
La carrière des Andonces accueille à nouveau KKG. | K. Di Matteo
La carrière des Andonces de Saint-Triphon a une nouvelle fois pris des airs de paradis de saltimbanques avec son alignée de caravanes, son réfectoire en plein air et des comédiens prompts à mettre les visiteurs du jour dans l’ambiance. «On est tellement ravis d’être à nouveau ici!», a lancé jeudi dernier Miriam Frei, directrice de la troupe, en ouverture d’une visite aux médias.
Le tomber de rideau de la dernière de Silo 8 en 2023 devait être celui de l’ultime représentation en terres boyardes, étant donné la construction à venir d’un data center dans la carrière (lire encadré). Or, des retards sur le projet ont toutefois permis «une dernière danse» pour les sympathiques artistes alémaniques au pied de la falaise où ils ont leurs habitudes. Une histoire de plus de trente ans, avec Rupture en 1995, Trafic en 2001, Akua en 2004/2005, Silo 8 en 2010, Fabrikk en 2015, Sektor 1 en 2021, et à nouveau Silo 8 en 2023.
Avec Réception, il s’agira donc du septième spectacle à Saint-Triphon, l’histoire d’un mariage a priori parfait dans un hôtel lacustre, mais dont la cérémonie part méchamment en vrille. Il devrait permettre à KKG de ne pas déroger à la règle du succès, si l’on en croit les 350’000 entrées en trois ans à Dietikon.
Une troupe multifonctions
Dès lors, la troupe Karl’s Kühne Gassenschau a progressivement pris ses quartiers dès juillet aux Andonces, même si la première représentation, dont les préventes sont ouvertes depuis lundi, n’est prévue que pour le 18 mai prochain.
Ici, comédiens inclus, chacun met la main à la pâte pour monter le site qui accueillera la version romande (merci à Karim Slama, traducteur et adaptateur, et qui compte parmi les trois acteurs romands). Camping, ateliers, sanitaires, accès sous-marins, infrastructures, restaurant, bar, boutique, parking, scène ou encore gradins pas plus tard que cette semaine: ils seront au total une centaine à s’employer d’ici à fin novembre, puis dès le mois de mars.
«Si, comme d’habitude, la nidification du hibou grand-duc qui vit dans la carrière nous le permet, ajoute Beat Fuhrimann, directeur technique de la nouvelle folie de KKG. Pro Natura y veille et nous donne le feu vert.»
La troupe multi-tâches s’investit dans tout! Ou presque. «Nous avons tout de même délégué le dynamitage pour creuser le bassin qui accueillera les 4500 m³ d’eau sous, sur et dans lesquels évoluera le spectacle», continue Beat Fuhrimann. «Les acteurs seront à nouveau comédiens, cascadeurs ou même plongeurs!», ajoute Matthias Schoch, l’un des deux directeurs artistiques, avec Max Merker, au bord du cratère géant de 5 mètres de profondeur.
Un tunnel digne de l’entrée d’une mine permet d’accéder à la caverne d’où les comédiens arriveront ou disparaîtront dans la chute d’une tour, en tombant d’un avion ou des suites d’un saut de jet-ski. «Ici, on est dans les catacombes, reprend le directeur technique, le cœur du spectacle.» Une échelle mène à une plateforme surplombant le bassin. «Nous le remplirons en avril, il faudra compter une semaine.»
Présent jeudi dernier, le syndic d’Ollon Patrick Turrian s’est dit impressionné et impatient de découvrir le spectacle, mais aussi désireux de voir l’aventure boyarde de la troupe continuer au-delà de l’été prochain. «La Commune mettra tout en œuvre pour aider Karl’s Kühne Gassenschau à trouver un autre site sur notre territoire pour qu’elle puisse continuer à y présenter ses spectacles. Mais une étape à la fois.»
Cette fois, Alain Audemars, du bureau d’architecte Arcos’Arre à Martigny, porteur du projet de data center prévu dans la carrière, est formel: il n’y aura plus de spectacle de Karl’s Kühne Gassenschau aux Andonces après l’été prochain. Selon le Valaisan, les travaux dureront deux ans et demi. Le centre est annoncé unique en Suisse avec le traitement de données de l’intelligence artificielle. Les retards pris sont notamment liés aux discussions avec l’usine de traitement des déchets Satom à Monthey qui récupèrera une partie de l’eau du Rhône exploitée pour refroidir les serveurs dans son chauffage à distance (à lire également en page 10). «Dans un data center traditionnel, l’eau repartirait à une température située entre 27 et 35 degrés, explique Alain Audemars. La nôtre ressortira à 65 degrés.» Idéale pour Satom qui travaille à l’extension de son chauffage à distance, notamment vers Bex. Le site traitera des données issues du recours à l’intelligence artificielle par les ménages, mais des demandes émanent également de banques, de la Confédération, du CHUV «et potentiellement de l’EPFL, dont les données de son supercalculateur sont actuellement gérées aux États-Unis», ajoute le porteur de projet. Selon ce dernier encore, «les 90% des données traitées ou stockées seront suisses». La construction du site est estimée à 350 millions de francs et celui-ci permettra la création de 20 postes.
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