
Julien Clerc lors de son dernier passage à Montreux, en 2022. Le chanteur français est régulièrement de passage dans la région, où il a beaucoup d’amis. | J. Masson – Saison culturelle Montreux
Il a dans la voix ce vibrato emblématique, cette signature qui, associée à des chansons intemporelles, lui a fait traverser les époques et transcender les modes. À l’orée de ses 79 ans – il les fêtera le 4 octobre prochain – Julien Clerc foulera les planches de l’Auditorium Stravinsky samedi 26 septembre. Coup de fil à l’interprète de «Ma préférence», «Ce n’est rien», «Utile», «Cœur de rocker», «Fais-moi une place», entre autres tubes qui ont émaillé plus de 50 ans de carrière.
Julien Clerc, ce n’est de loin pas la première fois que vous venez chanter sur la Riviera. Quel rapport entretenez-vous avec le public suisse et avec la région?
– J’ai chanté très souvent en Suisse, que ce soit dans de très petites salles ou dans de très grands endroits comme le Paléo. Et à chaque fois, c’est un très grand bonheur pour moi, parce qu’il y a quand même maintenant une histoire avec le public francophone. Certaines de mes chansons ont traversé la vie de gens qui parlent ma langue. C’est donc toujours un bonheur de venir ici. Et en plus, ça a une signification un peu spéciale sur le plan personnel parce que je viens assez souvent dans la région; j’y ai beaucoup d’amis. C’est donc un mélange de métier et de plaisir personnel.
Le titre de votre spectacle, «Une vie» est aussi celui de votre 28e album studio. Est-ce que le plaisir de sortir un disque et de retrouver le public est le même après le 28e qu’après le premier?
– Il est sûrement… je ne dirais pas plus grand, mais plus conscient. Je suis heureux de chanter mon répertoire, mais je suis heureux aussi lorsque je peux glisser une, deux ou trois chansons nouvelles. Dans ce tour de chant, il n’y a pratiquement que des chansons connues. Pour moi, c’est très important d’être capable de continuer d’inventer des chansons nouvelles dont certaines peuvent se glisser au milieu de celles du répertoire. J’espère y réussir avec ce tour de chant-là.
Quelle place ce dernier album en date occupe‑t-il dans votre carrière? A-t-il une résonance particulière?
– C’est un album où j’avais demandé aux paroliers… (Il marque un temps) Il ne faut pas oublier que je ne suis que compositeur, et d’ailleurs je pense qu’avoir travaillé avec plein de gens nouveaux à chaque fois m’a permis de me renouveler musicalement. (Il reprend le fil de sa réponse) J’avais donc demandé aux paroliers et en particulier à Paul Ecole des inspirations différentes pour que l’album puisse parler d’autre chose que de l’amour. Ou en tout cas qu’il puisse parler de l’amour de façon différente. J’ai été entendu, j’ai eu de la chance: il y a dans cet album de l’amour pour l’être aimé, certes, mais il y aussi de l’amour paternel, de l’amour fraternel – chanter une chanson sur mon frère était une chose importante pour moi après sa disparition (ndlr: en 2023) – des chansons sur la maladie, sur le manque, cette chanson sur cet homme qui danse devant le cercueil de sa femme – Agnès Lassalle, cette enseignante qui avait été assassinée par un de ses élèves. Donc cet album, je crois, est surtout marqué par ça: une diversité dans l’inspiration des textes.
À quel moment le titre, «Une vie», est-il arrivé? Est-ce que vous en aviez l’idée en amont ou est-ce la somme des sujets abordés qui l’a imposée?
– «Une vie», depuis quelques années, c’était pour moi le titre du spectacle, que je savais exactement comment structurer. Au fur et à mesure que les chansons arrivaient sur l’album, je me suis dit que l’on pouvait aussi appeler l’album ainsi parce que les chansons étaient celles de la vie d’un homme.
Il y a donc des sujets qui sont relativement graves, et pourtant ce disque a une lumière, une sérénité.
– Oui. J’ai toujours aimé que l’on puisse traiter des sujets graves sur des musiques pas trop «pathos». Souvent, on ne se rend même compte de la gravité du sujet qu’après plusieurs écoutes. Étienne Roda-Gil m’avait écrit les paroles de «Ce n’est rien» et je n’ai compris que des années après que l’origine de cette chanson, c’était sa femme qui avait perdu quelqu’un d’important. Pour la chanson sur mon frère, qui était quelqu’un de très positif, je ne me voyais pas composer une musique nostalgique.
Dans cette chanson magistrale qu’est «Utile», sortie en 1992, vous chantez «Je veux être utile à vivre et à rêver». Avez-vous aujourd’hui l’impression d’avoir été fidèle à cette volonté?
– Je l’espère, parce que c’est ce qui peut arriver de plus beau à un artiste, quand après un certain temps, en allant à la rencontre de son public, il se rend compte que ses chansons ont accompagné la vie des gens. C’est évidemment ce que j’ai recherché toute ma vie, puisque ma vie est une vie de chansons, de chanteur. Je pense avoir choisi le métier qui me convenait. Parce que je me rends compte que ce n’est pas un métier, mais une façon de vivre. Chanter, c’est ma façon de m’exprimer dans la vie. Alors j’essaie de faire en sorte que ce soit le mieux possible.
Votre premier grand succès, «La Cavalerie» , est sorti en mai 1968 et avait été très populaire auprès des étudiants révoltés. Est-ce que l’utilité de vos chansons peut être là aussi?
– L’engagement… (Il marque une courte pause) J’en ai toujours discuté avec mes paroliers: je pense qu’on peut tout chanter. Après, il faut trouver l’angle, la façon de le chanter. Mais je ne m’interdis aucun sujet. Cela dit, mon engagement est plutôt d’ordre sociétal. Parce que c’est ma façon d’être. J’ai toujours regardé la politique comme un observateur. En revanche, l’engagement au niveau sociétal, j’ai toujours réclamé ça à mes auteurs – si c’était possible.
Vous n’avez jamais eu envie ou ressenti le besoin d’écrire vous‑même les paroles de vos chansons?
– Non. Je n’ai pas ce talent, je crois. Par contre, pour le spectacle, j’ai écrit tous mes textes – c’est la première fois. J’arrive à écrire des textes que je peux parler, mais pour des paroles de chansons, je ne suis pas bon, non. Et puis j’ai croisé trop de bons paroliers dans ma vie pour m’y frotter. L’écriture pour la chanson, c’est quelque chose de particulier, plus proche de la poésie.
Plus d’infos:
Julien Clerc en concert à l’Auditorium Stravinsky dans le cadre de La Saison culturelle de Montreux samedi 26 septembre à 20h.
Infos et réservations:
lasaison.ch ou tél. billetterie: +41 21 552 70 70 (lundi et jeudi de 9h à 12h).
Les billets peuvent aussi être achetés dans les «points i» de Montreux Vevey Tourisme et auprès de L’Escale, à La Tour-de-Peilz.

Julien Clerc
Chanteur et compositeur
Photo: À l’orée de ses 79 ans, Julien Clerc retrouve son public suisse. | A. Corbijn
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