
En 2024, Gryon s’est dotée d’un petit parc VTT qui est venu étoffer son Flowtrail, offre grand public déjà très appréciée. Le VTT représente 30 à 40% des passages aux installations de remontées mécaniques en été. | D. Carlier
Le VTT est-il en train de devenir au tourisme d’été ce que le ski est à l’hivernal dans les Alpes vaudoises? On en est encore loin, lorsqu’on sait, par exemple, qu’«à Villars l’hiver représente le 95% du chiffre d’affaires de Télé Villars-Gryon-Les Diablerets et que le VTT représente 30 à 40% des passages aux installations de remontées mécanique en été», d’après Martin Deburaux directeur de TVGD. Cette discipline de niche en plein boom «fait désormais partie intégrante d’une offre 4 saisons cohérente» et génère des revenus bienvenus dans les commerces. Les destinations se penchent concrètement sur le mountain bike ces dernières années.
En 2024, Gryon se dotait d’un petit parc VTT, lequel venait étoffer son Flowtrail grand public déjà très apprécié. En 2025, en complément de sa fameuse descente MaxiAvalanche reliant le Roc d’Orsay au Bévieux, Villars «shapait» dans la montagne un itinéraire bleu «downhill» intermédiaire, de 3 kilomètres depuis le sommet du Chamossaire. Enfin, l’été passé, Leysin agrandissait son bike park (ndlr: espace dédié au VTT de descente), en ouvrant la première moitié de sa bleue familiale amenée à faire 6 kilomètres dès l’an prochain. Et une verte, destinée aux débutants et adaptée aux handivélos, y est d’ores et déjà prévue pour l’été prochain.
Leysin en pionnière
Organisateur de Coupes du monde VTT en 2000 et 2001, le «balcon des Alpes vaudoises» demeure la station la mieux positionnée sur le VTT et la seule à disposer d’un véritable bike park. Leysin n’a pourtant développé ses infrastructures qu’à partir de 2020, avec le lancement d’un Masterplan VTT pour 2027 affichant 1,8 million de francs de budget. Soutenu par le Canton, ce plan de développement ambitionnait de construire un réseau de pistes pour tous les niveaux.
La station enregistre désormais 30’000 passages VTT durant la belle saison. C’est encourageant, mais ça ne suffit de loin pas à rendre cette activité rentable. «C’est dix fois moins qu’à Châtel (F) où les descendeurs trouvent une quinzaine de pistes. Nous avons 15 ans de retard sur des stations qui s’y sont mises rapidement, à l’instar de Métabief», explique Brice Cantenot, chef de projet développement VTT et responsable du Leysin Bikepark.
«Procédures vaudoises complexes»
«En France, un accord de la Commune peut suffire à construire une piste. Dans le canton de Vaud, cette même descente peut exiger un permis de construire et des études environnementales. Notre piste bleue est ainsi l’aboutissement de sept ans de préparation», rappelle Brice Cantenot. En février, Céline Baux (UDC) et Monique Hofstetter (PLR) déposaient d’ailleurs au Grand conseil une motion fustigeant les procédures vaudoises d’officialisation des parcours VTT «particulièrement lourdes, complexes, coûteuses et difficilement applicables».
Depuis 20 ans, le nombre de pratiquants s’est pourtant élargi. Fans de descente purs et sportifs adeptes de l’endurance ont été rejoints par de nombreux pratiquants moins pointus. L’envie de grand air, apparue lors du Covid, et la popularisation des vélos électriques ont renforcé cette tendance.
De son côté, le Magic Pass, forfait multi-stations à la base très majoritairement hivernal, met de plus en plus en avant son accès à «plus de 1’000 km de piste VTT». Une étude de la HES-SO Valais estimait pour sa part en 2024 qu’un vététiste dépense en moyenne 171 francs quotidiennement lors d’un tour de plusieurs jours. Notons enfin que près de 8% des Suisses font aujourd’hui du VTT (contre 49% de la randonnée), selon l’étude Sport Suisse 2026 de l’Office fédéral de la statistique.
Une «expérience vécue» mise en lumière
Alpes vaudoises, sorte d’Office du tourisme faîtier de la région, s’est saisi de cette tendance. Afin de se «positionner comme une destination cycliste de référence», l’organisation met l’accent sur «l’expérience vécue» pour «donner envie». Elle propose par exemple aux visiteurs de coupler sortie VTT et repas à la Terrasse d’Isenau, de ponctuer une sortie eBike dans la nature bellerine par un repas à la brasserie La Mine, de profiter d’une sortie guidée sur route ou en gravel ou encore de lier «Gravel & Spa» à Villars, à tarif préférentiel. Cette «vision durable du tourisme» imprègne d’ailleurs les campagnes 2025 à 2028 et notamment ses vidéos.
Du côté des Diablerets, on cherche à capitaliser sur les nombreux cyclistes sur route, déjà charriés par les deux cols voisins, et sur le récent détournement du parcours cycliste SuisseMobile «Route panorama alpin» vers la station, tout en travaillant à une offre VTT qui soit complémentaire à celles de ses voisins. «Nous préférons dans un premier temps proposer des randonnées accessibles à un large public plutôt que des descentes engagées exigeant plus d’infrastructures et de moyens», résume Jonathan Busset, directeur de l’Office du tourisme.
L’idée est de réaménager pour cela certains sentiers existants et peu utilisés des randonneurs. «Il y a un vrai potentiel. On constate sur le terrain le nombre de vététistes qui augmente et beaucoup se renseignent au guichet touristique sur les possibilités actuelles. Pour répondre à cette demande, il faudra convaincre hébergeurs et autres partenaires de proposer les services demandés par ce public.»
En voyant le VTT, sous toutes ses formes, prendre doucement ses aises dans les Alpes vaudoises, les associations écologistes ne sautent pas forcément de joie. Ainsi, dès 2019, Pro Natura, Moutain Wilderness, le WWF et BirdLife ont estimé que les infrastructures altèrent parfois le paysage et perturbent trop souvent la faune et la flore. Certains randonneurs, jugeant la cohabitation parfois problématique, grimacent eux aussi, «mais finalement assez peu, car la construction de pistes concentre le flux de vététistes loin d’eux», précisent Martin Deburaux, comme Brice Cantenot. Le Canton de Vaud se veut de plus en plus sensible à cette problématique. La Direction générale de la mobilité et des routes travaille d’ailleurs à une vision directrice cantonale, laquelle vise à encadrer le développement du VTT, dans le souci de maintenir une bonne cohabitation avec les randonneurs et de préserver les milieux naturels.
À Leysin, Nicole Bigler figure parmi les opposants au développement du VTT de descente. L’ingénieure leysenoude précise ne pas viser le VTT en général, mais bien le développement des pistes. L’élue au Conseil communal sous la bannière Forum Leysin estime que «cette pratique intensive modifie l’ambiance de la montagne et peut rendre certains chemins impraticables ou désagréables pour les autres usagers». Elle fustige aussi que ce développement implique une «privatisation de la montagne», aux dépens des randonneurs notamment. «La descente est une pratique de niche, qui ne peut pas compenser les difficultés économiques du tourisme hivernal ni garantir la rentabilité des remontées mécaniques. Son développement s’inscrit dans une stratégie inadaptée face au changement climatique», conclut la Vaudoise.
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