L’église Saint-Nicolas dévoile son trésor artistique pour ses 100 ans

Le fresque de la Sainte Trinité peinte par Gino Severini dans l’abside de l’église Saint-Nicolas a failli être recouverte.  | J. Collet 

Semsales
À l’occasion de son centenaire, la paroisse révèle un patrimoine artistique exceptionnel, signé notamment par Gino Severini. Le samedi 13 juin, des portes ouvertes permettront au public de découvrir l’édifice.

Dans le village de la Veveyse, l’église Saint-Nicolas s’impose comme un repère familier. Au-dessus du portail d’entrée, l’imposante mosaïque de la Crucifixion, réalisée par Gino Severini, capte immédiatement le regard. De part et d’autre des portes, un ensemble sculpté dans la molasse, également signé de l’artiste, déploie plusieurs scènes de la vie du Christ. 

Restauré en septembre 2025, ce décor souligne le caractère exceptionnel de l’édifice, qui célèbre son centenaire. Mais c’est en franchissant le seuil que le visiteur découvre, dans le chœur, le véritable trésor artistique de l’édifice.

Une œuvre controversée 

Une fresque monumentale du peintre italien occupe l’abside et représente la Sainte Trinité. «Cette œuvre a failli être recouverte, car elle représente Dieu sous forme humaine, à travers trois visages identiques, ce qui avait fait scandale à l’époque», raconte Jean-Pierre Sonney, vice-président du comité du 100e et ancien président de la paroisse. Un délateur aurait même adressé un courrier à Rome pour dénoncer cette «excentricité». 

Le 19 avril 1928, un décret romain ordonne l’effacement de l’œuvre. Elle sera sauvée, grâce à une miniature du 15e siècle de Jean Fouquet, dans un livre des heures, ainsi qu’une représentation dans la basilique Sainte-Marie-Majeure à Rome, où le Saint-Esprit est représenté sous forme humaine. «Ces précédents finissent par convaincre Rome, qui revient sur sa décision et annule le décret», explique le retraité, qui mène des recherches sur l’église depuis mars 2020.

«Avec le Covid, je cherchais à m’occuper et l’idée m’est venue de composer un feuillet sur la décoration de notre église, afin de compléter l’ouvrage de référence de Jean-Bernard Bouvier datant de 1928, mis à disposition des visiteurs, mais aujourd’hui épuisé», explique-t-il. Près de six ans plus tard, ce travail est toujours en cours d’élaboration, tant le passé artistique et artisanal de l’église est riche. «Je crois que chaque fois que j’entre dans ce lieu de culte, je découvre un détail incroyable que je n’avais jamais vu», poursuit-il.

Un renouveau de l’art sacré

En plus des œuvres de Gino Severini, le «groupe de Saint-Luc», fondé en 1919 par Alexandre Cingria, a aussi pris part à la décoration. Actif en Suisse jusqu’en 1945, ce mouvement d’art sacré cherche à renouveler l’expression religieuse en alliant tradition spirituelle et modernité.

Construit sous la direction de l’architecte Fernand Dumas entre 1922 et 1926, l’édifice est érigé en un temps record. «C’était comme une performance de réaliser cette construction en trois ans», commente Sandro Zazzali, président du comité du 100e et membre du Conseil de paroisse. Pressé de consacrer le nouvel édifice, Monseigneur Besson inaugure l’église le 7 octobre 1926, alors que les travaux ne sont pas encore achevés.

En 1973, huit vitraux réalisés par Émile Aebischer, dit «Yoki», remplacent d’anciennes vitres simples. Aux teintes pastel d’or, de mauve, de bleu et d’ambre, ils illustrent des symboles du christianisme et de l’histoire locale. Ce sont les dernières œuvres qui ont été ajoutées ici à l’église.

Une journée de célébration

Parmi les temps forts de la journée portes ouvertes, de 9h à 18h, figurent des visites guidées de l’église, de son décor artistique et du clocher, ainsi qu’une exposition d’une trentaine d’œuvres réalisées par des enfants de 5 à 11 ans.

«Les visiteurs pourront également emprunter le Chemin de lumière, inauguré le 12 mai dernier et situé au-dessus du village, jusqu’à l’oratoire de la Cierne, précise Sandro Zazzali. Long de 250 mètres, ce parcours retrace, à travers les peintures de mon épouse Patricia, les 50 jours séparant la sortie du tombeau de la Pentecôte.»

Dans la continuité du centenaire, une plaquette commémorative portant le nom de l’église Saint-Nicolas sera inaugurée le 6 décembre prochain. 

Plus d’infos:

Programme complet: eglise-st-nicolas-semsales.ch

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