
Lucrezia Anichini (en orange) a reçu sa Flamme entourée des conseillers d’État Rebecca Ruiz et Frédéric Borloz, ainsi que de Teresa Gyuriga Pérez. | J.-B. Sieber / ARC
«Ce prix est l’occasion de visibiliser un métier qui mérite plus de lumière.» Lors de la cérémonie des Flammes, organisée à la salle Métropole de Lausanne mardi dernier, Lucrezia Anichini a reçu son trophée, ainsi qu’un montant de 500 francs, devant plus de 700 personnes. Elle s’est notamment distinguée pour avoir instauré un traducteur instantané, afin d’améliorer la communication avec les patients allophones.
Mais si ses collègues de l’Hôpital de Lavaux ont présenté sa candidature, c’est surtout pour récompenser son intelligence relationnelle. Le directeur Mario Desmedt ne tarit d’ailleurs pas d’éloges. «Il lui faut une fraction de seconde pour établir un lien. Si l’on ne peut pas ajouter des jours à la vie, on peut ajouter de la vie aux jours, c’est là où Lucrezia excelle.»
Le relationnel au centre
Cette infirmière tient surtout à saisir l’opportunité de parler au nom de la profession, car «les soins palliatifs sont encore entourés de tabous et victimes de préjugés».
Les patients voient «leur monde basculer», le mal dont ils sont atteints étant incurable. L’enjeu pour les soignants est de les accompagner quand tout semble s’effondrer. «Nous ne travaillons pas dans un mouroir, comme on le pense souvent. Nous accompagnons des personnes en fin de vie, oui, mais c’est une étape de l’existence humaine qui mérite d’être vécue dignement. La vie continue encore après le diagnostic», explique Lucrezia Anichini.
Le relationnel est donc un aspect central de son quotidien. «Il y a une dimension psychologique très importante, car il faut pouvoir comprendre le deuil que la personne est en train de traverser. Il faut rester soi-même, authentique et à l’écoute. Surtout, il faut préserver la dignité du patient, car l’égo est souvent très impacté.»
Des études en psychologie
La soignante de 38 ans est bien outillée pour accompagner ses patients. Avant de devenir infirmière, celle qui a grandi en Toscane a achevé une formation de psychologue. «À la fin de mes études, la conjoncture n’était pas bonne en Italie. Il était très difficile de trouver du travail», relate-t-elle. Elle met son temps libre à disposition de la Croix-Rouge italienne, qui la forme pour accompagner bénévolement les soignants dans leurs déplacements d’urgence. Une révélation. «J’ai tout de suite adoré le monde des soins.»
Sa sœur étant médecin en Suisse, Lucrezia décide alors de la rejoindre. Elle prend des cours de français à Pise et parvient à entrer à la Haute École de Santé du canton de Vaud en 2018. Pendant ses études, elle travaille comme aide-soignante à l’Hôpital de Lavaux, qui l’engage en 2022 comme infirmière.
Un métier à valoriser
Depuis, sa passion ne l’a plus quittée. «Nous aimons ce que nous faisons. Cela ne nous dérange pas de faire des horaires de 12 heures et de travailler la nuit. Ce qui nous dérange, c’est que notre travail ne soit toujours pas reconnu à sa juste valeur», assène-t-elle, alors que le Conseil national vient de vider de sa substance la réforme des conditions de travail des soignants.
Créée en 2023 par l’infirmière cantonale Teresa Gyuriga Pérez, cette cérémonie décerne six Flammes et vise à montrer le travail de soignant dans toute sa diversité et au-delà des idées reçues. «Il s’agit de mettre en valeur l’expertise des infirmières et infirmiers de ce canton, qui permet à la population de bénéficier de soins de qualité en toute sécurité», commente Teresa Gyuriga Pérez. Organisée en marge de la Journée internationale des infirmières, la célébration a eu lieu le 12 mai cette année.
