
Actuel député socialiste au Grand Conseil, et futur municipal montreusien, Romain Pilloud garde la mobilité au cœur de son engagement politique. | N. Desarzens
Si Romain Pilloud nous rejoint à vélo pour cet entretien, sachez qu’il n’est pas né avec un guidon entre les mains, il n’a d’ailleurs appris à pédaler qu’à ses 18 ans! Et depuis, il en a parcouru du chemin sur les pistes cyclables vaudoises. Député socialiste au Grand Conseil, et aussi président du parti socialiste vaudois – qu’il quittera d’ailleurs à la fin du mois de mai, après quatre ans de bons et loyaux services, comme le veulent les statuts – il s’apprête à rejoindre dès le 1er juillet le collège municipal de Montreux.
Avec le nez encore plongé dans les dossiers de l’Association transports et environnement (ATE), afin d’assurer une «passation sereine», il laisse graduellement les rênes à sa successeur, Sara El Kabiri, dans un contexte marqué par des attentes croissantes et des équilibres complexes au sujet de la mobilité douce.
Sujet polémique, l’abaissement de la vitesse est l’un de vos combats. Assumez-vous le risque de polariser le débat politique?
– Oui, car nous sommes tous piétons, que l’on soit détenteur de permis de conduire ou pas. Ce dénominateur commun devrait faciliter la prise de décision en faveur du bien commun.
Pourquoi vous focalisez-vous sur l’aménagement de zones 30 km/h et pas sur le réaménagement des routes par exemple?
– Nous sommes bien sûr actifs sur ces deux sujets. Mais le réaménagement routier coûte bien plus cher que la réduction de la vitesse. Une limitation de vitesse permet non seulement d’éviter des accidents, mais aussi d’en amoindrir les conséquences.
Quel est votre principal constat concernant la mobilité dans le canton?
– La sécurité routière passe trop souvent au second plan dans les politiques de mobilité. En 2025, les routes vaudoises enregistrent une hausse d’accidents de circulation (ndlr: +6,3% par rapport à 2024). Il y a eu 250 morts de plus que l’an dernier sur le sol suisse. Cela ne doit pas être normalisé!
Enjeu sociétal, la mobilité reste aussi un sujet très personnel. Avez-vous observé un changement de perception de l’opinion publique vis-à-vis de l’ATE?
– Ces dernières années, la thématique est effectivement devenue un vecteur de polarisation important, surtout sur les réseaux sociaux. L’ATE s’est malheureusement retrouvée à maintes reprises la cible d’insultes et de menaces.
Quelles en ont été les conséquences sur votre engagement?
– Puisque la pédagogie ne suffit parfois plus, nous venons avec davantage de faits scientifiques et techniques, afin de dédramatiser les débats. Nous cherchons toujours le dialogue.
Votre mandat est toutefois rythmé de plus de 250 oppositions…
– Dans le 2/3 des cas, il s’agissait de modifications mineures sur des projets de constructions, mais fondamentales, pour améliorer la sécurité des enfants aux abords des routes d’accès, diminuer l’emprise des parkings, améliorer l’accès à un parking vélos sécurisé ou mettre un local à poussettes. Nous ne sommes pas des empêcheurs de tourner en rond!
En quoi les constructions font-elles partie d’un enjeu de mobilité?
– Énormément de nouveaux bâtiments locatifs ne limitent pas le stationnement des voitures et ne proposent pas d’infrastructures de qualité pour les vélos. Or, il faut donner envie aux gens de changer leur mobilité. La commune de Blonay-Saint-Légier connaît par exemple une frénésie de construction. Ces nouveaux projets immobiliers sont des aimants à voitures, car ils sont dépourvus de stratégie de mobilité.
Y a-t-il un projet d’envergure régionale qui a tenu compte de vos recommandations?
– Nous avons eu une longue phase de conciliation concernant le Centre de Congrès de Montreux, afin d’avoir un équilibre entre les publics et les riverains. Nous avons finalement obtenu un plan de mobilité lié aux activités du 2m2c, avec notamment une requalification de rues par exemple.
La responsabilité individuelle atteint toutefois ses limites, non?
– Absolument. Surtout lorsque les prix des transports publics ne cessent d’augmenter, on peut se questionner sur la vraie liberté à choisir sa mobilité. La mobilité restera une thématique centrale de mon engagement politique au Grand Conseil.
