
Une partie de la laine récoltée par l’Association Filature de l’Avançon sera nettoyée, lavée, parfois filée ou tissée, à voir selon son type et sa qualité, consignés sur des fiches. Le résultat sera vendu et l’argent récolté utilisé pour continuer à sensibiliser sur l’utilité de la laine et au savoir-faire pour la transformer. | K. Di Matteo
«Touche, tu sens comme c’est gras?» Le jeune Mathias a les yeux qui pétillent en ce samedi après-midi à mesure qu’il pétrit une touffe de laine tout juste tondue. Celle-ci est arrivée la veille, encore chaude de la bête, si l’on ose dire. Après la période de la tonte d’avril-mai (voir édition 250, 22 avril 2026), voici venue celle de la récolte.
À Frenières-sur-Bex, à côté de son «garage à laine», l’Association Filature de l’Avançon proposait ce dernier week-end un point de collecte à celles et ceux qui ne savent plus que faire de cette manne douce et filandreuse, faute de débouché, de temps pour la travailler ou de savoir-faire. En guise d’accueil, une banderole scande d’ailleurs ironiquement: «La laine est devenue un déchet». «Les gens peuvent venir d’assez loin, explique Josiane Rouiller, l’une des quelque 100 membres et secrétaire. En octobre, on en avait de Lausanne, de Fribourg.»
Francis Fragnière, dit «Tati», et «Bichette», son épouse Berthe, ont d’ailleurs fait le déplacement depuis Vuisternens-devant-Romont (FR). «Il n’y en a plus tant qui font ça, explique cet éleveur de toujours qui n’a gardé <que> 24 moutons croisés Berrichon-Texel. Ma laine partait dans une entreprise d’Éclépens-La Sarraz qui a fait faillite. C’est mon garçon qui m’a parlé de cette collecte.» Et de demander: «Vous cardez la laine aussi? (ndlr: brosser, démêler et aérer les fibres pour les aligner). Ça aussi, ça ne se fait plus.»
Contribution symbolique
Sur le plan économique, Filature de l’Avançon ne sera pas d’un grand secours à ceux qui lui confient leurs sacs de toison blanche, noire ou brune. Avec ses faibles moyens, elle n’en paie que 10 kilos maximum par élevage, au prix de 2 francs l’un, soit deux fois plus que dans les filières de gros, par exemple lors de la grande récolte annuelle d’un grand producteur d’isolant à Collombey.
Cette contribution de 20 francs est donc surtout symbolique, mais elle veut entretenir une tradition et rappeler la valeur réelle d’une matière qui a toujours été considérée comme noble à travers les âges. «Nous en recevons beaucoup plus, précise Martine Gerber, agricultrice de Bex et membre du comité, en notant la dernière quantité déposée dans son carnet, mais nous réunissons de petits éleveurs et il n’y a pas de logique de profit. L’objectif est surtout de montrer à la population ce que l’on peut faire de cette laine à travers des ateliers et de présenter le produit de notre travail lors d’événements.»
C’est tout l’intérêt de la séance collective de tri, de lavage et, surtout, d’échange qui s’est déroulée samedi. Une après-midi de travaux pratiques qui ne s’adressait pas uniquement aux éleveurs, mais aussi aux particuliers qui ont plaisir à retrouver le sens premier de la laine et à en savoir davantage sur sa transformation. «Il faut bien secouer la toison, d’abord. Aline, il faut ouvrir la laine (ndlr: l’étirer).» Dans la chaleur du jour, quelque peu atténuée par une petite bise, les consignes fusent.
Florence Luthy, de Corbeyrier, écoute attentivement. «Un jour, j’aurai mes propres moutons, espère-t-elle en étalant une toison et en traquant les impuretés dans les poils (paille, foin, excréments). Je crée déjà des paniers au crochet, des coussins, des <moudous>, comme je les appelle. À terme, j’aimerais savoir filer, travailler toute la chaîne.»
Patrick Nicollerat est venu dans le même esprit. «Pour valoriser cette matière noble qui exige beaucoup de travail, mais qui a de multiples utilités! Pour le jardin, ça peut être utilisé comme engrais. Certains disent même que ça fait anti-limaces, même si j’ai mes doutes…»
Du Roux du Valais ou du Noir du pays?
Pour le tri, deux chevalets soutiennent des cadres en bois grillagés sur lesquels la laine est étendue. «Là, nous avons de l’Ouessant, qui a l’avantage d’une double-toison, mais chaque espèce propose une laine plus propice à un certain travail, ajoute Josiane en tournant les pages d’un manuel des races. Certaines laines conviennent mieux à la tapisserie, d’autres, plus filandreuses, au tissage, d’autres pour filer.»
Dans les sacs entassés contre le mur du «garage», près d’un métier à tisser, on peut trouver, selon les années, de l’Ouessant, du Bizet, du Roux du Valais, du Brun ou Noir du pays, du Racka… «Celle-ci est un peu courte pour du tissage, lance Nathalie Marchesi. C’est forcément plus facile à travailler quand il y a beaucoup de fibres, il faudrait idéalement au moins un doigt d’épaisseur», ajoute-t-elle en montrant son index.
Mathias, lui, a attaqué le nettoyage à l’eau de sa touffe de laine dans une bassine. «Par trempage, c’est la méthode artisanale, explique Maya Berger. Nous utilisons de l’eau de pluie, plus neutre. Le trempage favorise la création de bactéries, une première fermentation – on garde l’eau pour un deuxième bain – et le dépôt de la graisse en surface, qui peut être transformée en savon. Le nettoyage peut aussi se faire en machine, nous en avons une qui ne sert qu’à cela.»
Nettoyer, laver, carder, feutrer… Il en faudra encore des après-midi, mais la laine sera ainsi transformée en pelotes et autres produits d’artisanat à montrer et écouler sur les stands. «Et l’argent récolté revient dans les caisses de notre petite association», conclut Martine Gerber, comme pour fermer le cercle vertueux de la laine de l’Avançon.
Plus d’infos:
www.filaturelocale.ch
