«Sans accessibilité, pas d’inclusion»

À Berne en 2023, Nicole Tille participait déjà à la première session des personnes en situation de handicap.  | DR

Châtel-Saint-Denis
La Châteloise Nicole Tille est candidate à la deuxième session parlementaire des personnes en situation de handicap organisée par Pro Infirmis. Les résultats de l’élection seront connus le 26 mai. Rencontre.

Trois ans après la première session parlementaire des personnes en situation de handicap, une deuxième édition est prévue le 21 octobre prochain. Déjà représentante du district lors de la première session à Berne, le 24 mars 2023, la vice-syndique du chef-lieu de la Veveyse, Nicole Tille (UO-PS), fait à nouveau partie des candidats en lice pour l’un des 44 sièges. Amputée d’une jambe en 1991, à l’âge de 21 ans, après un accident de la route en Australie, elle a raconté son histoire dans un livre publié en 2019, «Survivre, debout avec une jambe en moins» (Éditions Attinger).

Nicole Tille, après une première participation, qu’est-ce qui vous pousse à renouveler l’expérience?

– Lors de la première édition déjà, j’étais motivée par l’idée de mettre en lumière ces 44 sièges parmi les 200, soit 22% des sièges du Conseil national, ce qui correspond à la proportion de la population suisse de plus de 16 ans en situation de handicap. Il faut faire entendre nos voix et faire valoir nos droits, ne pas rester de côté, car nous faisons partie de la société.

En quoi cette deuxième session diffère-t-elle de la première?

– Chaque commission se réunira au moins deux fois et viendra avec ses revendications pour arriver avec des propositions plus concrètes que lors de la session du 24 mars 2023. 

Quelles seront les thématiques abordées?

– Cette année, quatre groupes de travail sont prévus en amont de la session, autour de l’accessibilité, de l’information et de la mobilité; de l’éducation, de la formation et de l’emploi; du logement, des loisirs et de la culture; ainsi que de la santé, de la justice et de la participation politique. Lors de la candidature sur le site de Pro Infirmis, chacun pouvait indiquer trois préférences. 

Quels sont les principaux défis des personnes en situation de handicap en Suisse aujourd’hui?

– L’accessibilité et la mobilité, notamment dans les transports publics, restent des enjeux majeurs. Il y a encore un vrai problème à ce niveau. La situation s’est améliorée, c’est certain, mais le potentiel d’amélioration reste phénoménal.

Est-ce que cela vous affecte vous aussi?

– J’ai de la chance, je peux me déplacer sans devoir demander une assistance systématique. Il reste toutefois souvent un écart important entre le quai et le train, qui ne permet pas un accès totalement autonome. Pour une personne en fauteuil roulant, c’est très compliqué et il faut annoncer ses déplacements, mais il arrive que l’information ne passe pas. On peut alors se retrouver sur le quai et avoir manqué son rendez-vous. Il n’y a pas d’autonomie, c’est le principal problème du handicap. Par ce manque d’accessibilité, c’est la société qui nous handicape. Avec les bons investissements, les barrières qui renforcent le handicap pourraient être fortement réduites et soulager le quotidien.

Comment votre expérience nourrit-elle votre sensibilité sur ces enjeux?

– À moins d’être directement concerné ou d’avoir un proche touché, on ne mesure pas forcément la lutte permanente que représente un handicap. En 2015, j’ai cofondé l’Association Promembro pour mieux représenter les personnes ayant besoin d’une prothèse de bras ou de jambe. J’ai été confrontée à des situations que je juge intolérables, notamment pour les personnes amputées après l’âge de la retraite, souvent limitées au strict minimum, sauf à devoir financer elles-mêmes leurs équipements. Pourtant, un dispositif adapté change tout: il réduit grandement les douleurs, la fatigue et favorise une véritable inclusion sociale et professionnelle. C’est la volonté de conscientiser la société à ces réalités qui nourrit mon engagement militant.

Renforcer l’inclusion sous la Coupole

Pour cette deuxième session, plus de 200 candidats ont déposé leur candidature sur le site de Pro Infirmis. Une élection en ligne permet de désigner les 44 personnes qui seront présentes dans l’hémicycle à Berne le 21 octobre. «Les votes se sont clôturés ce dimanche 17 mai et les résultats seront connus le mardi 26 mai», indique Lionel Frei, porte-parole de l’organisation.