À Blonay, le vacarme au milieu du village

«Douceur de vivre». Depuis mi-février, le fameux slogan blonaysan ne s’applique plus vraiment au cœur de la bourgade.  | R. Brousoz

Travaux
Depuis plus d’un mois, le centre de la localité est noyé dans le bruit et la poussière d’un chantier titanesque. Des nuisances avec lesquelles doit vivre le voisinage.

C’est habituellement le cœur de la vie sociale blonaysanne. Là où se croisent les habitants lorsqu’ils vont faire leurs courses. Quand ils passent à la poste, à la pharmacie ou qu’ils boivent l’apéro. Mais depuis plusieurs semaines, cette place de village ne bat plus qu’au vacarme des machines. Pour se faire entendre, il faut désormais crier. Et si l’on s’arrête, ce n’est que pour observer le ballet des engins. Lancés le 10 février dernier, les travaux de terrassement du futur quartier «Sur le Crêt» ont totalement recouvert le quotidien des gens qui vivent, travaillent ou se rendent au centre de Blonay.  

En tête de ce vacarme journalier, il y a déjà – et surtout – l’incessant «tac-tac-tac» du brise-roche hydraulique, dont les coups sourds et rapides sont réverbérés par les bâtiments alentour. Ils sont accompagnés par les cliquetis stridents des chenilles et les moteurs de camions. Sans oublier, deux à trois fois par jour, les sirènes d’alarme annonçant l’imminence d’un minage. En résumé, tout ce qu’il faut de métal et de dynamite pour venir à bout du rocher sur lequel doivent être construits une cinquantaine d’appartements. Un projet porté par la Vaudoise Assurances. 

Terrasses désertées

«C’est bien simple: avec tout ce bruit et cette poussière, nous ne pouvons pas utiliser notre terrasse», dit le patron du café-restaurant Pomodoro. Ce dernier s’attend «forcément» à une perte de chiffre d’affaires. Surtout que les beaux jours approchent. Peut-il espérer un dédommagement? «À ce stade, nous n’avons pas encore entrepris de démarches, nous verrons plus tard.» Mais le gérant ne se dit pas trop inquiet. «Ça ne va pas durer, tout ira mieux une fois qu’ils auront fini de creuser.»

Au Blonay’s, un bistrot qui borde aussi le chantier, la terrasse est également déserte. «Pour le moment, c’est surtout embêtant pour les fumeurs, hein!», lâche la serveuse en se tournant vers un client accoudé au comptoir, sur le point d’aller en griller une. Et ce dernier de rétorquer: «L’entreprise Orllati devrait fournir des pamirs à tout le monde!» 

À la table d’à côté, Sylvette Stoeckli est assise autour d’un café avec des amies. La maison de cette dynamique senior se situe en première ligne, à quelques mètres à peine des engins. «C’est un beau chantier, et propre avec ça, relève-t-elle. Les ouvriers sont prudents, mais c’est peu dire qu’ils font beaucoup de bruit. C’est énorme! Bon, on savait que ça allait être comme ça puisque c’est du rocher. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que l’endroit s’appelle le Crêt. On dit aussi En Pierraz.» Sylvette ne s’en cache pas: elle aurait pu vendre sa maison tant qu’il était encore temps. «Je n’ai pas voulu, ils ne m’en donnaient pas assez!» 

Partir plutôt que subir

Un raffut qui a aussi un impact sur le salon de coiffure Avant-Garde, dont l’unique entrée donne juste en face des travaux. «Certaines prestations comme les couleurs font augmenter la température de la pièce, explique une employée. Quand on ouvre la porte pour aérer le salon, nos clientes sont vite incommodées, car il n’est plus possible de s’entendre.» La coiffeuse a aussi noté un changement de routine chez les gens du voisinage. «Nous avions l’habitude de discuter avec une dame âgée qui passait tous les jours. Mais à cause de ces travaux, elle ne s’arrête plus.»

Entrant dans un immeuble voisin, nous croisons une habitante qui sort de chez elle, l’air pas franchement réjoui. «C’est comme ça tous les jours de la semaine, soupire cette retraitée. Parfois, ils commencent à 7h, et ça dure jusqu’à 17h. Alors tout ce qu’on peut faire, c’est de ne pas être là durant la journée.»

Personnel communal en télétravail

Trônant juste à côté du chantier, la Maison de Commune et la vingtaine de personnes qui y travaillent ne sont pas non plus épargnées. «Ça dépend de quel côté donne votre bureau», précise Jean-Marc Guex, secrétaire municipal de Blonay-Saint-Légier. «La semaine dernière, nous avons instauré la possibilité de faire du télétravail selon un système de rotation.» Un fonctionnement hérité de la pandémie, qui, assure-t-il, ne réduit pour autant pas l’offre au guichet. «Cela permet aux collaborateurs qui le désirent de passer une journée sans en avoir plein les oreilles.» Selon le responsable, cette phase de travaux devrait durer jusqu’à cet été. La construction des immeubles est ensuite prévue jusqu’à juin 2027. 

Après une matinée à récolter ces témoignages, il y a un certain soulagement à remonter dans le train qui nous fera quitter Blonay. Mais surtout une bonne dose de compassion pour celles et ceux qui y resteront.