
«Dis-nous ce que tu aimes, on s’occupe du reste.» En trois minutes, top chrono, le profil est concocté par le biais d’un questionnaire. Aime-t-on plutôt notre café avec ou sans sucre? À choisir, préfère-t-on le chocolat noir, au lait, blanc ou sous la forme d’une barre fruitée au chocolat? Pour se désaltérer, favorisons-nous l’eau du robinet, l’eau pétillante, du jus de fruits ou un soda? Toutes ces indications sont précieuses pour guider la plateforme.
Afin de mieux comprendre les ressorts de ce nouvel outil en ligne, nous nous sommes prêtés à l’exercice. À l’issue de ce questionnaire, une sélection nous est soumise, sans obligation d’achat. Nous sont notamment proposés un Clos de la Barthassade, issu de la région viticole du Languedoc, ou un Pinot Noir argovien, l’Elfingen Rüeget. Deux «ovnis» pour les amateurs que nous sommes.
Ludiques, ces quelques indications permettent de condenser les préférences et d’aiguiller les curieux, via un «algorithme humain». Car le catalogue de Karafe recense plus de 350 crus, sélectionnés par l’œnologue neuchâtelois Charles Perrier. «Pour chaque famille de consommateurs, il y a une sélection de vins sur mesure», précise ce dernier. Des coups de cœur au stockage limité, ce qui rend le concept attrayant, au vu de certaines bouteilles de production de «niche».
À la manière d’une cave «digitale», conceptualisée par le Lutryen Bryan Cornelius, différentes bouteilles sont proposées aux amateurs confirmés et novices, selon leurs portefeuilles. Avec à chaque fois, une petite histoire détaillant la spécificité de tel ou tel cépage (voir ci-contre).
Une sommellerie «augmentée»
«Le choix du vin peut être une source de stress. Nous avons imaginé un accès privilégié à des pépites d’artisans et des vins rares, sélectionnés spécifiquement pour correspondre au profil du client et à son budget», précise l’œnologue. En résumé, Karafe permet de simplifier le choix des consommateurs.
«Les règles du jeu sont définies par Charles, avec une présentation digitale et un vocabulaire simples, afin d’approcher un public plus néophyte, commente son associé Bryan Cornelius. Nous souhaitons retirer le maximum de barrières, afin de démocratiser le goût du vin.»
En ligne depuis le printemps 2025, la société Karafe.ch se lance officiellement le 1er janvier 2026, et une mise à jour d’ici à la fin de l’année proposera un service «amélioré», à savoir l’intégration d’un lexique du vin «ludique et simplifié». «C’est une manière d’être encore plus précis dans la personnalisation, explique Charles Perrier. Les consommateurs pourront aussi noter et commenter leurs découvertes.»
Tout est parti d’une frustration personnelle, celle de Bryan Cornelius de ne pas savoir se repérer dans la pléthore d’étiquettes. «J’ai eu la chance d’être dans la même entreprise que Charles (ndlr: les cofondateurs se sont connus au sein de QoQa.ch), et il m’alertait quand il y avait des bons plans.»
Le début d’une collaboration fructueuse: ils élaborent leur concept au printemps 2025, avec une période de tests, puis effectuent une levée de fonds à la fin de la même année. Aujourd’hui, la plateforme dénombre quelque 10’000 profils, dont environ 20% en Suisse allemande. D’ailleurs, Karafe souhaite s’étendre davantage outre-Sarine, un territoire représentant «un marché au fort potentiel».
Nouvelle génération ciblée
Si l’univers du vin peut se révéler parfois intimidant, voire élitiste, les deux trentenaires veulent briser l’hermétisme de ce milieu gastronome, en s’adressant à une nouvelle génération «qui apprécie le vin, mais qui n’en a pas forcément les codes ou les connaissances».
Unissant digital et terroir, Karafe maintient toutefois l’art de la dégustation, en racontant l’histoire qui se niche derrière chaque bouteille. «Les jeunes consommateurs veulent vivre une expérience, analyse l’œnologue. Ils ne veulent plus acheter de la quantité, mais découvrir un cépage.» À noter que le tiers du catalogue est dévolu à des vins suisses.

Sur les balcons de Lavaux, Steve Bettschen produit seulement 290 bouteilles de cette découverte vaudoise, principalement présentes sur des tables étoilées. «Ce vin casse les codes du Chasselas, avec une interprétation élevée en vieille barrique, pour offrir une aromatique autour de l’amande, du floral et du boisé très fin», analyse Charles Perrier.

«Il n’y a pas que les Champenois qui font de grands effervescents!» Pour l’œnologue Charles Perrier, Antoine et Irene Kaufmann, installés à Aesch, à quelques kilomètres de Bâle, prouvent avec cette cuvée que les vieilles vignes en coteaux du domaine peuvent offrir des bulles «fines comme du lin». «Ce Blanc de Blancs biodynamique rappelle qu’on peut faire de l’effervescence sans tourner en rond.»
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