« Nous devons rétablir la confiance au Vevey-Sports »

Le nouveau président, Aldo Carro, est déterminé à assainir la situation financière du club, en premier lieu pour maintenir la formation du Vevey-Sports.  | DR

Football
Le nouveau président des Jaune et Bleu a été élu lors de l’assemblée du 22 juin. Malgré une dette importante, Aldo Carro affiche un bel optimisme sur l’avenir du club. Il sent un élan de solidarité dans toute la région. Interview.

Aldo Carro, vous avez repris la présidence d’un club perclus de dettes, au bord du gouffre. Qu’est-ce qui vous motive?

– Le Vevey-Sports est le club de mon cœur, j’y suis fidèle depuis 27 ans. J’ai commencé en 1999 comme responsable de l’équipe féminine, puis j’ai passé 12 ans au comité. C’est une institution! On aurait pu bâcher, ne rien tenter, laisser le Vevey-Sports tomber en 5e ligue… ou bien essayer de trouver des solutions. On a choisi la deuxième option, celle de se retrousser les manches.

Lors de l’assemblée du 22 juin, vous et votre comité avez été littéralement plébiscités. C’est très encourageant?

– Nous sommes des passionnés, mais pas des magiciens. Il s’agit aujourd’hui de rétablir la confiance qui a été rompue, de redorer l’image du club, avec une communication claire, une transparence absolue. Depuis cette assemblée, nous nous sommes réunis tous les soirs en comité. Jeudi dernier, par exemple, nous avons fini à minuit.

En conflit avec l’ancien comité, la Municipalité s’est réjouie de votre arrivée. Responsable des sports, Laurie Willommet a souligné un «signal positif, de retour au calme, d’un projet constructif».

– Depuis longtemps, la Municipalité réclamait en vain d’avoir un véritable répondant, ce qui sera le cas désormais. Et non plus un comité se contentant de répondre «tout va bien, nous avons raison et pas vous». Aujourd’hui nous devons nous battre tous ensemble pour y arriver. Le travail doit se faire main dans la main, et ce en priorité pour nos 380 juniors.

Grégory Stergiou, le commissaire nommé par la justice, a fait état d’une dette de quelque 800’000 francs. Un chiffre définitif?

– Non et tout le problème est là. Une seule chose est sûre: sur les cinq comptes du club, il restait en tout et pour tout 635 francs sur l’un d’eux, et rien de plus! Récemment, l’ancien comité avait assuré avoir perçu 70 cotisations à 300 francs, mais on ignore où est passé cet argent. Reste-t-il des factures ouvertes? Il est impossible de mesurer l’exacte étendue des dégâts tant que nous n’aurons pas récupéré toutes les pièces comptables. C’est la condition sine qua non pour pouvoir régulariser la situation. Or, depuis l’assemblée, j’ai tenté à moult reprises de contacter l’ancien comité, sans la moindre réponse…

Arrivé en juin 2025, présidé d’abord par Fatlind Rama puis par Valdet Baftiu, on a eu de la peine à déceler la ligne de ce comité pour l’avenir du Vevey-Sports. Vous y voyez plus clair?

– Non, cela reste un mystère pour moi aussi. J’ai le sentiment que du début à la fin, ils se sont foutus de la gueule du monde. Jeudi dernier, nous avons pu accéder aux différents locaux qui, faute de dialogue, avaient été fermés par la Municipalité. Tout était à l’abandon dans un chaos total. Il y avait des bouteilles en PET partout, de la nourriture pas finie, nous avons rempli deux sacs poubelle. À cela s’ajoutent bien sûr ces centaines de mails restés sans réponses et de nombreuses demandes d’inscriptions de gamins toujours en rade.

Toujours selon Grégory Stergiou, trois-quarts des créanciers se disent prêts à trouver des arrangements, à faire preuve de patience. C’est plutôt bon signe, non?

– Absolument! On sent, dans la région, un profond attachement à ce club. Au lendemain de l’assemblée, une dame qui était présente nous a contactés pour nous dire que la société où elle travaille était prête à nous donner un petit coup de main. Même s’il ne s’agit que de deux ou trois mille francs, peu importe, cela nous permettra d’acheter du matériel ou des ballons par exemple. Je crois que les gens sont très touchés par nos efforts.

Vous aviez jusqu’au 30 juin, sous peine de sanction, pour verser les 180’000 francs d’indemnités dues à l’ASF, à l’ACVF et à la FIFA. Un privé s’est engagé à vous prêter cette somme. Le problème est-il aujourd’hui réglé?

– La date limite était effectivement fixée au 30 juin, mais s’il y a quelques jours de retard, il n’y aura pas de problème. Je tiens en tout cas à rassurer tout le monde, surtout les parents. Toutes nos équipes, dont les 20 formations juniors, ont été dûment inscrites pour la saison prochaine. Très attaché au Vevey-Sports, un privé s’est même approché de M. Stergiou pour proposer un prêt à 0%, en posant trois conditions: que l’assemblée ait lieu, qu’un nouveau comité soit élu et que la dette soit fortement réduite.

Comment voyez-vous l’avenir de l’équipe fanion qui, reléguée, évoluera en 1re ligue la saison prochaine?

– Même si ce ne sera pas facile, qu’il y aura des défaites, nous allons miser uniquement sur des jeunes de la région. La 1re ligue offre une belle vitrine pour se mettre en évidence. Kevin Braichet, notre directeur sportif, a déjà eu de nombreux contacts, ainsi qu’avec des entraîneurs potentiels. Sur les 180’000 précités, nous devons régler 110’000 francs à la FIFA pour des indemnités de formation à des clubs étrangers. Vevey a trop longtemps joué la carte des mercenaires. C’est, en partie, ce qui a plombé les comptes du club. Mais cette politique-là, c’est fini. Si un ancien pro veut venir finir sa carrière bénévolement chez nous, il sera le bienvenu, mais nous ne voulons plus que des amateurs et des vrais.