’on puisse utiliser les fonds débloqués. On parle d’un million par an pendant trois ans, qui s’ajoute à la taxe habituelle prélevée dans le même but auprès des producteurs, mais ce serait un complément bienvenu. Là, maintenant, nous avons besoin de l’aide de tous, du monde politique en premier lieu et du Grand Conseil en particulier, qui devra s’exprimer sur l’adaptation légale.

Et le deuxième point?
– Agir sur le plan fédéral.

Le Conseil fédéral a justement validé mercredi dernier les 10 millions de francs décidés sous la Coupole pour les «améliorations structurelles». C’est déjà un bon point, non?
– Oui, même si c’est une confirmation. Mais il y a une mesure phare, et je la répète sur tous les tons: nous voulons que l’Office fédéral de l’agriculture introduise un mécanisme propice à la limitation des importations. Nous ne pouvons pas lutter dans un marché libre! Plus de deux tiers du vin consommé en Suisse aujourd’hui viennent de l’étranger, sans parler de la force du franc suisse qui rend ces vins importés encore plus concurrentiels. Sans mesures protectionnistes, c’est l’autogoal!

Qu’entendez-vous par là?
– Encourager à la reconversion des vignes pour diminuer les quantités produites et améliorer la qualité du vignoble, c’est bien, mais sans freiner la concurrence étrangère, c’est faire doublement le lit de la production non-indigène. Cerise sur le gâteau, nous manquons de cohésion à l’interne. Fédérer tous les vignerons autour d’une vision commune, des entreprises aux tailles et intérêts parfois très différents, relève de la gageure, à un moment où il nous faudrait pourtant, plus que jamais, parler d’une seule voix…