
Le Clarensien Emerick Sierro a été sélectionné pour toutes les disciplines de para ski aux JO de Cortina (descente, Super-G, Géant, slalom et combiné). | Swiss Paralympic
Emerick Sierro sera, et de loin, le benjamin de la délégation suisse aux prochains JO paralympiques. À 19 ans, il est l’une des révélations de la saison en Coupe du monde de para ski. Cet habitant de Clarens a décroché son ticket en se hissant deux fois dans le top 10 – 6e de la Descente de Tignes et 5e du Géant de Veysonnaz. «C’était mon rêve de participer un jour à des JO, glisse-t-il depuis un ultime camp d’entraînement en Italie. Mais cela arrive plus tôt que prévu. Voilà une année, je n’aurais jamais pu l’imaginer.»
Déterminé, le jeune champion, atteint de naissance d’une hémiplégie, y a pourtant cru et s’est donné les moyens de réaliser son rêve. En juin dernier, après avoir obtenu sa matu au gymnase de Burier, il a décidé, avec l’accord de ses parents, de mettre ses études entre parenthèses en cette année olympique et de se consacrer entièrement à son sport. «À 19 ans, j’ai du temps devant moi pour mon avenir. Et il y avait ce créneau qui tombait à point nommé. J’ai donc pu passer plus de temps sur les skis et j’ai beaucoup travaillé ma condition physique. Que ce soit en salle, sur mon vélo, ou en course à pied, cela a payé. Je me sens prêt!»
Ses parents, eux, ont été pleinement derrière lui. «On l’a encouragé à fond une fois qu’il s’était fixé cet objectif d’être sélectionné pour les Jeux, souligne sa maman Laurence. Faire parallèlement des études et du ski à ce niveau est très astreignant. En cette année olympique, c’était le bon timing pour Emrick et il a atteint son objectif. C’est une très belle surprise!»
De précieux conseils
Engagé dans les quatre disciplines du ski alpin à Cortina, le skieur de Montreux estime avoir ses meilleures chances en Géant et en descente, qui lui ont valu son sésame olympique. «Le slalom, ce n’est pas vraiment mon truc, sourit-il. En descente, plus c’est raide et plus je me sens à l’aise. Même si on va un peu moins vite que les valides, on dépasse quand même souvent les 100 km/h. Il m’est parfois arrivé quelques frayeurs, mais rien de grave.» Pour ce qui est du Géant, Emerick Sierro apprécie son rythme. «Avec des portes plus espacées qu’en slalom, cette discipline me convient bien.»
Parmi les six sélectionnés suisses pour le para ski, il y aura deux autres Romands chevronnés présents à Cortina: le Valaisan Théo Gmür (29 ans), triple médaillé d’or et propulsé star voilà huit ans à PyeongChang , et le Neuchâtelois Robin Cuche (27 ans), le neveu d’un certain Didier, multiple vainqueur sur la Streif. «Ils me donnent tous les deux de précieux conseils», relève Emerick.
Dernier promu en équipe nationale, le Valaisan originaire d’Hérémence a participé pour la première fois cet été à un camp d’entraînement avec l’équipe de Suisse. Ces trois semaines au Chili l’ont marqué. «Je me souviens surtout des pistes, elles étaient assez longues. C’était une super expérience.» Et la récente razzia des skieurs suisses aux JO a encore accru sa motivation. «Ce qu’ils ont réussi est incroyable. J’admire surtout Franjo von Allmen. Malgré ses succès, il est resté si cool!»
Sur les pistes, Emerick jouera crânement sa chance et fera fi de son hémiplégie côté droit. «Je ne suis pas paralysé, précise-t-il. Je peux bouger tous mes membres, mais avec une motricité réduite de ce côté, surtout pour ce qui est de la main.» Il ne skie qu’avec un seul bâton. «Pour compenser mon déficit côté droit, je travaille beaucoup sur mes appuis, sur mes positions. J’essaie de trouver le meilleur équilibre possible.»
Une histoire de famille
Chez les Sierro, le ski fait partie des gènes. La famille possède un chalet aux Agettes, près de Veysonnaz, et Christophe, le papa, préside l’École suisse de ski de Thyon 2000. À 3 ans, Emerick était déjà sur les lattes. «Le ski a toujours été ma passion!» Et Marcel, le grand-papa, y a grandement contribué. «Autour de son chalet des Masses, il a été le premier à mettre Emerick sur les lattes et il le tirait en haut des pentes, se remémore Laurence, la maman. Comme il fête ses 85 ans cette année, il sera avec nous à Cortina pour soutenir Emerick et il y aura forcément beaucoup d’émotions.»
Son oncle, passionné de ski alpinisme, a aussi transmis son amour de la montagne à Emerick en l’emmenant souvent faire du ski de randonnée. Et l’histoire ne s’arrête pas là chez les Sierro. Lucien, le petit frère (14 ans) fait aussi de la compétition.
Une fois ces JO terminés, Emerick entamera dès septembre des études d’ingénieur à l’EPFL après un repos bien mérité. «J’ai toujours été plus doué pour les maths que pour les langues, et de loin!» Ne reste désormais plus qu’à espérer qu’il ne calcule pas sur la piste. Et ainsi, peut-être décrocher une médaille, qui sait? De quoi prolonger encore un peu la moisson hivernale helvétique.
