
Selon Béatrice Binétruy, «la nature est une source d’inspiration inépuisable, tout comme les couleurs des peintures de Vallotton et la stylisation d’artistes à la frontière entre illustration et peinture». | L. Montbuleau
Dans le vaste atelier de la vitrailliste Béatrice Binétruy, chaque création est une invitation à regarder autrement ce que l’on croyait connaître: une fenêtre, une porte, une simple source de clarté. Ici, la lumière ne traverse pas simplement le verre. Elle danse, glisse, se déforme, s’imprime sur les murs comme un tableau en mouvement.
Cette composition décorative qu’est le vitrail porte en elle des siècles d’histoire. Mais aujourd’hui, il n’est plus seulement affaire de temples, d’églises et de patrimoine prestigieux. Dépoussiéré, il devient matière contemporaine, accessible, qui s’invite dans nos lieux de vie.
Sous les mains de la jeune artiste, formée à l’École de vitrail et création à Monthey, le vitrail se réinvente. Découpage, assemblage, transformation… le métier de vitrailliste est exigeant et méditatif.
Au fil des heures
Plomb, verre coloré, peinture, vitrail Tiffany (ndlr: chaque verre est entouré d’une bande de cuivre), gravure à l’acide, thermoformage, sablage ou encore sérigraphie, les compositions prennent forme dans son atelier à Clarens au gré d’un éventail de techniques qui dialoguent. Certaines sont héritées de la tradition, d’autres sont résolument contemporaines. Le choix dépend toujours du projet, de la lumière recherchée, du degré d’intimité souhaité. Créer un vitrail, c’est aussi jouer avec l’espace, comme une caisse de résonance, pour en redessiner les volumes.
Ce qui frappe surtout dans le travail de Béatrice Binétruy, c’est le rapport sensible à la lumière. Un vitrail ne se regarde pas seulement de face. Il s’exprime différemment au fil des heures. Le matin, il éclaire doucement. À midi, il éclate. Le soir, il se fait plus discret. Les projections colorées rayonnent, tournent, glissent dans l’espace et se déposent sur les matériaux environnants. «La lumière est comme un tableau vivant, elle vibre», affirme l’artiste.
Un travail rigoureux
En amont de la poésie du résultat final, il y a une rigueur et des étapes à respecter. Tout commence par une maquette. Puis viennent les gabarits, découpés avec précision. Chaque pièce de verre est taillée, ajustée, numérotée. Le montage se fait lentement, alternant verre et plomb, jusqu’à former un ensemble cohérent. Viennent ensuite les soudures, le masticage et les finitions. Un travail minutieux où certaines œuvres peuvent compter des centaines de pièces.
Ce long travail est-il récompensé à sa juste valeur? «Oui, mais c’est un équilibre à trouver entre les demandes de particuliers et d’entreprises, les créations sur-mesure, les restaurations et les cours d’initiation», détaille Béatrice Binétruy. Selon les formats et commandes, une œuvre peut être abordable à des budgets moyens.
Vous l’aurez compris, son travail dépasse la simple fabrication d’objets décoratifs. En privilégiant des nuances douces, presque oniriques, elle infuse esthétique et émotion. Comme une envie de créer des œuvres qui apaisent, enveloppent et racontent autre chose qu’une simple technique.
L’intention étant de transformer un lieu, le vitrail fait entrer la lumière autrement pour en révéler une atmosphère particulière, en une signature colorée. Et peut-être aussi de ralentir un peu. Car face à un vitrail, on ne regarde pas: on contemple.
Une partie du travail de Béatrice Binétruy est à découvrir en cette fin de semaine à la Salle del Castillo. Du 24 au 26 avril, Métiers d’Art Dévoilés pose ses valises à Vevey, afin de visibiliser de nombreux savoir-faire liés à l’artisanat, entre tradition vivante et création contemporaine: bijoux, céramiques, horlogerie, papier découpé, calligraphie, mobilier ou restauration d’œuvres, etc. Autant de disciplines, autant de gestes, mais une même quête: celle de créer des pièces uniques ou de petites séries. Ici, chaque objet raconte une histoire, façonnée par la main et le regard de l’artisan d’art. Au programme? Exposition, démonstrations et échanges. Ébéniste et président de l’Association vaudoise des métiers d’Art (AVMA), Marc Froger est à l’origine de cette 5e édition: «Dans un monde de plus en plus numérique, ce salon est l’occasion de découvrir des pratiques souvent méconnues, mais profondément ancrées dans notre quotidien.»
Plus d’infos: metiersdartvaud.ch
«Métiers d’Art
Dévoilés», vendredi 24 (14h30-20h), samedi 25 (10h-18h), dimanche 26 avril (10h-18h),
Salle del Castillo, Vevey.
Entrée libre.
