
Hiver moyen, loyers minimum augmentés, difficultés des Mosses expliquent en partie la restructuration en cours à Télé Leysin-Les Mosses-La Lécherette. Certains pointent toutefois des erreurs stratégiques plus profondes. | C. Baer
Le licenciement en avril de cinq employés de Télé Leysin-Les Mosses-La Lécherette (TLML) sur les 40 collaborateurs fixes, dont deux cadres de longue date, suscite de vives inquiétudes sur la santé économique de l’entreprise. Maxime Cottet, directeur arrivé il y a une année, s’est en effet vu signifier d’opérer une cure minceur. «Le Conseil d’administration nous a demandé à la mi-mars de revoir notre copie du budget avec des projections plus prudentes.» Deux facteurs principaux l’expliqueraient.
Tout d’abord, le résultat de ce dernier hiver. «Contrairement à d’autres stations, la saison a été assez difficile, particulièrement aux Mosses où nous enregistrons 35’000 journées skieurs de moins qu’une année auparavant, ce qui équivaut à une perte de 800’000 à 1 million de francs au 30 avril. À Leysin, nous n’avons pas surperformé non plus, mais le résultat aux Mosses nous pénalise.»
Le directeur y ajoute un secteur de la restauration en difficulté, en voie d’être restructuré, et les 35 jours perdus pour cause d’avalanches et périodes de chaud. «Or, même si nous sommes en transition quatre saisons, l’hiver représente encore le gros de nos revenus.»
Le deuxième facteur évoqué est en lien avec les pressions syndicales qui ont amené TLML à réhausser le salaire minimum à 22,75 francs de l’heure. «La charge salariale s’en trouve augmentée de quelque 600’000 francs», ajoute Maxime Cottet. Les décisions à prendre ont donc été «fortes mais nécessaires, admet ce dernier, pour ne pas risquer de nous retrouver en situation de cessation de paiement».
À ces mesures s’en ajoutent d’autres d’optimisation des coûts et des achats pour contenir les charges «et essayer de constituer un matelas plus conséquent, afin d’amortir les mauvais hivers comme celui-ci».
Incompréhension
Thierry Grin, le désormais ex-chef d’exploitation du domaine après douze ans au sein de la société, dit «être surpris du nombre de licenciements» et «ne pas comprendre la stratégie actuelle de l’entreprise». Même chose pour Christian Bernard, chef technique, près de 30 ans d’ancienneté: «Je ne peux pas dire que j’ai été très surpris, mais bon…»
D’autres observateurs préfèrent rester anonymes pour dire leur incompréhension. «On s’apprête à augmenter le salaire horaire d’auxiliaires qui viennent essentiellement de l’étranger et on licencie des locaux qui sont dans l’entreprise depuis des années…»
De son côté, Jean-Claude Bonelli, ex-hôtelier et ancien administrateur de la société durant une vingtaine d’années, continue d’être perplexe, deux ans après avoir quitté TLML pour «divergences stratégiques». «Tout allait déjà à l’envers à mon sens, avec la fin de la piste débutants, le non-élargissement des pistes, la gestion des restaurants, etc. On a préféré tout miser sur le bas, avec un projet de bâtiment démesuré pour le départ de la future nouvelle télécabine, le hub multimodal, la nouvelle gare du train, etc. Je ne pouvais plus cautionner en ayant l’impression qu’on allait dans le mur.» Selon lui, après déduction des passifs à court terme, il manquerait au bas mot 4 millions dans les caisses.
Dès lors, comme d’autres, il s’explique mal les millions investis pour le télésièges Choulet-Le Fer, dans un secteur pauvre en neige, avant même de savoir si la station y disposera un jour d’un enneigement mécanique. Pour rappel, les plus de 500 oppositions à la mise à l’enquête de début 2026 pour 175 enneigeurs supplémentaires entre Leysin et Les Mosses sont en cours de traitement.
«Tous les investissements passés et à venir sont justifiés, assure Maxime Cottet. Attaquer là-dessus est une mauvaise analyse. Concernant le bâtiment de départ de la télécabine, nous en sommes au stade de projet. Quant au remplacement du télésiège de Choulet, il s’expliquait par la vétusté du précédent. Pour celui de Solepraz, toutefois, il est vrai qu’il faudra discuter selon l’issue du volet enneigement mécanique.» TLML ne s’en cache pas non plus: la poursuite de l’exploitation du ski aux Mosses est conditionnée par ce dernier.
AG le 26 septembre
Les résultats définitifs vaudront probablement quelques interventions lors de l’assemblée générale du 26 septembre. Pour sa part, Jean-Claude Bonelli verrait d’un bon œil un plan d’assainissement en accord avec la Commune, une information claire au Conseil communal, voire un audit.
«Quand tout sera à plat, je pense que le Conseil d’administration devrait démissionner pour que TLML reparte sur de nouvelles bases. Il faut arrêter la folie des grandeurs. Ni TLML, ni la Commune, qui a déjà cautionné les projets en cours pour 10 millions de francs et racheté le parking de la place Large pour 2,5 millions l’an dernier à TLML, n’en ont les moyens.»
Sur ce volet, Maxime Cottet rassure: «Il n’est pas question que la Commune – et donc les contribuables – éponge les pertes de la société comme cela a pu se faire ailleurs.» À Château-d’Œx, par exemple, la Commune avait tenu la Braye sous perfusion pendant des années, avant de tirer la prise en 2018.
