Jean Planque, le collectionneur de génie

Nicolas de Staël, Paysage, Marine, 1954, Huile sur toile, 60 x 81 cm © 2025, ProLitteris, Zurich.  | A. Ricci

Vevey
Le Musée Jenisch propose de découvrir pendant cinq mois l’exposition dédiée au Vaudois, parmi les importantes collections privées d’art moderne d’Europe.

C’est à un véritable maelstrom d’émotions que vont être confrontés les amoureux et férus d’art – principalement la peinture – en pénétrant dans l’antre du Musée Jenisch entre le 6 novembre 2026 et le 18 avril 2027. En présentant Collection Jean Planque – Le roman d’un collectionneur, l’institution veveysanne porte à ses cimaises quelque 300 œuvres de 67 artistes aux noms aussi prestigieux que Paul Cézanne, Vincent van Gogh, Claude Monet, Pierre-Auguste Renoir, Pablo Picasso, Pierre Bonnard, Paul Klee, Georges Braque, Nicolas de Staël ou Jean Dubuffet, pour les principaux.

Cette exposition inaugure l’arrivée du trésor du très célèbre collectionneur vaudois au Jenisch. Constituée entre les années 1940 et 1998 par le peintre (lire encadré), conseiller d’art et collectionneur Jean Planque (1910-1998), elle a longtemps été abritée à Aix-en-Provence, avant de rejoindre définitivement la Suisse au printemps de cette année. Le Conseil de la Fondation Jean et Suzanne Planque a confié l’ensemble de la collection au Jenisch pour une durée de cinq ans, renouvelable. «Nous avons visité le musée veveysan avec Jean Planque en 1996. Il aimait beaucoup l’endroit, mais se demandait s’il serait assez grand», confie Florian Rodari, conservateur honoraire et directeur scientifique de la fondation et commissaire de l’exposition à venir.

Planque aurait été comblé. L’équipe du musée, emmenée par sa directrice Nathalie Chaix, a fait de la place. L’exposition s’étend en effet dans l’ensemble de ses espaces, y compris les salles de la Fondation Oskar Kokoschka et le Pavillon de l’estampe, soit 13 salles au total. Cette rétrospective d’une vie consacrée à l’art donne à admirer et comprendre le parcours très singulier d’un enfant né dans la campagne vaudoise et qui est parvenu au firmament, grâce à sa fibre artistique, son intelligence et son flair. «J’achetais un tableau tout simplement parce qu’il me plaisait», avait-il dit à Florian Rodari.

Une influence décisive

Son goût et ses liens de confiance, puis d’amitié, avec les génies de l’art moderne de son temps, encore sa considérable force de persuasion, sont particulièrement marquants dans l’activité décisive déployée par Planque de 1954 à 1972 en faveur d’Ernst Beyeler. Elle lance la renommée de sa fantastique galerie bâloise. Sa gigantesque collection se visite à Riehen dans la Fondation Beyeler.

Ce sont en partie les commissions que Beyeler lui verse pour chaque transaction qui permettent au visionnaire vaudois d’acquérir progressivement les tableaux qui constituent sa sublime collection, qui regroupe donc les plus grands peintres du XXe siècle – particulièrement ses amis Dubuffet et Picasso – et des artistes qu’il a soutenus comme Antoni Tàpies, ou aidé à révéler comme Francisco Toledo.

Plus d’infos:

Collection Jean Planque – Le roman d’un collectionneur au Musée Jenisch
du 6 novembre 2026
au 18 avril 2027.

www.museejenisch.ch

Planque, le peintre

À quelques encablures du Jenisch, la galerie Galibrairie, fondée par Romain Miceli, accueille des peintures personnelles et objets ayant appartenu à Jean Planque. Car le collectionneur était aussi peintre et c’est du reste la profession qui figurait sur son passeport. «La peinture était sa grande maîtresse», souligne le galeriste. Galibrairie, qui s’articule autour des vestiges de la Tour du Bolliet édifiée en 1448, donne à voir 70 œuvres sur deux niveaux.

Peu de gens connaissent son jardin secret de son vivant, car Planque ne voulait pas montrer sa production, préférant la laisser dans des cartons enfouis. Il ne signait pas plus ses tableaux. «Hormis les années où il a travaillé pour Beyeler, mon oncle a peint et dessiné toute sa vie. Il voulait par le travail rattraper l’école qu’il n’avait pu faire, contrairement aux autres peintres», confie Béatrice Delapraz.

La nièce du collectionneur-artiste et conceptrice de l’exposition a réuni une sélection qui dévoile le parcours étonnant du Vaudois, né en 1910 dans un modeste milieu paysan et qui a connu un destin exceptionnel. Aux cimaises, devant l’atelier reconstitué de Jean Planque et assis dans son salon recomposé, huiles, dessins à l’encre de Chine, collages, et aquarelles balisent son parcours pictural influencé par ses amis – principalement Picasso, Dubuffet, Cézanne et Klee.

Plus d’infos: Vernissage le 6 novembre à 18h (rue du Musée 4b).
Entrée libre.

www.galibrairie.com

Jean Planque en 1967, dans la galerie de sa sœur Claudine, à Lausanne.  | DR

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