Le saule, ce « génie végétal » si utile à son ami le Rhône

La pépiniériste Ameli de Fossey admire la qualité du saule, si utile pour consolider les berges du Rhône.  | K. Di Matteo

Au fil de l’eau
Dans ce premier épisode de notre chronique estivale déclinée au rythme des cours d’eau, Ameli de Fossey nous explique sa passion pour le «Salix» et l’importance croissante de cet arbre pour renforcer les berges du fleuve.

Suivre Ameli de Fossey au bord du Rhône dans une saulaie a quelque chose de poétique qui confine à l’amour inconditionnel. Il faut la voir tordre affectueusement les fines branches de son arbre fétiche. Les doigts glissent sur la tige, caressent les feuilles, pour mieux en dévoiler les spécificités. Sur les trente espèces qui s’épanouissent en Suisse, une quinzaine croît dans nos contrées chablaisiennes, dont seule une dizaine utile à la consolidation des berges du fleuve. C’est ce qu’on appelle le «génie végétal», une technique qui convainc depuis une quinzaine d’années et qui a les faveurs des Cantons du Valais et de Vaud dans le contexte de la Troisième correction du Rhône. 

Au vu de la rareté des fournisseurs, ceux-ci ont d’ailleurs recours aux compétences d’Ameli pour créer des réservoirs de saules sauvages, afin d’en faire les meilleurs alliés possibles du maître fleuve. «La vertu majeure du saule, c’est que si on plante une branche, elle développe un arbre, il s’enracine et devient aussi fort qu’un enrochement, explique la pépiniériste indépendante. Le saule, grâce à son incroyable plasticité génétique, est un colonisateur!» 

Si l’habitante de Vérossaz nous a emmenés à Lavey, c’est pour nous montrer le petit dernier: un carré de quelques centaines de jeunes saules plantés sur un enrochement consolidé au ciment, des espaces comme il en existe plusieurs autres le long du cours d’eau. 

La balade se poursuit sur quelques centaines de mètres pour étayer le propos. Du salix myrsinifolia, du purpurea (aux branches rouges), du saule marsault (dit aussi des chèvres), du saule blanc (inutile pour consolider les berges), du drapé, du triandra… Jusqu’à son bébé: le daphnoides. «C’est le seul spécimen sauvage connu recensé dans la plaine du Chablais.»

Elle l’aurait du reste trouvé les yeux fermés, elle qui, durant plusieurs mois, a parcouru les berges du fleuve, de Vernayaz au Léman, des deux côtés, pour recenser autant de saules sauvages que possible et les géolocaliser sur le programme InfoFlora, destiné aux spécialistes et passionnés de botanique. Et à chaque nouvelle trouvaille de grossir d’une branche ou deux la saulée qu’elle constitue peu à peu à Saint-Triphon.

Elle n’a du reste pas fini de s’éclater: elle s’apprête à repartir de plus belle sur le terrain dans le reste du Valais, sur mandat du Canton. «Pour Vaud, je l’ai aussi déjà fait dans la Broye.»