
Une septantaine de personnes se sont prêtées à l’exercice de la dictée au sein de la Maison de quartier de Jaman. | B. Mermoud
«Contrairement au tribunal, ici, le doute ne profitera pas à l’accusé», plaisante Laurence Bisang en énonçant les règles de la cinquième dictée du Mouvement des aînés (MdA). L’ancienne voix des Dicodeurs sur les ondes de la RTS endosse pour l’occasion le rôle de lectrice. Devant elle, 71 participants, stylo à la main, s’apprêtent à affronter les pièges d’un conte satirique concocté par Pascal Bernheim, autre figure de la radio romande.
Le texte est lu trois fois. Dès le tour de chauffe, les participants découvrent à quelle sauce ils seront mangés. Et Pascal Bernheim n’a pas lésiné sur les vocables rares: «Thuriféraire» fait lever quelques sourcils, «forfaiture» et «billevesées» arrachent des rires à la salle. L’histoire est une satire de l’Amérique trumpiste. Elle met en scène Mammonas, un tyran fictif qui s’enrichit aux dépens de ceux qui l’acclament. «Je voulais grimer l’actualité dans un conte», développe Pascal Bernheim.
Niveau 7 de difficulté
Et le texte est d’autant plus redoutable que l’ancien homme de radio collectionne depuis des années les mots rares, les conjugaisons improbables et les chausse-trappes grammaticales. «J’ai toutes ces formules qui tournent dans ma tête. Les poser dans une dictée, c’est une forme de soupape. À un moment, il faut que ça sorte.» Les organisateurs ont d’ailleurs dû le freiner: sa première mouture «atteignait 9 sur 10 sur l’échelle de difficulté des dictées». Celle soumise samedi n’était «que» de niveau 7.
Même simplifiée, la dictée ne fait pas de cadeau. Dans la salle, les visages sont fermés, les regards concentrés. Seuls quelques murmures subsistent, ceux des participants qui répètent les mots à voix basse pour mieux saisir leur orthographe. Chacun sa méthode pour traquer la faute. Après une heure d’épreuve, les membres de l’Association romande des correcteurs d’imprimerie récupèrent les copies pour les corriger.
Au moment des résultats, la surprise est relative. Parmi les participants se cachait Benoit Delafontaine, professeur de français et champion suisse d’orthographe en titre. Il remporte haut la main la dictée, avec une seule faute (contre onze pour la deuxième), non sans trébucher sur le tout premier piège tendu par Pascal Bernheim: le titre lui-même. Il fallait écrire Mammonas le Pipeur, «Pipeur» prenant une majuscule puisqu’il s’agit d’un sobriquet.
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