L’élite du Sprint a offert un grand spectacle à Villars

La Boélande Caroline Ulrich a été éliminée en quarts de finale du Sprint. À charge de revanche, elle compte bien faire un résultat à la prochaine Patrouille des Glaciers.

| E. Ecoffey

Ski-alpinisme
Durant quatre jours, la station chablaisienne a accueilli les finales de la Coupe du monde. Samedi, la récente championne olympique Marianne Fatton a fini 5e. Caroline Ulrich et Thibe Deseyn ont aussi manqué le podium. Ambiance.

Mi-février, à Bormio, Marianne Fatton (30 ans) est entrée dans l’histoire du sport en devenant, en Sprint, la première championne olympique de ski-alpinisme. Villars a accueilli en fin de semaine dernière les finales de la Coupe du monde, une occasion de la voir à l’œuvre. 

Après avoir confirmé son titre olympique en devenant championne d’Europe en Azerbaïdjan début mars, la Neuchâteloise a dû cette fois-ci se contenter d’une cinquième place. C’était en finale du Sprint, dans une course remportée par son éternelle rivale la Française Emily Harrop. Un résultat qui n’a nullement déçu la sportive qui est aujourd’hui installée à La Roche (FR). «En cette fin de saison je ressens une telle fatigue que je suis déjà contente de m’être hissée en finale», confiait-elle tout sourire juste après la compétition. 

Sous le regard de la VAR

Comme tous les jours de ces finales, le Sprint s’est déroulé par un temps de rêve ce samedi, sous un ciel immaculé et dans le décor de carte postale de Chaux Ronde. Des quatre disciplines du ski-alpinisme, Verticale, Relais, Individuelle, et Sprint, cette dernière est la plus spectaculaire à suivre pour les spectateurs, car ils peuvent voir la course d’un bout à l’autre. Ils étaient d’ailleurs des centaines agglutinés tout au long de la vertigineuse piste située en face du restaurant de Bretaye. 

En moins de trois minutes d’une intensité folle, les athlètes enchaînent une montée à pic à peaux de phoque puis à la force du mollet, les skis par moments remisés sur le sac. Puis suit, en apothéose, une fois les peaux retirées, la descente en forme de slalom géant. «Il faut à la fois savoir gérer son effort et faire preuve de dextérité lors des différentes manipulations où souvent, en moins de 5 secondes, on peut gagner ou perdre une course, explique le membre du jury Yves Ancrenaz. Tout est contrôlé par la VAR, comme en foot. Entre le Sprint et l’Individuelle qui dure 1h20, il y a autant de différences qu’entre un 100m et un marathon en athlétisme, mais en skimo, les concurrents participent aux deux disciplines!»

Lors de ce Sprint, les six finalistes ont dû franchir trois tours de qualification, entrecoupés de pauses d’une trentaine de minutes. Le temps de récupérer sur leur «home trainer» (ndlr: vélo sur rouleaux) sous la tente de leur équipe. «Cela permet de libérer l’acide lactique accumulé dans les muscles», relève Esteban Hofer, le coach de l’équipe de Suisse. Malgré son nouveau statut olympique, le ski-alpinisme n’a rien perdu de son état d’esprit si convivial: on a ainsi vu ce samedi des athlètes se congratuler après les courses et rigoler ensemble. 

Ulrich et Deseyn sorties en quarts

La Boélande Caroline Ulrich (24 ans) était aussi présente à ces finales. Fidèle à Villars depuis l’enfance et désormais ambassadrice officielle, elle ne pouvait manquer cette apothéose de la saison. Après des Championnats d’Europe réussis en Azerbaïdjan – 3e en Verticale et 4e en Sprint –, elle nourrissait de grandes ambitions. Elle a malheureusement dû faire face à une cruelle désillusion ce samedi, avec une élimination dès les quarts de finale. 

«On s’est marché sur les skis avec les autres et j’ai perdu un bâton au sommet ce qui ne pardonne pas à la descente… Dommage, car j’espérais vraiment accrocher un podium aujourd’hui!», regrettait-elle à l’heure des interviews.

Malgré ce résultat à la maison, elle n’en oubliera pas moins sa performance aux JO, où elle a terminé 7e en Sprint. «J’en garderai des bons souvenirs. C’était une expérience très enrichissante lors de laquelle j’ai vraiment senti l’esprit olympique. La foule était dingue, alors que d’habitude il n’y a quasi personne pour voir nos courses.» Même si la saison de Coupe du monde de ski-alpinisme est désormais finie, pas question pour elle de se relâcher puisque à mi-avril, elle prendra à nouveau part à la Patrouille des Glaciers (PDG) avec ses deux coéquipières: Alessandra Schmid et Thibe Deseyn.  

Cette dernière a aussi participé à ces finales. Vainqueure du classement général de la Coupe du monde en U23, Thibe Deseyn a aussi été éliminée en quarts de finale à une frustrante 13e place, première des non qualifiées. «Ça me laisse un petit arrière-goût amer, même si c’est mon meilleur résultat chez les élites», confie la Leysenoude. Mais elle se réjouit surtout de cette PDG qu’elle disputera, comme en 2024, «avec deux de [s]es meilleures amies!» Il n’y a a donc plus que quelques jours à attendre avant le point final de cette saison d’ores et déjà aboutie pour les Suissesses.

Encore un succès pour Kistler

Chez les hommes, c’est Jon Kistler qui s’est imposé en Sprint après un duel très serré avec le Français Thibault Anselmet. Cette saison, le Zurichois aura réussi un étonnant doublé: victoire lors du premier Sprint en décembre à Solitude Mountain aux États-Unis et rebelote donc à Villars. «Ici, c’était comme à la maison, devant ma famille et mes amis», se réjouissait-il en bas de Chaux Ronde. Une saison de rêve si on y ajoute sa médaille d’argent en relais aux JO avec Marianne Fatton. Étudiant à l’EPFZ, pur citadin, il fait figure d’exception au royaume des montagnards. «Je viens d’une famille de sportifs et depuis tout petit j’ai fait du ski aux Grisons et dans l’Oberland bernois.» À 22 ans, l’avenir lui appartient.