
De g. à dr.: composé de Nathan Maggetti (Éditions de l’Aire), de Clémence Praz (librairie La Fontaine) et d’Arthur Billerey (Trousp), le comité de ce nouveau festival entend bien revitaliser le monde du livre, à son échelle. | N. Desarzens
Alice Rivaz, Péa Aisse, Anne Cuneo, Yvette Z’Graggen, Monique Saint-Hélier, Catherine Colomb, Clarisse Francillon, Anne-Lise Grobéty, Monique Laederach, Corinna Bille et Marguerite Burnat-Provins. Si l’une de ces signatures vous évoque quelque chose, c’est déjà bon signe. Car la majorité de ces voix sont désormais réduites au silence, par méconnaissance.
Pour les remettre sur le devant de la scène, et montrer que leur verbe affûté est toujours autant d’actualité, un trio veveysan a décidé de créer un festival, les Jardins du livre, dont la première édition est justement consacrée à ces «pionnières».
«Il y a un travail de mémoire à effectuer, déclare la libraire de La Fontaine à Vevey Clémence Praz, l’une des organisatrices de ce nouveau rendez-vous littéraire. Nous voulons défendre un matrimoine littéraire romand. Ces autrices ont connu une diffusion dans toute la francophonie. Il est temps de décloisonner leurs textes pour atteindre le grand public.»
Tradition et modernité
Et puisque toutes ces voix se sont éteintes, le festival redonne corps à leurs œuvres. «On leur prête une voix, afin de la leur rendre», souligne Clémence Praz. Les jeunes comédiennes Laetitia Barras, Elsa Thebault et Prune Beuchat vont ainsi incarner leurs textes durant trois journées de lectures. Une façon de les rendre plus vivants, et d’éprouver leurs échos toujours actuels.
«Le festival est une manière de jouer entre tradition et modernité. Car défendre la pertinence de ces écrivaines, c’est aussi défendre une tradition littéraire et montrer qu’elles ont une place dans le monde contemporain.»
Un exemple? «La Paix des ruches» d’Alice Rivaz, publié en 1947. Un texte réédité par les Éditions Zoé en 2022, adoubé par Mona Chollet, qui en signe la préface. Un véritable succès en librairie, car «le relire aujourd’hui montre bien que ses propos sont toujours d’actualité», analyse la co-organisatrice.
Un regain d’intérêt éditorial sur lequel surfe ce nouveau festival. «En tant que nouvelle génération investie dans le monde du livre à Vevey, nous souhaitons participer à la création et à l’émulation romandes», confirme le comité des Jardins du livre.
Écrins de verdure
Ces mises en voix se dérouleront dans l’intimité de cinq jardins privés, ouverts au public spécialement pour l’événement. «Certains se sont imposés comme une évidence, à l’instar du parc de la Part-Dieu, jardin privatif d’un beau bâtiment où a vécu Marguerite Burnat-Provins», détaille Clémence Praz.
Pour les quatre autres scènes en extérieur, le comité a également noué des collaborations avec d’autres lieux culturels. À l’image du Théâtre de la Grenette, l’Université Pepperdine au Château d’Hauteville, la Villa «Le Lac», et d’un jardin privé aux abords du cinéma Rex.
À noter encore qu’une table ronde sera consacrée aux pionnières de demain, en guise de clôture. «S’il faut soigner nos racines, il faut aussi pouvoir regarder les fleurs sur le point d’éclore!» Un instant de littérature en pleine verdure. Le cadre risquerait presque de voler la vedette à ces pionnières.
Plus d’infos:
trousp.ch/les-jardins-du-livre/
«Les Jardins du livre», du 11 au 14 juin. Événements sur inscription, auprès de la librairie La Fontaine (rue du Lac 47, Vevey).
«Ras le bol, au bout du rouleau, je vais craquer
où que je m’enfuie, je me heurte à des exigences d’enfants.
quoi que je fasse, je subis des cris. ma tête éclate.
comment font donc toutes les mères du monde?»
Publié en 1977 aux Éditions Denoël, Ritournelle maternelle de Péa Aisse est le récit sans fard d’une maternité mouvementée. Cette réédition critique aux Éditions de l’Aire met en lumière l’originalité de ce texte trop vite oublié. Vernissage le samedi 13 juin (19h), au jardin du Théâtre de la Grenette, dans le cadre du festival.
