
À la fin du XIXe siècle, la tuberculose fait des ravages en Suisse, causant près de 15% des décès. Faute d’antibiotiques ou de vaccins, les médecins misent alors sur les cures d’altitude. Les sanatoriums fleurissent dans les stations de montagne, de Davos à Montana.
Grâce à son climat privilégié, Leysin attire l’attention d’investisseurs et de deux médecins vaudois de renom, Louis Secretan et Édouard de Cérenville. Ils fondent la Société Climatérique de Leysin et ouvrent le Grand Hôtel en 1982, l’un des premiers établissements du genre en terres vaudoises.
Avant de devenir une station de ski, Leysin fut donc un haut lieu de la lutte contre la tuberculose et une destination thérapeutique réputée. Dans l’ouvrage, «Leysin – du village de montagne à la station climatérique à l’aube du XXe siècle», les auteurs Aymon et Monique Baud plongent dans une période charnière, de 1870 à 1900, de l’histoire du village des Préalpes vaudoises.
Ancien géologue, et enseignante et traductrice à la retraite, Aymon et Monique Baud se sont appuyés sur des archives familiales ou communales, des albums photo et des cartothèques afin de reconstituer cette époque. Leur motivation? «Il n’existait aucun livre sur cette période charnière.»
Entre méfiance et opportunités
L’arrivée massive de malades bouleverse le village. «Les habitants avaient une méfiance envers les <gens d’en bas>, alors que d’autres y voyaient des intérêts financiers», explique Monique Baud. Avec le développement des infrastructures médicales, les terrains prennent soudain de la valeur.
Aymon Baud a grandi au cœur de ce bouleversement. «Quand on allait à l’école, on passait sous le sanatorium. On nous disait, pour rigoler, d’éviter les crachats des malades», se rappelle le Leysenoud. Le quotidien était rythmé par des règles strictes: silence obligatoire dans tout le village, entre 13h30 et 15h pour la sieste des patients et une circulation automobile limitée.
Le couple souhaite notamment mettre en avant des figures locales visionnaires, souvent oubliées. Parmi elles, Emma Cullaz, pionnière de l’accueil des malades à Leysin. «Dans un article de journal, elle reproche aux médecins vaudois d’envoyer les malades jusqu’à Davos, alors qu’il y avait tout ce qu’il fallait ici», souligne Aymon Baud. Autre figure marquante: le docteur Auguste Rollier qui y développera l’héliothérapie, une méthode de soin basée sur l’exposition au soleil.
L’âge d’or des cures climatiques prendra fin après la Seconde Guerre mondiale, avec l’arrivée des antibiotiques et de la vaccination. Quelques bâtiments sont alors abandonnés ou détruits. Certains de ces vestiges d’envergure attirent toutefois de nouveaux investisseurs. Le Grand Hôtel devient un campus scolaire, la Leysin American School, à l’heure où le village se tourne vers une nouvelle métamorphose, celle des écoles internationales et du tourisme de ski. «La rapidité de transformation et le contraste sont marquants», conclut Monique Baud.
Plus d’infos: Présentation et dédicace vendredi 5 juin (16h30), à la bibliothèque publique de Leysin.
