« Le sport permet de se départir de l’étiquette de migrant »

À Puidoux, le cours de natation accueille plus d’une quinzaine de participantes chaque mercredi soir. Un moment entre femmes, en toute intimité, piloté par la la prof Natascha Bannwart (à g.) et la bénévole Sofia Scevola. Activité sollicitant le plus de demandes, déjà 27 personnes sont sur liste d’attente dans le Chablais. Par chance, une antenne Diversi’Swim pourra les accueillir à Ollon dès le 28 mars  | N. Desarzens

Intégration
Natation, boxe, tennis de table: encourager le vivre-ensemble et l’inclusion grâce au sport, c’est l’objectif de Diversi’Team, une initiative menée par l’Entraide protestante suisse (EPER). Or, la demande dépasse largement l’offre, mettant en exergue l’importance de sensibiliser les clubs.

«L’été, je vais normalement au lac avec mes enfants, mais j’ai peur de l’eau. J’ai peur de me noyer.» Comme les trois autres Afghanes présentes ce mercredi 11 mars à la piscine de Puidoux, Arifa Rahimi prend des cours de natation pour vaincre sa peur, mais aussi pour le plaisir de se retrouver entre femmes.

Autre participante, Latifa Ataai est arrivée il y a dix ans en Suisse. Elle a rejoint Diversi’Swim en juin 2025. «En Afghanistan, il n’y a pas de lacs ou de mer, seulement quelques rivières. Mais en tant que femme, je n’avais pas le droit d’y nager.»

Une fois le bonnet de bain enfilé et les lunettes de natation ajustées sur le nez, la professeure de natation Natascha Bannwart invite le petit groupe à se mettre à l’eau. «On va commencer par prendre de grandes inspirations, et une fois la tête sous l’eau, expirer l’air par la bouche!» 

Elles enchaînent ensuite par des longueurs, à l’aide de planches flottantes, encadrées par la bénévole Sofia Scevola. «Ces femmes ont une force de volonté incroyable, elles progressent très vite, remarque Natascha Bannwart. Pour plusieurs d’entre elles, c’est la première fois qu’elles entrent dans une piscine, ou simplement dans l’eau. J’en ai pleuré d’émotions.»

Un cours inhabituellement peu fréquenté ce soir-là, en raison du Ramadan. «J’ai encore reçu trois nouvelles demandes cette semaine pour suivre des cours de natation, complète Hiba Ben Salem, assistante de projet Diversi’Team à l’EPER. Nous avons 30 personnes inscrites à Puidoux et 17 se trouvent sur notre liste d’attente.» 

Diversi’Swim s’implante
à Ollon

Car il faut savoir que la nage est le sport qui sollicite le plus de demandes de la part des participants de ce projet. Les listes se remplissent aussi en Chablais avec 27 personnes qui attendent une place. Mais bonne nouvelle pour ces dernières, une antenne Diversi’Swim va ouvrir à Ollon ce 28 mars. «Nous sommes tellement contents de pouvoir proposer cette nouvelle plage horaire, se réjouit Hiba Ben Salem. Nous avons mis six mois à trouver une personne qualifiée et disponible pour enseigner la natation dans cette région.»

Mettre en place ces nouveaux cours uniquement destinés aux femmes n’a pas été une mince affaire. Il a fallu trouver le bon créneau horaire, tout comme de la disponibilité au sein d’infrastructures pour un cours privé, les clubs de natation n’offrant pas de sessions en non-mixité. 

«Or, cette demande nous provient des femmes migrantes elles-mêmes, souligne l’assistante de projet. L’inclusion sociale passe d’abord par un apprentissage entre femmes uniquement. À terme, cela vise à améliorer l’égalité dans le sport.» À l’avenir, Diversi’Swim souhaite ouvrir ces cours pour les migrantes à toutes les femmes.

Mixité sociale aussi
sur le ring

Avec le projet Diversi’Team (voir encadré), le défi pour l’EPER est de continuer à intégrer de nouvelles personnes par le biais du sport, et de renouveler leur participation, «au moins pour une deuxième saison». En plus de l’intégration, cette initiative veut aussi améliorer la santé physique et psychique. «Plus de 80% de nos participants disent se sentir mieux grâce à leur activité sportive», note Sebastian Justiniano Birchler, chef de projet ad interim.

«Ce cours me permet de mieux apprendre le français et m’aide à rencontrer d’autres personnes», témoigne Hasan, ressortissant turc de 44 ans, qui s’entraîne depuis une année à Vevey pour perfectionner sa technique de ping-pong. Il souhaite d’ailleurs pousser l’expérience plus loin, avec du tennis. Pour l’entraîneur Ramadan Memetov, dont la structure X Boxing Club Clarens collabore avec l’EPER, «le sport permet d’allier socialisation et dépense physique, ce qui forge un esprit d’équipe dépassant les différences». 

«Pendant que j’étais votre élève, je n’ai pas seulement appris la boxe, mais aussi des valeurs très importantes, comme la discipline, le respect, l’effort et la confiance en soi», avance Mustafa, un Afghan de 17 ans. Ses mots motivent Ramadan Memetov à continuer à s’engager pour les jeunes. «Ce type de message, c’est plus qu’une belle victoire!»

Accompagnés dans leur projet sportif, les athlètes en herbe de l’EPER deviennent ainsi «actifs dans leur processus d’intégration». «L’intégration à un club sportif permet aux personnes de sortir de leur isolement, insiste Hiba Ben Salem. Et surtout de se départir de leur étiquette de migrant pour devenir des coéquipiers.»

Derrière le sifflet

Seul arbitre du FC Leysin, Mehmet Celikten a été recruté grâce à Diversi’Team et poursuit actuellement sa deuxième saison. Auparavant joueur de volleyball dans son pays d’origine, la Turquie, il a voulu rejoindre le club chablaisien. Une volonté saluée par son président, Laurent Dini. «C’est important de donner une chance à tout le monde. Le sport, pour moi, est un des meilleurs moyens d’apprendre la langue et d’intégrer des réfugiés.»

Diversi’Team dans nos régions

Badminton, natation, football, tennis, ping-pong, danse, volleyball ou encore sports de combat: au total, 69 personnes ont rejoint 13 clubs sportifs sur la Riviera et dans le Chablais en 2025. Cette même année, Diversi’Team a comptabilisé 189 participants de 24 nationalités différentes dans le canton de Vaud. Ce projet créé en 2022 a entamé sa quatrième saison. Il s’adresse aux personnes migrantes du canton qui voudraient pratiquer gratuitement un sport en groupe. Le but de Diversi’Team est d’encourager l’intégration sociale et de promouvoir la santé par la mise en lien avec des clubs sportifs. Actuellement, 115 personnes sont en attente de pouvoir participer à une activité sportive à l’échelle vaudoise.

"Plus de 80% de nos participants disent se sentir mieux grâce à leur activité sportive"

Sebastian Justiniano Birchler Chef de projet ad interim

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